Au Luxembourg, le MR part chasser sur les terres du CDH armé de sa plus fine gâchette

- Publié le 28-09-2018 à 06h50
- Mis à jour le 28-09-2018 à 07h35

Le Luxembourg occupe une place à part sur la carte politique belge. Alors que l'étoile du cdH a pâli par ailleurs, le parti humaniste a conservé une position dominante dans la verte province.
Le cdH y dirige la moitié des 44 communes (dont les plus grandes) ; elle détient plus d'un tiers des sièges au conseil provincial ; et elle gère la province, en coalition avec le PS. Des positions à rendre jaloux les autres "locales" cdH de Wallonie et de Bruxelles. Ajoutez-y que le président du parti, Benoît Lutgen, est bastognard. Et que le gouverneur de la province, Olivier Schmitz, s'il ne porte pas de réelle étiquette politique, a été choisi par… Benoît Lutgen. Et vous comprendrez que le Luxembourg, c'est le royaume du cdH.
Un royaume qui fait des envieux, à commencer par le MR, second parti dans la province. Les réformateurs sont décidés à chasser les humanistes sur leurs propres terres. Pour y parvenir, ils y ont dépêché une de leurs plus fines gâchettes, le ministre-Président wallon himself . Willy Borsus a franchi les quelques kilomètres qui séparaient sa commune de Somme-Leuze, en province de Namur, de Marche-en-Famenne, porte d'entrée du Luxembourg sur la Nationale 4.
Avec ses troupes, Willy Borsus a porté une première estocade à l'occasion des élections régionales. Alors qu'en 2009, le MR n'avait récolté aucun siège dans le Luxembourg, en 2014, il en reprenait deux (un au cdH, un au PS) : celui de Willy Borsus lui-même, sur la circonscription d'Arlon-Marche-Bastogne, et celui du Chestrolais Yves Evrard, à Neufchâteau-Virton.
Le ministre-Président entend bien poursuivre sur cette lancée. Il voit les réformateurs "gagner de quarante à cinquante conseillers communaux" et table sur la conquête de "cinq postes de bourgmestre supplémentaires" . "Le MR est clairement de retour à l'offensive en province de Luxembourg" , veut croire Willy Borsus.

La nouveauté Défi
Dans cette offensive, les libéraux pourront peut-être surfer sur leur présence dans les exécutifs fédéral et régional pour grappiller des voix ici et là. À l'inverse, la récente décision du ministre fédéral de l'Agriculture, le libéral Denis Ducarme, d'abattre 4 000 porcs sains en raison de l'épidémie de peste porcine africaine, pourrait coûter quelques voix au MR dans le Sud-Luxembourg.
Le scrutin du 14 octobre sera par ailleurs l'occasion de voir comment se comportera Défi, qui a monté pour la première fois une liste provinciale et une liste à Marche-en-Famenne en son nom propre, et présente des candidats sur des listes d'ouverture dans une série d'autres communes. C'est notamment le cas de Jonathan Martin, vice-président du parti amarante, qui emmènera la liste LIBR'envol à Libramont-Chevigny.
Cela dit, dans les principales communes luxembourgeoises, le cdH, sous son propre nom ou dans des listes d'ouverture, est bien parti pour (encore) rafler la mise.
À Arlon (29 500 habitants), chef-lieu de la province, le bourgmestre cdH Vincent Magnus, en coalition avec le PS, est bien placé pour assurer sa propre succession.
À Marche-en-Famenne (17 400), le cdH André Bouchat (79 ans, dont 32 comme bourgmestre), associé actuellement au PS, est donné gagnant à tous les coups, bien qu'il ait laissé la tête de liste au ministre wallon de l'Agriculture, René Collin (cdH), et malgré l'arrivée de Willy Borsus dans la commune.
À Aubange (16 800), la bourgmestre socialiste Véronique Biordi tentera de rempiler, vraisemblablement en compagnie du cdH.
Bastogne (15 700) sera, pour sa part, le théâtre du combat le plus médiatique, avec le duel entre les frères Lutgen . Benoît, bourgmestre cdH disposant d'une majorité absolue, n'a, en effet, pas pu empêcher son frère Jean-Pierre, patron des montres Ice-Watch, de prendre la tête d'une liste d'ouverture soutenue par tous les autres partis. Le président du cdH joue gros mais son assise est confortable.
Chaud duel à Neufchâteau
À Durbuy (11 400), on suivra avec intérêt le premier scrutin de l'ère Coucke. Depuis trois ans, le milliardaire gantois investit lourdement dans "la plus petite ville du monde". Le bourgmestre Philippe Bontemps (cdH), qui a soutenu l'arrivée de Marc Coucke, entend conserver sa majorité absolue. Face à lui, un groupe de citoyens opposés à Marc Coucke se présente sous la bannière Changeons .
Libramont-Chevigny (11 100) est une exception parmi les grandes communes de la province. Libérale depuis la nuit des temps (ou presque), la commune du Centre-Ardenne vivra une élection un peu plus indécise que de coutume, avec une liste emmenée par le président de Défi Wallonie, Jonathan Martin, et poussée par l'ex-député provincial socialiste Daniel Ledent, une liste Écolo (une première) et une liste citoyenne Libr@Vous sur laquelle figurent des cdH ainsi que l'ancien député provincial MR Jacques Balon. Mais le bourgmestre libéral Paul Jérouville est le favori à sa succession.
Pour le reste, on suivra attentivement le scrutin local à Neufchâteau , où se déroulera le traditionnel duel entre les députés wallons Dimitri Fourny (cdH), bourgmestre en titre, et Yves Evrard (MR), son prédécesseur. Lors des deux derniers scrutins, la victoire s'était jouée de peu. À surveiller également, dans la petite commune de Fauvillers , le sort qui sera réservé au seul bourgmestre Écolo de la province, Nicolas Stilmant.