Petit séisme à Bruxelles selon notre sondage : grâce au Vlaams Belang, la N-VA serait incontournable
Ensemble, le Vlaams Belang et la N-VA pourraient obtenir une majorité de sièges sur le banc flamand, en Région Bruxelles-Capitale. Et bloquer la formation du gouvernement bruxellois ?

- Publié le 25-04-2024 à 17h24
- Mis à jour le 25-04-2024 à 21h32

C'est probablement du banc flamand que vient l'information la plus neuve et surprenante de notre sondage. À Bruxelles, parmi les partis néerlandophones, le Vlaams Belang arrive en tête.
Le parti de Tom Van Grieken obtient 5 % des intentions de vote dans la capitale (et potentiellement 5 sièges au Parlement bruxellois selon des projections réalisées par le Crisp), contre 1,3 % aux dernières élections. Il devance Groen (4,6 %) et la N-VA (3,8 %).
Un tel résultat électoral peut être de nature à perturber la mise en place du prochain gouvernement bruxellois, pour plusieurs raisons.

Alors que le CD&V (1,6 % des voix) et l'Open VLD (1,2 %) souffrent, la bonne forme du parti d'extrême droite, conjuguée à celle du PVDA (1,4 %) pourrait profiter… à la N-VA. Le parti de Bart De Wever pourrait être, en cas de bon score électoral, incontournable à Bruxelles. L'émiettement des sièges, avec la création de petites listes comme la Team Ahidar, risque d'accentuer encore cette donnée.
Or, il faut à peine 9 sièges pour obtenir une majorité, dans le rôle flamand.
Ensemble, la N-VA (4 sièges selon les projections du Crisp) et le Vlaams Belang (5 sièges) – même si les sondages doivent être pris avec prudence s'agissant des partis flamands bruxellois en raison d'un échantillon plus faible – pourraient décrocher une majorité des élus néerlandophones à Bruxelles et, partant, peser de façon déterminante sur la constitution d'une prochaine majorité.
Il paraît cependant exclu que le Vlaams Belang intègre le gouvernement bruxellois. Aucun parti francophone, ni aucun parti néerlandophone – en dehors peut-être de la N-VA – n'acceptera de gouverner avec l'extrême droite.
Bart De Wever, président de la N-VA, pourrait toutefois être tenté, s'il est en mesure de le faire, de bloquer la formation des gouvernements régionaux, tant que son parti n'est pas assuré de participer au niveau fédéral. Le bourgmestre d'Anvers, interrogé à ce sujet ce lundi, n'avait pas tranché la question.
On ne peut donc guère exclure que la N-VA décide de former, avec le Vlaams Belang, un axe visant à bloquer les institutions bruxelloises, et forcer ainsi une réforme des institutions.
Si, par contre, la N-VA décide de monter au gouvernement bruxellois sans le Belang, elle serait contrainte de s'allier avec Groen. Une alliance a priori bancale, même si elle existe déjà dans plusieurs communes flamandes comme à Hasselt.
Rappelons-le : les majorités francophones et néerlandophones se négocient séparément avant de se réunir pour former l'exécutif bruxellois. La position des partis francophones peut pourtant peser dans la balance. Rudi Vervoort (PS), l'actuel ministre-président bruxellois, n'a certes pas exclu de gouverner avec la N-VA, mais la position d'Ahmed Laaouej, le candidat socialiste pour lui succéder, est plus hostile au parti de Bart De Wever.
Le MR caracole en tête, grâce aux ex-électeurs Défi
Les socialistes risquent cependant de ne pas avoir la main.
Car une tendance se confirme, sondage après sondage, en Région bruxelloise. Les libéraux francophones caracolent en tête avec 22,9 % des intentions de vote, augmentant de plus de 8 % leur score de 2019 (14,3 %). Ils passeraient de 13 sièges en 2019 à 21.
Le MR, après 20 ans d'opposition dans la capitale, semble en parfaite position pour ravir au PS le leadership bruxellois et placer David Leisterh, tête de liste régionale, au poste de ministre-président. Et les libéraux, contrairement au PS et à Écolo, sont assez bien disposés à l'égard de la N-VA.
Plusieurs facteurs expliquent la bonne santé du MR dans la capitale, outre la popularité de Sophie Wilmès, qui peut rejaillir sur les listes bruxelloises et une forme de prime à l'opposition, face à l'usure du pouvoir de la majorité en place.
Le travail de terrain de David Leisterh, mais aussi sa focalisation, avec Georges-Louis Bouchez, sur le thème de la sécurité (trafic de drogue, insécurité dans les gares etc.) semblent porter leurs fruits.
La sécurité, en effet, est jugée comme l'un des thèmes les plus importants par les sondés bruxellois (3e), alors qu'il n'arrive que 5e en Wallonie et 7e en Flandre.
Le PS en petite forme
Le PS, premier aux élections de 2019 (18,7 %) de son côté, se trouve de son côté en petite forme et n'obtient que 14,2 % des voix. Le parti d'Ahmed Laaouej perd près de 5 points par rapport à notre précédent sondage d'octobre 2023, et n'arrive qu'en troisième position dans la capitale, (loin) derrière le MR, un chouïa derrière Ecolo (15 %), un fifrelin devant le PTB (14 %).
Sans surprise, c'est le PTB qui récupère le plus grand nombre des déçus du PS. Ainsi, 14 % de ceux qui avaient voté pour les socialistes en 2019 privilégieraient aujourd'hui le parti de Raoul Hedebouw, selon notre sondage.
Attention, toutefois, à ne pas enterrer trop vite le PS qui a souvent réalisé de meilleurs scores électoraux que ce que lui prédisaient les sondages.
Le désastre annoncé n'aura sans pas lieu pour les écologistes dans la capitale. Après un long passage à vide, Écolo redresse la barre, tandis que Groen reste l'une des forces dominantes côté néerlandophone. Les verts francophones, avec 15,5 %, arrivent en seconde position et ne sont plus très loin de leur excellent score des élections de 2019 (16,2 %).
Le MR battu, même s'il gagne ?
Précisons que le fait d'arriver en tête aux élections n'assure en rien au MR de diriger la Région Bruxelles-Capitale.
David Leisterh, s'il arrive en tête le 9 juin, aura besoin d'alliés pour former une majorité. Or, le compte n'y est pas en additionnant Défi et les Engagés au MR. Car, les Engagés, contrairement à leur score en Wallonie, ne parviennent pas à décoller dans la capitale (5,4 %). Et Défi, siphonné par le MR, ne parvient pas à redresser la barre dans les sondages. Il faudra donc, pour les libéraux, compter sur le PS et/ou Écolo.
Or, le PS et Écolo semblent former un axe a priori insécable qui préférera, dans la mesure du possible, garder le MR dans l'opposition.
Ils pourraient toutefois n'avoir guère d'autres choix, au vu des tendances actuelles, que de changer leur fusil d'épaule. Car le gouvernement dirigé par Rudi Vervoort n'aurait plus, selon notre sondage, la majorité.
Fiche technique
Cette enquête d'opinion a été réalisée par l'institut Kantar via un sondage en ligne du 8 au 18 avril auprès de 1004 électeurs habitant en Wallonie, 1016 électeurs habitant en Flandre et 807 électeurs habitant à Bruxelles ayant le droit de vote aux élections nationales de 2024. Leur représentativité a été pondérée en fonction de la population belge selon l'âge, le niveau d'éducation, le statut professionnel et la province. La marge d'erreur maximale est de 3,1 % en Wallonie et en Flandre et de 3,5% à Bruxelles.