Procès Falzone: des témoins ont "immédiatement pensé à un attentat", ils racontent avec émotion leur 20 mars 2022
À la cour d'assises du Hainaut, les récits des témoins replongent le procès du drame de Strépy-Bracquegnies dans l'effroi de cette matinée de carnaval.
- Publié le 12-05-2026 à 11h26

La cour d'assises du Hainaut a poursuivi, mardi, l'audition des témoins directs du drame survenu le 20 mars 2022, rue des Canadiens à Strépy-Bracquegnies. Ce matin-là, la BMW conduite par Paolo Falzone avait percuté à plus de 170 km/h un groupe participant au ramassage des Gilles dans le cadre du carnaval du village.
Parmi les témoins entendus figure Cécile, auditionnée une première fois le 1er avril 2022 dans le cadre de l'enquête. Invitée par des amis au ramassage des Gilles, elle connaissait peu de personnes sur place.
Positionnée à l'arrière du cortège, sur le côté droit et seule, elle attendait un ami qui ne viendra jamais. Elle décide finalement de rester près de Nicole, avec qui elle entame une discussion. "Comme elle est grande, je suis montée sur la bordure pour être à sa hauteur", raconte-t-elle. Un geste qui lui a sauvé la vie.
Elle a pensé à un attentat
Quelques instants plus tard survient l'impact. "C'était une voiture noire, une grosse cylindrée. Je me souviens du bruit du choc, des gens projetés en l'air. Vu la vitesse du véhicule, j'ai immédiatement pensé à un attentat. J'en ai été convaincue pendant plusieurs semaines", explique-t-elle. Elle précise ne pas avoir vu de feux stop.
Après le choc, un silence pesant s'installe. "La situation était étrangement calme. J'avais l'impression que mon champ visuel se rétrécissait". Elle aperçoit alors une femme allongée au sol, inconsciente, blessée à la tête. "Un homme était penché au-dessus d'elle, les yeux hagards, puis il est parti. Je suis restée longtemps avec cette dame. Quand elle a repris conscience, elle me demandait sans cesse ce qu'il s'était passé".
Cécile apprendra ensuite que cette victime était la mère d'un de ses collègues. "Il faisait des allers-retours entre sa compagne et sa maman. Il faisait froid, j'avais mal partout, je tremblais. Il y avait des débris partout". Elle raconte aussi avoir trouvé un GSM qu'elle a glissé dans la poche de la victime. "Je me suis dit que si elle mourait, on pourrait au moins savoir qui elle était".
Des images gravées dans la mémoire
Le témoin évoque également deux autres victimes situées un peu plus loin. L'état des jambes de Michelina reste gravé dans sa mémoire. "Puis j'ai vu un jeune homme qui m'a fait penser à mon fils. Je lui ai demandé s'il allait bien. Il m'a répondu : C'est ma maman, elle vient de lâcher ma main".
À l'arrivée des secours, Cécile reste auprès des blessés autour d'elle. "Je n'ai pas eu le réflexe d'aller vers l'avant du groupe. Quand les victimes ont été évacuées, je suis rentrée chez moi en mode automatique, en roulant le plus doucement possible".
Depuis les faits, les conséquences psychologiques restent importantes. "Pendant le drame, j'avais l'impression d'être dans un monde parallèle. Je n'étais pas blessée physiquement, mais j'ai mis du temps à accepter mon statut de victime. Ma vie a complètement changé". Elle évoque de nombreux symptômes post-traumatiques et un suivi, notamment par hypnose, pour tenter d'apaiser ses cauchemars.
Elle se souvient du regard des gens autour d'elle, un mélange de sidération, de douleur et de tristesse.
"On a pensé à une bombe"
Livia, aux cheveux noirs bouclés, participait ce jour-là à son tout premier ramassage de Gilles, entourée de ses proches. "Nous nous sommes déplacés vers la gauche du cortège parce que ma maman avait froid. Quelques secondes plus tard, il y a eu l'impact sur la droite", raconte-t-elle à la barre.
Sur le moment, la jeune femme ne comprend pas ce qu'il vient de se produire. "Il y avait un silence total, de la sidération. Il m'a fallu plusieurs minutes pour réaliser ce qu'il s'était passé".
Livia explique avoir rapidement contacté les secours. "Au début, on a pensé à une bombe. Tout le monde s'est écarté".
Depuis ce drame, certains bruits restent difficiles à supporter. "Quand j'entends une accélération, je panique. Inconsciemment, j'ai dû entendre la voiture", confie-t-elle.
Du sang sur les mains
Lucile, la mère de Livia, se trouvait, elle aussi, sur la droite du cortège avec ses enfants et plusieurs amis. "Nous étions deux rangs derrière la grosse caisse. Je profitais simplement de la fête", explique-t-elle.
Le groupe s'était légèrement déplacé vers la gauche lorsque le drame est survenu. "Une voiture est arrivée devant nous. Le cortège s'est scindé en deux. À un moment, j'ai entendu un bruit et j'ai vu des choses projetées en l'air".
Dans la confusion, Lucile pense d'abord à un pétard. "Je me suis demandé quel crétin avait lancé ça". Puis d'autres images lui traversent l'esprit. "J'ai eu l'impression de voir une piñata. J'ai cru que le monsieur qui se trouvait sur le pas de sa porte avait lancé une grenade avant de rentrer chercher un fusil. C'était le film qui se construisait dans ma tête".
Elle se relève alors et tente de mettre ses proches à l'abri. "Je leur ai crié de reculer parce que je pensais à une bombe. C'est mon fils qui m'a dit que c'était une voiture".
Très émue à la barre, Lucile raconte ensuite s'être approchée d'une victime. "J'avais du sang sur les mains. C'était abominable". Elle garde également le souvenir d'un silence pesant après l'impact.
Blessée, elle apprendra plus tard souffrir d'une fracture du poignet après une radiographie. Elle se rappelle aussi de victimes "éparpillées partout" sur la chaussée.
Malgré le traumatisme, Lucile affirme se considérer comme "chanceuse". "Je ne me donne pas le droit de me plaindre". Elle évoque toutefois un regret profond : "Le plus difficile pour moi, c'est de ne pas avoir aidé davantage, alors que j'avais suivi une formation de secourisme".
Un papa et son fils effrayé
Gianni, le fils de Lucile, conserve lui aussi une image très précise de l'impact. "Tout s'est figé. Je n'arrivais pas à comprendre ce qui se passait. Puis, d'un coup, tout s'est remis en mouvement", raconte-t-il devant la cour.
En regardant vers l'avant du cortège, il aperçoit immédiatement des victimes et des objets projetés sur la chaussée. "Une masse noire est passée. Rien ne me permettait de penser à un accident. Pour moi, c'était volontaire".
Le témoin insiste sur la vitesse du véhicule. "Elle n'était pas normale. Je n'ai entendu aucun coup de frein".
Par réflexe, Gianni prend alors son fils âgé de quatorze ans et l'éloigne du danger. "Ensuite, j'ai compris l'ampleur de la catastrophe et qu'il s'agissait d'une seule voiture, sans autre menace immédiate".
Il reste ensuite avec son enfant tout en cherchant ses proches du regard. "On a commencé à s'organiser, à appeler les secours. Puis je suis parti avec mon fils le plus rapidement possible". Eux aussi ont gardé des séquelles sur le plan psychologique.
Une boule de lumière
Antonetta, la compagne de Gianni, également psychothérapeute et expert judiciaire, a elle aussi livré son récit devant la cour. Elle se souvient d'une matinée particulièrement froide, dans une rue toutefois bien éclairée.
"J'ai entendu un énorme pétard, accompagné d'une sorte de boule de lumière avec des cotillons autour", raconte-t-elle. Comme d'autres témoins, elle pense d'abord à une mauvaise plaisanterie. "Je me suis demandé quel était l'idiot qui avait lancé un pétard".
Par réflexe, Antonetta protège alors son visage avec ses mains. "Quand je les ai retirées, je ne voyais plus mes proches".
Elle aperçoit ensuite son compagnon revenir vers elle. "Mon premier réflexe a été de retrouver mon fils".
Très vite, elle découvre l'ampleur du drame. "J'ai vu deux corps au sol. Je ne comprenais pas. C'était une catastrophe, un carnage", confie-t-elle avec émotion.
Elle garde en mémoire l'image du bourgmestre Jacques Gobert, désespéré au chevet de Michelina Imperiale.
