À Rosières, la suppression d'une ligne de bus De Lijn bouleverse la vie des habitants : "Ils abandonnent les villages parce que ce n'est pas rentable"
Le nouveau plan de transport de De Lijn a entraîné la suppression de nombreux arrêts, principalement en zone rurale et parfois même en Wallonie. Reportage à Rosières, village proche de la frontière linguistique, où les habitants s'indignent et s'organisent tant bien que mal.
- Publié le 14-01-2024 à 14h30

Une petite église, une place communale, quelques champs, de vieilles maisons en briques rouges. Le paysage du trajet de la ligne 543 du Tec reliant Perwez à Auderghem est bucolique. Passant de village en village, ses usagers ne s'étonnent guère de son allure nonchalante ni de croiser un tracteur sur le chemin. Le 543 est encore un des rares transports en commun disponibles dans ces petits villages brabançons. Sa disparition entraînerait immanquablement de nombreuses difficultés pour ses habitants.
C'est d'ailleurs ce qui s'est produit avec la suppression de sa ligne parallèle, la 345 de De Lijn, entre Wavre et Auderghem, qui a définitivement cessé d'être desservie ce 6 janvier. Même si la 345 a été partiellement remplacée par d'autres lignes plus concentrées sur les grands axes, la société publique flamande a rayé 16 arrêts de la carte, laissant les villages de Bierges (commune de Wavre) et de Rosières (commune de Rixensart) pratiquement orphelins de transports en commun.
Les habitants se mobilisent
"On venait de renouveler les abonnements des enfants, soupire Eléonore, qui habite à deux pas d'un arrêt déserté à Rosières. Ils sont ados. L'une va à l'école à Wavre, l'autre à Hoeilaart. Ils prenaient tous les deux le bus au même arrêt, dans deux directions différentes. C'était l'idéal." Depuis la suppression de la ligne 345, elle et son mari se sont résignés à reprendre leur voiture pour aller conduire et chercher leurs enfants à l'école. "Devant les écoles, les voitures se bousculent, c'est le chaos. Tous les parents font la même chose, on n'a pas le choix. On essaye de se partager les navettes avec d'autres parents, mais ce n'est pas évident. La suppression de la ligne nous a vraiment compliqué la vie."
Même constat du côté de Lionel et Céline. Travaillant tous les deux à Bruxelles, ils se débrouillaient jusqu'ici sans difficulté avec un seul véhicule. "L'un de nous prenait la voiture et s'occupait des enfants avant d'aller au boulot, l'autre y allait en bus. Mais ce n'est plus possible désormais." Pour alléger l'organisation familiale, Céline peut télétravailler de temps à autre, mais pas Lionel, qui est enseignant.
Indigné, le couple a lancé une pétition qui a déjà récolté 480 signatures pour demander le maintien d'un "service de transport en commun de qualité à Rosières et à Bierges". Il a aussi interpellé les autorités de la commune de Rixensart, qui se sont montrées à l'écoute du problème. Ils espèrent qu'une solution sera rapidement trouvée. "On nous pousse à avoir une mobilité responsable, à abandonner la voiture, explique Lionel. Nous, on ne demande pas mieux ! Mais on ne peut pas, d'un côté nous culpabiliser, et de l'autre réduire la couverture territoriale des transports en commun. Ça, c'est inaudible pour les citoyens."
Une possible solution via le Tec
D'autant plus qu'il existe peu d'alternatives. Dans le hameau où résident Lionel et Céline, il n'y a pratiquement aucun cycliste. "Rosières est accidenté, il y a beaucoup de montées, pas vraiment d'aménagements, ce n'est pas fait pour les vélos." Eléonore acquiesce : "Je ne voudrais pas laisser mes enfants prendre le vélo ici, j'aurais peur pour leur sécurité". Il reste la Navette 15 du Tec, qui fait le tour du village pour amener les habitants à la gare de Genval. Pour Lionel, c'est "mieux que rien" mais ce n'est "pas l'idéal". "Il faut prendre plusieurs trains ensuite pour rallier une destination qu'on atteignait facilement en une demi-heure avant."
Si De Lijn ne prend plus ces arrêts en charge, les habitants demandent que le Tec puisse le faire, par exemple en créant une boucle supplémentaire sur le trajet de la ligne 543. "On ne l'exclut pas, mais c'est plus compliqué que ça n'en a l'air, explique Stéphane Thiery, porte-parole de la société wallonne de transport en commun. Ça ne dépend pas que de nous, mais aussi de l'autorité organisatrice du transport collectif. Par ailleurs, créer de nouvelles lignes ou de nouveaux arrêts sur des lignes existantes n'est pas chose aisée, d'autant plus quand on est en pénurie de personnel. Si une solution devait être trouvée, ce ne sera pas avant plusieurs mois."
Dans le bus 543 du Tec, le chauffeur ne semble pas étonné de la disparition de sa ligne sœur : "Ils abandonnent les petits villages. Ce n'est pas rentable pour eux". Lionel fait le même constat : "De Lijn a recentré son offre sur les grands axes, les lignes très fréquentées. Mais que vont devenir les petits villages abandonnés ? On a aussi droit à des transports de qualité à des fréquences raisonnables".
