Frappe suspecte dans les Caraïbes, légèreté sur le secret-défense, action en justice : le chef du Pentagone Pete Hegseth est sur le gril
Un rapport, révélé jeudi, conclut que le ministre américain de la Défense a mis en danger les troupes américaines en utilisant la messagerie Signal. L'exécution de deux narcotrafiquants présumés suscite aussi des questions au Sénat.

- Publié le 04-12-2025 à 19h15

Le ministre américain de la Défense Pete Hegseth est sur le gril. Un rapport de l'inspecteur général par intérim du Pentagone, révélé jeudi, conclut que le ministre a mis en danger les troupes américaines en utilisant l'application de messagerie non sécurisée Signal pour discuter des frappes aériennes américaines au Yémen, mi-mars. Le rapport précise que Pete Hegseth a refusé de répondre directement aux questions, se limitant à fournir une brève déclaration écrite.
L'ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, Mike Waltz, a été remercié début mai, après les révélations du rédacteur en chef du magazine The Atlantic, ajouté par mégarde à un groupe de discussion sur Signal. Pete Hegseth a transmis sur ce groupe le calendrier détaillé des frappes aériennes prévues contre les combattants houthis au Yémen, deux heures avant la première opération, le 15 mars.
L'enquête du Pentagone révèle que l'utilisation de Signal par Pete Hegseth "a potentiellement compromis des informations […], ce qui aurait pu mettre en danger le personnel et les missions si elles avaient été divulguées à un adversaire étranger". L'enquête précise cependant qu'" aucune information classée secret-défense n'a été partagée", selon le porte-parole du ministre, Sean Parnell.
Une frappe suspecte
Pete Hegseth est également sur la sellette au sujet des opérations militaires menées contre des narcotrafiquants présumés dans la mer des Caraïbes et l'océan Pacifique, qui ont fait 83 morts.
Jeudi, la légalité d'une frappe opérée le 2 septembre a fait l'objet d'un examen par la Commission du renseignement de la Chambre des représentants. Selon des sources officielles anonymes, citées par la presse, une vidéo de l'action révèle qu'après la destruction d'un navire de narcotrafiquants présumés, deux survivants ont été tués lors d'une seconde frappe. Abattre des naufragés qui ne sont plus une menace est un crime.
L'amiral Frank Bradley, qui supervisait l'opération, a été entendu par les parlementaires. Selon le représentant démocrate Jim Himes, l'amiral a déclaré qu'il n'y avait pas eu d'ordre de "tous les tuer" ni de ne faire aucun quartier. Selon l'élu du Connecticut, la vidéo montre "l'armée américaine attaquer des marins naufragés – des méchants, certes, mais des marins naufragés. Ils n'étaient en aucun cas en mesure de poursuivre leur mission".
Pete Hegseth assure qu'il n'était pas au courant de la deuxième attaque, mais que l'amiral l'a ordonnée. Selon l'Administration Trump, toutefois, c'est bien le ministre qui a donné son feu vert. Le Républicain Paul Rand – très critique à l'encontre du gouvernement – laisse entendre que Pete Hegseth a menti. Par deux fois cette semaine, selon le Washington Post, le chef de la majorité républicaine au Sénat – John Thune – s'est abstenu de renouveler sa confiance au ministre.
Le soutien du Président
L'éviction de Pete Hegseth semble peu probable, toutefois. "Le président Trump soutient le secrétaire Hegseth", a commenté la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt. Celui qui préfère être appelé ministre "de la Guerre" n'a jamais fait mystère de son peu de considération à l'égard de ce qu'il estime être des entraves légales : "Fini les règles d'engagement politiquement correctes et autoritaires, place au bon sens, à une létalité maximale et à l'autorité des combattants", a-t-il asséné devant un parterre d'officiers supérieurs en septembre.
Jeudi toujours, le New York Times a pour sa part intenté une action en justice contre le Pentagone, arguant qu'une série de nouvelles restrictions imposées aux journalistes au sein du Pentagone, depuis octobre, portent atteinte aux droits constitutionnels de la presse.