Bart De Wever stoppe le Vlaams Belang en Flandre et déjoue tous les pronostics
Les sondages promettaient un "dimanche noir" en Flandre. L'extrême droite y remporte en effet une victoire mais ne réussit pas à dépasser la N-VA, qui garde sa place de plus grand parti flamand.

- Publié le 09-06-2024 à 23h05

On le disait aigri, fatigué de la vie politique. Pourtant, Bart De Wever vient de réaliser un exploit. En menant une excellente campagne électorale, il a réussi à déjouer les prédictions des sondages. Son parti, la N-VA, devait finir deuxième derrière un Vlaams Belang (VB) triomphant. Ce rapport de force, dimanche soir, s'est inversé : les nationalistes restent la première formation au parlement flamand. L'extrême droite finit juste derrière, malgré une nette progression par rapport aux élections de 2019.
Quand De Wever ridiculise le Belang…
Pendant plusieurs semaines, Bart De Wever a sorti le grand jeu, tournant en dérision Tom Van Grieken, le président du Belang, le ridiculisant sur les plateaux de télévision ou dans l'émission de téléréalité politique Het Conclaaf. À plusieurs reprises, le président de la N-VA a tranché la question d'une éventuelle alliance avec le VB après les élections : non, non, et non… Selon lui, l'extrême droite flamande n'est pas crédible pour un sou. Par ailleurs, Bart De Wever a réclamé le poste de Premier ministre et cette volonté de "prendre ses responsabilités" a pu aider la N-VA à contenir le Belang.
Autre enseignement de ces résultats flamands : la quasi-résurrection de Vooruit. Les socialistes flamands ne paient pas (du tout) les graves erreurs de leur ancien président, Conner Rousseau. Ce dernier avait dû piteusement démissionner après avoir lancé des insultes racistes à un groupe de Roms et avoir incité des policiers à les passer à tabac… Mais les électeurs flamands, manifestement, ont pardonné au King Connah. Ou ont la mémoire courte. Vooruit se classe à la troisième place (ex aequo avec le CD&V, à l'heure de terminer cet article) et consolide la perspective de son retour au pouvoir au niveau régional après les cinq années difficiles du gouvernement Jambon (N-VA/Open VLD/CD&V).
Une coalition N-VA/Vooruit/CD&V ?
Si les bruits qui prêtent à Bart De Wever l'ambition de négocier la future coalition flamande avec Vooruit se confirmaient, les deux formations pourraient se tourner vers le CD&V. Les trois partis auraient une majorité au sein de l'hémicycle flamand. L'addition des sièges N-VA et Vlaams Belang devrait donner une (courte) majorité en Flandre mais Bart De Wever ne voudra pas gâcher la possibilité de s'installer au 16, rue de la Loi en rompant le cordon sanitaire à l'égard de l'extrême droite.
L'Open VLD, le parti d'Alexander De Croo, paie sans doute les concessions consenties dans la majorité fédérale (la Vivaldi) vis-à-vis de la gauche francophone. Les libéraux flamands, en crise depuis plusieurs mois, vont sans doute connaître de nouveaux moments très durs, à l'image des larmes versées par le Premier ministre lors de son allocution au quartier général du parti, dimanche soir. Après une telle débâcle, l'Open VLD a-t-il même encore sa raison d'être en tant que parti ? La question pourrait se poser.
Le PTB explose, Groen s'effondre
Tout à gauche de l'échiquier, les marxistes du PTB/PVDA progressent et doublent le nombre de leurs sièges au parlement régional. C'est un succès. Déjà puissante en Wallonie, la formation de Raoul Hedebouw se développe également dans une Flandre dont le cœur bat pourtant à droite. Quant à Groen, c'est une claque. Comme les écologistes francophones, les verts flamands ressentent les effets de leur participation délicate et de leur manque de visibilité au sein de la Vivaldi.
