Marche-en-Famenne : les ministres Borsus et Collin se disputent le mayorat, mais devraient perdre face à un candidat de 79 ans

- Publié le 25-09-2018 à 11h19
- Mis à jour le 25-09-2018 à 11h35
Va-t-on voter à Marche-en-Famenne, le 14 octobre ? À sillonner les rues de la cité luxembourgeoise, on pourrait en douter. Pas de panneaux publics destinés aux affiches des candidats ; pas d'affichage sauvage ; et très peu de trombines collées aux vitrines des magasins ou aux fenêtres des maisons. Et alors que, ce vendredi, l'événement Food&Fun, sorte d'after work en plein air arrosé de bière spéciale, de hamburgers et de vin, constitue une belle occasion d'aller à la rencontre des électeurs, les candidats n'affichent pas leurs couleurs et se font discrets.
Il paraît que c'est une tradition marchoise : une campagne discrète et respectueuse de l'environnement, contrôlée rigoureusement par les services de la Ville, qui arrachent illico presto toute affiche posée là où elle ne pouvait l'être.
Pourtant, l'affiche du match du 14 octobre est alléchante. Marche, commune à cheval sur la Famenne et l'Ardenne, devenue un pôle économique d'importance pour la région, avec 12 000 emplois salariés et 1 300 indépendants, a attiré à elle rien moins que deux ministres wallons.
Le premier d'entre eux, le libéral Willy Borsus, emmènera la liste MaRche 2018 (MR). Et l'humaniste René Collin, titulaire des portefeuilles de l'Agriculture, du Tourisme et du Patrimoine, tirera la Liste du Mayeur (CDH). Un duel de ministres dans une ville de moins de 18 000 habitants, ce n'est pas commun. "C'est un grand honneur pour les Marchois" , commente le bourgmestre André Bouchat (CDH).

Troublantes similitudes
Les parcours de Willy Borsus, 56 ans, et René Collin, 60 ans, présentent de troublantes similitudes. Originaires de communes toutes proches de Marche, Somme-Leuze (Namur) pour le premier, Erezée (Luxembourg) pour le second, ils revendiquent tous deux leur ruralité, et les qualités qui les accompagnent : simplicité et labeur.
Juristes de formation (un graduat pour Borsus, une licence pour Collin), ils deviendront cabinettards, conseillers communaux puis bourgmestres de leur commune respective, avant d'hériter d'un portefeuille ministériel. Quand Willy Borsus entre au gouvernement Michel, c'est logiquement l'Agriculture (une cible électorale de choix dans sa région) qu'on lui confie. Idem pour René Collin, quand il monte au gouvernement à Namur.
Enfin, les deux hommes s'installent à Marche-en-Famenne, où leur présence constitue un intérêt indéniable pour leurs partis. Concernant Willy Borsus, la stratégie de parti est assumée. L'envoyer à Marche doit permettre de renforcer le MR local et de redonner des couleurs aux libéraux dans la province de Luxembourg. Ce qui a porté ses premiers fruits lors des élections régionales de 2014. Concernant René Collin, il s'agit de préparer l'après-Bouchat dans une ville stratégique.

Parachutes
Les deux hommes nient cependant être des parachutés. René Collin fait valoir ses études secondaires à Marche, ainsi que ses 25 années comme avocat et ses huit années comme député provincial, où ses bureaux étaient installés à Marche également. "À Marche, je suis chez moi, c'est mon village", dit René Collin . "René, c'est l'âme de Marche", ajoute André Bouchat.
Willy Borsus, lui aussi, justifie son transfert à Marche. "J'ai toujours eu des liens étroits avec Marche. J'habitais à 10 km, j'ai toujours été présent dans la vie sociale, dans les commerces, dans l'hôpital que j'ai géré. D'ailleurs, aux élections pour le Parlement wallon de 2014, j'ai fait 2 178 voix sur la commune de Marche. C'est un accueil chaleureux, alors que je venais de la province de Namur." Ses détracteurs, même s'ils soulignent le plus que constitue la présence du ministre-Président dans la commune, soulignent cependant que Willy Borsus "n'est pas un Marchois" et qu'il ne s'est vraiment installé à Marche "qu'en juin dernier"…
Mais bref, le 14 octobre, les deux ministres wallons se disputeront donc le mayorat, c'est bien cela ? Nenni ! Vu de Namur ou de Bruxelles, c'est peut-être l'impression que l'on a. Mais sur le terrain, quel que soit le parti, tout le monde le dit : il n'y a qu'un seul favori aux élections, et c'est André Bouchat. À 79 ans (!), le bourgmestre en place depuis 1986 (!), postule en effet à un nouveau mandat. Il poussera la liste emmenée par René Collin, et devrait très probablement l'emporter. Dans la Liste du Mayeur, le mayeur, c'est lui, et personne d'autre. Infatigable, toujours motivé, André Bouchat s'explique : "C'est ma passion, c'est ma vie. Je mourrai en scène, comme Molière. Si je suis élu, je ferai tout mon mandat."

Dernier challenge
En 2012, alors qu'il occupait déjà la dernière place de la liste, André Bouchat avait raflé 3 472 voix de préférence, près de deux fois plus que la tête de liste Jean-François Piérard. Les dix plus gros scores de la commune revenant tous au CDH, qui emportait 59 % des voix.
Le 14 octobre, la question ne sera donc pas de savoir si le CDH a gagné, mais s'il a la majorité absolue ou pas. Ni de savoir si André Bouchat est élu bourgmestre, mais bien qui se positionnera comme son successeur potentiel, pour le jour où... René Collin, fort de sa visibilité de ministre, fera-t-il mieux que les échevins Piérard ou N'Gongang ? Si c'est le cas, certains imaginent qu'il pourrait reprendre le mayorat en cours de législature. Mais René Collin nie l'existence de ce scénario : "Je ne suis pas pressé. Je n'ai jamais eu de plan de carrière."
Par ailleurs, René Collin fera-t-il un meilleur score que son collègue Willy Borsus ? Ce qui donnerait sans doute un coup au moral du ministre-Président chargé par son parti de reconquérir le Luxembourg.
André Bouchat, de son côté, ne craint personne. Confiant, il repart une nouvelle fois au combat. "Battre deux ministres, sourit un de ses adversaires, c'est son dernier challenge."