Sur le rail, le dialogue de sourds se poursuit
Les deux "petits" syndicats à l'origine du mouvement de neuf jours regrettent de ne toujours pas avoir été reçus par le ministre de la Mobilité, Jean-Luc Crucke (Les Engagés). Les actions pourraient se prolonger.

- Publié le 27-02-2025 à 16h51
- Mis à jour le 31-03-2025 à 21h45

Bientôt une semaine de grève sur le réseau de chemin de fer belge et pas une seconde de dialogue entre les grévistes et l'Arizona. Depuis que le syndicat indépendant des cheminots (SIC-OVS) et les défenseurs des conducteurs de train (SACT-ASTB) ont débuté leurs actions tournantes le 21 février à 22 h tapantes, aucun pas en avant n'a été réalisé. Les pourparlers permettant une sortie de crise semblent (encore et toujours) au point mort.
Un recommandé avant la grève
Vendredi dernier, dans La Libre, alors que les cheminots s'apprêtaient à débrayer, le centriste Jean-Luc Crucke avait fermé la porte à l'arrivée du SIC et du SACT à la table des négociations. Il justifiait son refus : "Se mettre en grève sans même avoir tenté de rencontrer le ministre, c'est irrespectueux. Nous ne sommes pas un paillasson". Ambiance.
Un des deux "petits" syndicats a pourtant bel et bien cherché à ouvrir le dialogue. Le 18 février, soit environ une semaine après le dépôt du préavis et trois jours avant le début de la grève, un recommandé envoyé par le SACT a été réceptionné au siège des Engagés à Bruxelles. Au cœur d'une missive rédigée à l'attention du ministre, les représentants des conducteurs de trains livraient leur "profonde inquiétude" quant aux projets de l'exécutif, tout en posant une série de questions au ministre.
Leur appel du pied restera lettre morte : Jean-Luc Crucke n'y donnera jamais suite. Contacté, le cabinet du Frasnois s'abstient de tout commentaire sur ce courrier. Le SIC, deuxième partenaire du front syndical, confirme, quant à lui, ne pas avoir adressé de demande de rencontre." Nous regrettons néanmoins de ne pas avoir été invités à discuter. Nous voulons exprimer notre point de vue sur les mesures. Cela ne signifie pas un arrêt immédiat du mouvement, mais il s'agit d'un point de départ", détaille Bram Maes, porte-parole du SIC.
La CGSP et la CSC conviées
Alors, après plusieurs jours de grève, une table ronde pour (re) nouer le dialogue se trouve-t-elle à l'agenda ? Pour l'instant, des consultations sont planifiées toutes les deux semaines à partir du 10 mars, mais elles concernent uniquement la CGSP et la CSC, indique Nathanaël Pauly, porte-parole du ministre. "On va entamer un processus de dialogue avec ces deux organisations. Ce sont eux qui décideront quels syndicats seront ou non autour de la table pour la suite, mais il n'y a pas d'exclusive", annonce-t-il. Une déclaration quelque peu étonnante qui renvoie la balle… aux deux principales organisations de défense des travailleurs.
"La concertation sociale reste organisée sous la coupole de la commission paritaire nationale des chemins de fer, nuance à ce titre Pierre Lejeune, président national de la CGSP Cheminots. Les organisations représentées mènent le dialogue, rien de plus logique. Des structures et des règles existent, n'en déplaise aux petits syndicats".
Si rien ne change, nous n'excluons pas de planifier d'autres grèves.
De son côté, le ministre en charge de l'épineux dossier des pensions, Jan Jambon (N-VA), souhaite attendre la présentation des textes de loi pour rencontrer les partenaires sociaux.
Faute d'avancées, les cheminots risquent pourtant de continuer à débrayer. "Le mouvement est reconductible tous les mois. Une réunion pour envisager la suite aura lieu courant de la semaine prochaine", signale Grégory Lehman. "Si rien ne change, nous n'excluons pas de planifier d'autres grèves", avertit Bram Maes.
Voici le calendrier des grèves organisées par la CSC et la CGSP
Les instances des deux principaux syndicats du rail (CSC-Transcom et CGSP Cheminots) se réunissaient ce jeudi pour valider leur plan de bataille. La Libre a pu obtenir une copie du planning, confirmé par l'une des organisations. Le menu sera le suivant : dix-huit (nouveaux) jours de grève sont à prévoir en Belgique pour les cinq prochains mois. Les actions débuteront le 17 mars avec un front commun "pour tous les cheminots", précise un communiqué.
Ensuite, d'avril à juillet, le chemin de fer connaîtra quatre jours de grève par mois. Les modalités seront dévoilées ultérieurement. Les deux organisations de défense des travailleurs annoncent aussi que la mobilisation prioritaire reste la grève générale fixée au 31 mars. "Si une action interprofessionnelle ou intersectorielle est organisée, elle remplacera une action spécifique au chemin de fer", ajoute un tract syndical.
