Procès Black Eagle : la cocaïne voyageait par valise diplomatique
La filière jugée à Bruxelles avait corrompu un consul sud-américain.

- Publié le 18-04-2024 à 19h56

Entre le champ de coca et la narine du consommateur européen, il y a des milliers de kilomètres. Tout au long du chemin, le prix du gramme de cocaïne explose. Il y a des sommes considérables en jeu. Les plus gros bénéfices se font lors des passages où les risques de saisie sont les plus importants, c'est-à-dire lors de la traversée de l'océan.
L'organisation criminelle albanophone, démantelée lors de l'opération Black Eagle, se fournissait directement en Amérique du Sud. Une fois la drogue reconditionnée avec l'aide de "chimistes" colombiens en Belgique, elle l'exportait vers différents pays européens.
Quarante de ses membres sont jugés depuis le 8 avril à Bruxelles. Les bénéfices engrangés par les dirigeants étaient faramineux. On a retrouvé des traces des circuits d'argent. Des sommes ont également été saisies. Mais, comme l'a expliqué dans son réquisitoire la procureure fédérale, Julie Coduys, "on n'a retrouvé qu'un flocon de neige au-dessus de l'iceberg".
Pour que la cocaïne traverse l'océan sans encombres, l'organisation n'a pas manqué d'imagination. Il y avait la "classe économique", à savoir le conteneur avec la drogue cachée dans des sacs que des plongeurs, équipés de combinaisons et de sacs étanches, récupéraient de nuit. La cocaïne pouvait aussi être mêlée à d'autres produits, comme le charbon ou la pulpe de fruit.
Il y avait la "classe affaires", avec l'usage de jets privés, notamment au départ du Surinam.
Dix mille euros pour le consul
Il y avait enfin la "première classe" ou "classe diplomatique". Les enquêteurs ont ainsi pu établir, sur la base des données collectées grâce au démantèlement du réseau de cryptophones Sky ECC, que la cocaïne a voyagé par valise diplomatique au départ du Paraguay.
Selon les plans, il devait être possible d'emprunter cette "route diplomatique" tous les 15 jours. La quantité maximale par transport était de 100 kg de cocaïne par voyage. Il était toutefois préférable de ne pas atteindre ce plafond.
En Amérique du sud, la cocaïne se négociait à 4.500 euros le kilo. Une fois à Bruxelles, elle pouvait se revendre entre 25.000 et 30.000 euros., soit un bénéfice compris entre 500% et 600%.
Les éléments récoltés ont ainsi permis de déterminer que lorsque les trafiquants prenaient livraison de la marchandise, il fallait rémunérer le consul sud-américain qui avait été corrompu à hauteur de 10 000 euros.
Pour les dirigeants de l'organisation criminelle, cette route paraissait très prometteuse car, si elle n'avait pas été éventée, elle aurait pu être utilisée pendant trois ans, soit jusqu'aux prochaines élections dans le pays du consul.
La cocaïne disponible dans le dépôt sud-américain représentait un poids total de trois tonnes. Elle se négociait sur place aux alentours de 4 500 euros le kilo tandis que les dirigeants de l'organisation la revendaient en Europe à un montant compris entre 25 000 et 30 000 euros le kilo. Soit un bénéfice compris entre 500 % et 600 %.
Vingt ans requis contre les dirigeants
Au sommet de l'organisation criminelle, la procureure fédérale voit deux dirigeants, Alfredo H. et Indrit K., contre qui elle a requis jeudi des peines de 20 ans de prison.
Les barreaux n'arrêtaient pas Indrit K. De sa cellule, équipé d'un cryptophone Sky ECC qu'il avait réussi à obtenir, il continuait ainsi à gérer ses affaires, donnant notamment ses instructions quand il s'était agi de gérer la disparition de trois pains d'un kilo de cocaïne.
La procureure fédérale terminera son réquisitoire vendredi.