La crise politique vue de Flandre: "Lutgen renforce le discours de De Wever"
- Publié le 21-06-2017 à 14h45
- Mis à jour le 21-06-2017 à 15h23

Au nord du pays, le "coup" - dans le sens de putsch - de Benoît Lutgen est aussi accueilli avec une grande circonspection. Nombre de commentateurs politiques sont perplexes et se demandent si le CDH lave vraiment "plus blanc que blanc". Est-il vraiment à l'abri d'un retour de boomerang ? Ils soulignent aussi que la nouvelle donne éloigne encore davantage le monde politique des citoyens et, à une exception près, les éditorialistes osent avancer que le CDH ira compléter la "suédoise"… après les élections fédérales de 2019, Lutgen acceptant de gouverner avec la N-VA.
Rik Van Cauwelaert, qui, après des années à la tête de "Knack", est aujourd'hui commentateur au "Tijd", partage largement ces analyses, mais diverge quelque peu sur ce qui a tout à coup amené l'ardent Bastognard à se séparer du PS.
La bérézina du PS français
"A l'évidence, le résultat des législatives françaises a fait l'effet d'un électro-choc. La bérézina du PS français n'a pas qu'inquiété le boulevard de l'Empereur mais aussi la rue des Deux-Eglises, le CDH craignant d'être emporté par un tsunami semblable. Je peux suivre ceux qui disent que Lutgen a agi sur un coup de tête, impulsif et incalculable qu'il est…"
Et le journaliste de pointer au moins trois bénéficiaires. "Aussi bizarre que ça puisse paraître, il rend un beau service à Paul Magnette, qui peut devenir le président d'un parti appelé à se réformer de fond en comble. Elio Di Rupo n'a vraiment plus de raison de s'accrocher à la direction du parti… Puis, il ouvre la voie à un gouvernement Michel bis et renforce le discours de De Wever, pour qui le PS reste l'empêcheur absolu de vraies réformes. C'est bingo à tous les étages avec l'assurance de se retrouver au niveau fédéral… et il permet à Charles Michel de tenir sa revanche sur 2014".
Le SP.A risque aussi le pire
Cela dit, Rik Van Cauwelaert ne veut pas vendre la peau de l'ours trop vite. "Je vois difficilement Défi oublier la fin brutale de ses amours avec le MR et ne suis pas sûr qu'Ecolo soit vraiment prêt à gérer. Ajoutons à cela que, si jamais Ecolo-Groen rejoint la majorité bruxelloise, ce sera au détriment du SP.A. Ce serait un coup quasi mortel pour celui qui exista surtout comme le petit frère du PS, sans lequel il n'aurait jamais pu occuper les positions qui furent les siennes."
Puis, le commentateur du "Tijd" partage l'avis de ses confrères d'autres quotidiens et de la VRT que de nouveaux gouvernements francophones ne seraient pas à l'abri de nouvelles révélations les impliquant eux aussi.
"Rudi Demotte a déjà donné le la dans la matinale de la VRT-Radio, mardi matin, en rappelant que le CDH a été de longue date associé aux dérives de la 'graaipolitiek', comme on dit chez nous, entendez la politique de la cupidité. Imaginez alors le désordre total qui suivrait."
Van Cauwelaert met aussi un bémol à la réussite d'une majorité alternative dans la mesure où, à l'exception de sous-régions comme le Brabant wallon ou les provinces de Namur et de Luxembourg, la situation économique et sociale reste très difficile malgré les incantations socialistes.
La grogne sociale
"Si le MR revient aux manettes régionales, il va devoir appliquer une politique d'austérité très forte. On ose penser que les syndicats ne l'accepteront pas de gaieté de cœur, avec en sus un PTB qui aura beau jeu de souffler sur les braises et un PS qui fera croire qu'il est désormais pur comme une jeune vierge. Jusqu'ici, le gouvernement PS-CDH n'a pas dû affronter de véritable grogne sociale… cela peut changer très vite…"
Et, au fond, tout est-il donc si rose en Flandre ? "Très sincèrement, à l'exception de ce qu'on a vécu récemment à Gand et un peu à Anvers, on est revenus à une certaine sérénité parce qu'on a tiré les leçons du passé. Puis, il n'y a plus depuis belle lurette d'Etat-CVP dominant tout, même si je considère que cela reflétait surtout un fantasme d'André Cools, qui n'était pas un enfant de chœur lorsqu'il affirmait que le pouvoir ne sert à rien si on ne peut pas en abuser. Et, croyez-moi, l'Etat-N-VA n'a guère d'espoir de percer car l'opinion suit de très, très près ses détenteurs et ne manque pas de le dire sur les réseaux sociaux."
