"Il y a eu attentat à la pudeur. Il y a eu viol. C'est quoi la prochaine étape, un meurtre ?"
Un homme est accusé d'avoir frappé et violé son ex-compagne. Il nie et évoque même un complot.

- Publié le 24-11-2024 à 09h56

Lorsque Omer et Cécile (prénoms d'emprunt) se sont rencontrés, la jeune femme est, dit-elle, très vite tombée amoureuse de cet homme qu'elle trouve un peu spécial, différent de ceux connus auparavant.
Mais quelques mois seulement après leur premier rendez-vous, le coup de foudre se mue en relation toxique. Car Omer est un homme jaloux. Et lorsqu'il pique une crise, insultes et gifles deviennent la norme.
Omer a d'ailleurs déjà eu affaire à la justice. Il y a d'abord eu ce dossier concernant cette jeune fille de 13 ans qui l'a accusé d'attentat à la pudeur. Puis des "histoires d'amour" qui se sont mal terminées et devant un tribunal. Une dizaine de femmes l'accusaient de faits de harcèlement, de menaces, de coups et blessures. En juin 2021, le quadragénaire a été poursuivi puis condamné. Il a écopé d'une peine de prison assortie d'un sursis probatoire de cinq ans. Mais, contestant tout ce qui lui était reproché, Omer a fait appel. Et en septembre 2022, il rencontre Cécile.
Une plainte déposée, puis retirée
Dès le début de la relation, les insultes, les dénigrements et les violences physiques se multiplient. Omer contrôle régulièrement le contenu de son téléphone. Si elle refuse, "elle s'en prend une ou deux". Apeurée, Cécile ira jusqu'à porter plainte. Avant de se raviser et de lui pardonner, persuadée qu'Omer pouvait changer. Que les coups cesseront, parce que, dit-elle, "elle l'aime".
Mais les coups seront à chaque fois plus forts et plus nombreux. Les insultes aussi. Cécile tente alors de fuir et se réfugie dans une petite ville située juste de l'autre côté de la frontière française. Un soir de décembre, Omer vient cependant la retrouver. Ensemble, ils louent une chambre d'hôtel situé côté belge de la frontière. Cécile dit qu'au cours de cette soirée, elle a été été violentée par son ex-compagnon, qui lui a également imposé "des rapports sexuels sans consentement".
Elle n'ose pas prononcer le mot "viol". C'est pourtant pour cela que Omer est poursuivi devant le tribunal correctionnel, ce matin-là.
"Monsieur, vous êtes sérieux, là ? Vous rendez-vous compte de ce dont on parle, ici ? Ce n'est pas une histoire d'excès de vitesse. Si les faits sont avérés, vous risquez jusqu'à 15 ans de prison".
Un "complot"
En écoutant l'instruction d'audience, Omer a l'air estomaqué. Il ne cesse de hocher la tête pour signifier que, non, ce qui est décrit ici n'est pas la vérité. En farfouillant dans le copieux dossier, il tente de le prouver. Il répète à l'envi que Cécile ment.
"Tout ce qu'elle dit, ce n'est pas vrai. Elle m'a rendu des coups", entame Omer. "Rendu? Donc c'est vous qui avez commencé ?", réagit le juge. Omer se reprend. "Non, c'est elle. Et elle a même utilisé un couteau pour me menacer", avance-t-il.
"Ah, mais ce n'est indiqué nulle part dans le dossier. Pourquoi n'avoir jamais évoqué cet élément avant?", interroge le juge.
"Je l'ai dit à mon avocate. Une fois", soupire Omer. Mais pour le juge, c'est à la police qu'il fallait livrer de tels éléments. Et le juge de poursuivre. "Comment cela se fait-il qu'à chaque fois que la police est intervenue, la partie civile avait des traces d'hématomes partout, notamment au visage, et que vous n'aviez jamais rien ?"
Omer explique que les traces au visage de Cécile, c'est sa faute à elle, car "elle s'est frotté le visage avec le tapis de mes parents".
Le juge, qui avait le nez dans le dossier, lève la tête et fixe Omer d'un air incrédule. "Elle voulait faire un peeling du visage, c'est ça ?, ironise le juge. Monsieur, vous êtes sérieux, là ? Vous rendez-vous compte de ce dont on parle, ici ? Ce n'est pas une histoire d'excès de vitesse. Si les faits sont avérés, vous risquez jusqu'à 15 ans de prison."
Et de rappeler que le dossier fait également état de rougeurs constatées au niveau de l'utérus de la victime après ce "rapport sexuel non consenti" tel qu'il a été décrit par Cécile.
Mais Omer maintient ses propos. Tout est à cause de Cécile. Et ses antécédents judiciaires, ce n'est rien d'autre qu'un complot fomenté par ses ex. "Et l'élection de Trump aux États-Unis, c'est aussi de sa faute?, rétorque le juge. Monsieur, la plupart de ces femmes ne se connaissent pas et rapportent, toutes, des éléments assez similaires à ce qui vous est reproché ici."
"Tout dans le dossier démontre que la partie civile était sous emprise. Elle a essayé de lui pardonner, mais elle était face à un homme qui allait sans cesse plus loin, entame la procureure. Ce qui aurait pu être un conte de fées est devenu une relation d'une toxicité sans nom. Madame a vécu constamment dans la peur."
Des soins plutôt que la prison
La procureure du Roi confirme que les preuves accablantes contre Omer sont nombreuses. "Tout dans le dossier démontre que la partie civile était sous emprise. Elle a essayé de lui pardonner, mais elle était face à un homme qui allait sans cesse plus loin, entame la procureure. Ce qui aurait pu être un conte de fées est devenu une relation d'une toxicité sans nom. Madame a vécu constamment dans la peur. Il est un danger pour elle et pour les femmes qu'il considère, selon ce que je lis dans le dossier, comme étant toutes des 'salopes'. Il faut agir. Il y a eu attentat à la pudeur. Il y a eu viol. C'est quoi la prochaine étape, un meurtre ?". Elle requiert une peine de sept ans.
L'avocate d'Omer, elle, demande l'acquittement pour le viol, rappelant qu'il s'agissait, au départ, d'une relation consentie et que rien ne permet de prouver l'inverse. Pour les coups et blessures, elle demande un sursis probatoire, estimant que son client doit être soigné et non emprisonné.
Jugement le 24 décembre.