Pascal Smet: "Je ne plaide pas pour bétonner, mais il faut densifier à Watermael ou aux deux Woluwe"
Pour Pascal Smet, une ville qui ne construit plus de logements devient hors de prix.

- Publié le 17-01-2022 à 06h42
- Mis à jour le 17-01-2022 à 10h17

Pascal Smet (One.brussels.Vooruit), secrétaire d'État bruxellois à l'Urbanisme, a une vision très claire du tournant urbanistique que doit prendre la capitale. "Il faut intégrer le bâti aux espaces verts et accepter d'aller plus en hauteur."
La construction de nouveaux logements sur des terrains naturels fait l'objet d'oppositions de plus en plus nettes en région bruxelloise.
Il y a dix ans, avec le boom démographique, tout le monde était convaincu qu'il fallait construire des écoles, des crèches, des logements. L'expansion démographique diminuant, certains mettent plutôt l'accent sur la sauvegarde des terrains non bâtis, verts. La friche Josaphat, ancien terrain industriel qui n'avait à la base jamais été perçu comme zone verte, en est le symbole. Ce débat entre espaces publics verts et logements est un faux conflit. Il faut les deux : espaces verts, mais c'est important de continuer à construire.
Mais le nombre d'espaces verts est de plus en plus limité.
Le grand défi pour Bruxelles, comme d'autres villes européennes, ce sont les logements abordables pour tout le monde. Le logement social mais au-delà, pour la classe moyenne. Une ville qui arrête de construire du logement devient hyper chère. L'archétype, c'est San Francisco, ville pour les hyper riches. Pour éviter l'étalement urbain, pour des raisons climatiques, il faut densifier intelligemment les villes. Cela n'a pas changé avec le Covid. Sinon, on ne fait que stimuler l'utilisation d'espaces verts autour des villes.
Dans le Brabant flamand et wallon ?
Oui. Il faut donc continuer à construire du logement à Bruxelles, mais avec un changement de paradigme qu'on va inscrire dans le RRU (Règlement régional d'urbanisme). Avant, on construisait puis on gardait un peu d'espace vert. Le point de départ doit devenir la sauvegarde de l'espace non bâti. Je suis partisan du concept de Singapour et sa ville-jardin . Ils ont des arbres, de la verdure, moins de stationnements. Mais tu peux être parfaitement une ville dans un jardin ! Cela ne veut pas dire que tu ne construis plus, mais tu réfléchis comment maximaliser l'espace vert, intégrer le bâti dedans pour que les habitants y aient accès, développer les espaces verts sur les toits. Cela veut dire aussi qu'il faut accepter d'aller plus en hauteur.
Donc des immeubles plus hauts qu'actuellement ?
Oui, mais bien intégrés dans l'espace urbain. Je remarque aussi que, ces dernières années, on a toujours construit dans les zones déjà denses. Une dédensification dans ces zones urbaines s'impose. Or, on constate que les combats pour garder l'espace vert ne se déroulent pas dans les zones denses mais dans les zones déjà très vertes. On pourrait densifier à Watermael-Boitsfort ou aux deux Woluwe. Je ne plaide pas pour bétonner partout, mais pour une densification bien intégrée.
Cette vision se heurte à celle d'Écolo, qui veut conserver l'espace naturel. Dans le gouvernement, il y a des accords sur les projets entre socialistes et écolos, mais, quand on arrive sur le terrain communal, cela bloque.
C'est le nœud du problème bruxellois. À la Région, on peut travailler. Mais, dans une commune, on a rapidement des élus locaux qui suivent les gens pour des raisons électorales, parfois en dépit du bon sens. Mais c'est comme ça dans tous les partis.
Il y a aussi l'effet Nimby ?
Dans certaines communes, on n'aime pas voir arriver du logement social. Ils vont camoufler cela sous d'autres motifs, mais souvent la base est là. À Bruxelles, il y a aussi les enquêtes publiques qui arrivent trop tard. Les gens doivent être impliqués dès le début. Ils veulent des hommes politiques avec des cou… et qui osent assumer. Nous allons demander à une société externe ce qu'on peut améliorer en simplifiant et accélérant le Code bruxellois de l'aménagement du Territoire (Cobat). Car une maladie bruxelloise, c'est la lenteur de tout….
Votre vision colle-t-elle avec celle de votre successeur à la Mobilité, Elke Van den Brandt (Groen) ?
En réalité, Elke Van den Brandt réalise ma politique. Tout ce qui est fait a encore été décidé par moi, obtenu en permis, etc. Sur le fond, la différence est nulle entre nous.
Même sur le projet de l'A12, contre lequel vous êtes monté au créneau ?
Le dossier n'était pas complet. Je ne suis pas contre. Mais il y a tellement de projets à Bruxelles, d'autres priorités… On apprend le projet dans le journal alors que de grandes questions de mobilité se posent. En termes de mobilité, j'ai fait un travail énorme et les écolos l'ont reconnu. Mais je trouve que le gouvernement doit être plus collégial. Quand on fait des choses ensemble, il faut le reconnaître dans la communication. C'est tout. Mais je veux l'aider car je ne suis ni un faux cul ni un saboteur.