Paul Magnette: "Lutgen se prenait pour le neuvième ministre"

Au lendemain du séisme politique que connaît la Belgique, Paul Magnette, ministre-président wallon, parle de son rapport avec le cdH, Maxime Prévot et Benoît Lutgen, mais aussi de la situation du PS, et de son avenir personnel. Entretien avec notre confrère de la DH.

Adrien de Marneffe
Paul Magnette: "Lutgen se prenait pour le neuvième ministre"
©BELGA

Au lendemain du séisme politique que connaît la Belgique, Paul Magnette, ministre-président wallon, parle de son rapport avec le cdH, Maxime Prévot et Benoît Lutgen, mais aussi de la situation du PS, et de son avenir personnel. Entretien avec notre confrère de la DH.

Paul Magnette, comment analysez-vous la décision du cdH de gouverner sans le PS?

Evidement, je regrette cette trahison. Surtout sur la manière qui n'est pas courante en politique. On voit bien que le cdH est un parti aux abois, qui, au vu des mauvais sondages, joue le tout pour le tout pour survivre. Il est prêt à mettre en péril la stabilité de la Wallonie. Je trouve ça totalement irresponsable.

Vous avez qualifié récemment Benoît Lutgen de "loyal". Vous le regrettez?

J'ai entendu, avant son annonce, un certain nombre de rumeurs, qui disaient notamment que certains débats avaient lieu au cdH. Je voulais, par cette phrase, lui faire une petite piqûre de rappel. Aujourd'hui, je dois constater que la loyauté n'est pas leur fort.

Vous l'aviez senti venir?

J'avais des craintes, mais j'espérais que cela ne se produise pas.

Comment interprétez-vous l'action de Lutgen?

Je crois que c'est lié à une panique profonde du CDH, surtout à Bruxelles. Les derniers sondages les placent à peine au seuil de représentativité à Bruxelles. C'est un coup de poker. En attendant, ils prennent les Wallons et les Wallonnes en otage. C'est totalement innaceptable.

Est-ce encore possible d'éviter la chute du gouvernement? Et est-ce souhaitable?

Ecoutez: je vis avec l'idée que quand on fait de la politique, ce n'est pas un métier et cela peut s'arrêter du jour au lendemain. On est ministre un jour, mais pas le lendemain. Cela ne me pose aucun problème. J'entends qu'Olivier Chastel veut mener la même politique en Wallonie qu'au niveau fédéral. J'ai du mal à comprendre le cdH qui a combattu le fédéral depuis 3 ans. On a dit qu'on ne voulait pas d'austérité, pas de nouvelles taxes. Le CDH est prêt à s'allier avec ceux qui étaient leurs meilleurs ennemis hier. C'est quand même un niveau de trahison rarement atteint en politique belge.

Que ferez-vous demain si vous n'êtes plus ministre wallon?

Mon sort, c'est le cadet de mes soucis. Je suis enseignant, je peux redevenir enseignant, donc peu importe. Aujourd'hui, ma préoccupation, c'est la stabilité de la Wallonie. Je vais continuer à faire mon travail, sauver des entreprises et des emplois.

Quelle était votre relation avec Maxime Prévot et Benoît Lutgen?

Pendant 3 ans, j'ai travaillé de manière constructive et loyale avec Maxime Prévot. Mais c'était parfois compliqué car Benoit Lutgen interférait dans les dossiers. Il a même déjà voulu retirer des décisions qui avait été prises par le gouvernement. Ce que j'ai toujours refusé, évidemment. C'était un peu compliqué car M. Lutgen se considérait un peu comme le neuvième ministre du gouvernement wallon. Par exemple, nous avions décidé d'augmenter les droits d'enregistrement sur la troisième maison en Wallonie, à 15%. La décision a été approuvée par Maxime Prévot. Mais Benoît Lutgen a voulu faire retirer cette décision.

Pourriez-vous encore gouverner avec le cdH?

J'espère qu'ils sauront garder le sens des responsabilités, au minimum pour transposer les textes de loi européens ou les obligations internationales.

Quels sont les dossiers qui risquent d'exploser en vol avec le changement de majorité?

On avait des divergences avec le cdH sur la réforme fiscale et l'assurance autonomie. Sur l'assurance autonomie, tout le monde est d'accord sur le fait qu'il faut un système permettant aux personnes de rester chez elles le plus longtemps possible. Le cdH dit que tout le monde doit payer la même chose. Nous, on dit non: ce n'est pas juste. On était totalement en désaccord là-dessus. On a fait par ailleurs un effort sur la réforme de la téléredevance. On avait un accord. J'espère que les nouveaux partenaires les respecteront.

Cette réforme de la téléredevance, c'est le monstre du Loch Ness. On en parle depuis des années, on ne voit rien venir...

Là, on avait un accord. Ca a été confirmé par les deux partis, par Maxime Prévot et moi-même, la semaine dernière. Donc j'espère qu'ils le respecteront. Evidemment, j'ai du mal à croire dans leur parole aujourd'hui. Qui a trahi un jour trahira toujours... J'espère qu'ils respecteront leurs engagements vis-à-vis des Wallons.

D'autres dossiers vous inquiètent?

Il y a eu beaucoup plus de dossiers sur lesquels nous étions plutôt d'acccord avec le cdH, qu'en désaccord. Mais sur la gouvernance, c'est clair qu'il y avait des déssacords. Quand j'ai voulu mettre des plafonds de rémunérations, le cdH a vraiment trainé la patte. Ils ont freiné aussi sur la transparence. Sur le décumul, ils ont également bloqué. Ca ne les arrangeait pas. Le cumul, pour eux, c'est essentiel.

On a beaucoup parlé d'une posibilité de schisme au PS, avec de profonds désaccords en interne.

Non, il n'y a pas de volonté de schisme au PS. Il y a eu un long débat en interne. Ce qui nous a permis de nous mettre tous d'accord sur le fait qu'il faut avancer sur le décumul. Alors, sur la manière de le faire, certains pensent qu'il doit être intégral, d'autres, encore, pensent qu'il doit dépendre de la taille des communes.

Et vous, si vous n'êtes plus ministre-président, choisirez-vous d'être bourgmestre de Charleroi ou député wallon?

Je ferai évidement un choix clair. Je n'ai pas encore pris ma décision. Soit, je redeviens bourgmestre de Charleroi, soit avec tous mes amis au parlement wallon, je conduirai l'opposition à un nouveau gouvernement wallon de droite. Je suis pour le décumul et je veux être cohérent.

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