Schepmans: "La communauté musulmane ne doit pas se victimiser"

Insécurité, boom démographique, repli communautaire, islamophobie: l'image de Molenbeek est régulièrement écornée. En tant qu' Invitée du samedi de LaLibre.be, la bourgmestre MR Françoise Schepmans évoque ces problématiques.

Schepmans: "La communauté musulmane ne doit pas se victimiser"
©Montage Chelle (lalibre.be)

Insécurité, boom démographique, repli communautaire, polémiques, islamophobie: l'image de Molenbeek est régulièrement écornée. Le départ des jeunes issus de cette commune pour combattre en Syrie n'arrange rien à la situation. En tant qu'Invitée du samedi de LaLibre.be, la bourgmestre MR Françoise Schepmans évoque ces problématiques. Elle avance également sa préférence pour un potentiel futur partenaire de majorité lors des élections de 2014.

Comment vivez-vous ces premiers mois à la tête de Molenbeek?

De manière intense mais positive. Les priorités que nous avions définies sont mises en œuvre. Il existe un vrai travail d'équipe. Et la bonne gouvernance est d'application. Les dysfonctionnements, le manque de transparence et de communication de la législature précédente ne sont plus de mise.

L'insécurité est un problème à Molenbeek. Quelles sont les mesures phares qui ont déjà été prises en la matière?

Nous avons renforcé le nombre de policiers sur le terrain. Nous avons également lancé une étude pour réactualiser le système de caméras et en installer 90 nouvelles, pour travailler sur l'aspect sécuritaire et pour combattre les incivilités. Ensuite, pour la prévention, nous avons 90 gardiens de la paix qui agissent pour le bien-être de la population. Nous allons également privilégier un travail de rue important des éducateurs auprès des jeunes.

Molenbeek connaît un boom démographique. Les projections prévoient une augmentation de la population de 35% d’ici 2060. Comment contrer cette croissance?

Il y a tout l'enjeu du développement de la gare de l'Ouest et du canal. On a trois plans particuliers d'affection du sol, où on prévoit du logement et des équipements collectifs. Il faut aussi conscientiser les gens à cette problématique, en responsabilisant les parents et en étant attentif à l'éducation des enfants. Nous intervenons dans les contrôles des logements en termes d'habitabilité et d'inscriptions. Je veux réguler la densité énorme de population dans le centre de la commune. Et je ne veux pas qu'on ne pense qu'à Molenbeek on peut tout se permettre.

Pour enrayer ce boom démographique, la question de la limitation des naissances peut-elle être mise sur la table?

Aujourd'hui, c'est encore un sujet tabou. Comme pouvoir public, on n'a pas à intervenir dans la vie privée des gens, à prendre des mesures de contrainte, ou à porter un jugement à ce sujet. Mais on ne doit pas non plus encourager les naissances.

L'image d'une commune à forte communauté étrangère vous pose-t-elle problème?

C'est une réalité, un constat. La diversité ne me pose aucun problème pour autant qu'il y ait du respect et l'adhésion à des valeurs communes. On ne peut accepter le repli communautaire qui se fait dans certains quartiers, et qu'on aurait dû casser il y a de nombreuses années. A l'époque, le dire était politiquement incorrect.

Les récentes polémiques, comme les mails disparus ou la caricature antisémite, n'ont-elles pas un mauvais effet sur l'image de la commune?

Oui, certainement. L'affaire des mails fait partie des dysfonctionnements qu'on a connus auparavant. Quand j'ai repris le bureau de Philippe Moureaux, il n'y avait plus rien, ni feuille ni dossier. Il y a certainement eu une volonté de supprimer les dossiers mails également. Une enquête a été lancée au sein de l'administration. Mais je n'en fais pas une fixation.

Et la caricature antisémite?

C'est révélateur de l'état d'esprit de certains -dont des politiques- à Molenbeek, pour qui il y a eu un estompement des normes. Parce que ne pas s'être rendu compte du caractère antisémite de cette affiche, je ne vais pas imiter Nabilla (rires), mais c'est énorme. Ça ne se serait pas passé à Uccle. Certains sont tellement obsédés par le conflit israélo-palestinien qu'ils ne font plus la différence.

On vous a beaucoup lue et entendue ces derniers jours concernant les jeunes Belges partis se battre en Syrie. Comprenez-vous que de tels agissements puissent entrainer une islamophobie et un rejet de l'islam?

Oui, cela suscite un sentiment d'inquiétude, de méfiance mais pas d'islamophobie. Et ce n'est pas nécessairement à la capitale, certaines régions de Wallonie ont également ce sentiment. C'est aussi à la communauté musulmane de s'affirmer, de faire passer un message positif, et non se victimiser.

Autre dossier: les élections régionales de 2014. Si le MR arrive au pouvoir, avez-vous une préférence pour un partenaire de majorité?

Ma réponse est tout à fait personnelle et n'engage en rien le MR, mais je vous dirais qu'un parti qui reste trop longtemps au pouvoir ce n'est jamais une bonne chose. Un appel d'air est toujours intéressant. Et c'est comme ça que je le vis aussi à Molenbeek (NdlR: où le PS a dû quitter la majorité au profit d'une tripartite MR-cdH-Ecolo).

Quel rôle entendez-vous jouer lors de ce scrutin?

Je suis à la disposition de mon parti mais ma priorité est de rester bourgmestre de Molenbeek. Je pense qu'il est important que je sois députée bruxelloise pour pouvoir sensibiliser, intervenir sur les politiques développées à la Région et qui concernent les communes.

Le MR doit-il réintégrer les élus qui se sont présentés aux côtés des FDF Clerfayt (Schaerbeek) et Maingain (Woluwe-Saint-Lambert) sur les listes communales? Reynders le veut, Michel et De Wolf sont contre!

Sur le plan personnel, j'ai beaucoup de sympathie pour certains de ces élus. Mais sur le plan politique, une réintégration avant les régionales sera difficile.

Charles Picqué va quitter ses fonctions à la tête de la Région bruxelloise. Si vous deviez mettre une cote à son action, quelle serait-elle?

Je dirais 5/10 pour l'action du gouvernement. Charles Picqué est un grand monsieur, un meneur, il a porté Bruxelles dans de grands projets et il a eu un rôle ingrat et difficile par rapport aux communes. Mais il y a quand même des endroits emblématiques dans Bruxelles qui n'ont pas évolué, comme la Porte de Ninove, Tour&Taxis, la gare de l'Ouest. Pour le bien de Bruxelles, il aurait dû avoir le courage de prendre certaines décisions difficiles dans son propre parti...

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