Alexander De Croo, le "super-diplomate" belge
Le Premier ministre a repris les compétences de la ministre des Affaires étrangères, Sophie Wilmès, provisoirement en retrait. De quoi se compose son réseau international ? Quels sont ses atouts ? Quel est son style diplomatique ?

- Publié le 19-05-2022 à 09h34
- Mis à jour le 19-05-2022 à 11h32

Alexander De Croo cumule les pouvoirs en matière de politique étrangère. Pour quelques mois, le Premier ministre joue le rôle de super-diplomate. Sophie Wilmès a dû mettre ses fonctions entre parenthèses pour des raisons familiales et a transféré les portefeuilles des Affaires étrangères et des Affaires européennes à son chef d'équipe, que le sacerdoce fédéral projetait déjà fréquemment sur la scène internationale.
Le MR aurait pu désigner le remplaçant de Sophie Wilmès parmi ses pairs. Il en a décidé autrement et fait profiter un autre parti, l'Open VLD, de la situation. Le MR relève toutefois que le transfert de compétences est transitoire et que le portefeuille reste dans la famille libérale. Par ailleurs, convient une source MR, Alexander De Croo était le mieux placé pour gérer l'urgence du moment : l'invasion de l'Ukraine par la Russie et ses suites.
La coopération, le baptême du feu
L'itinéraire et les convictions de De Croo en font un homme d'État rompu aux subtilités de la diplomatie. Le moment clef remonte à son passage par la Coopération au développement (à partir de 2014, dans le gouvernement Michel). Ce département lui a ouvert l'esprit à d'autres réalités, bien souvent tragiques. C'est également à la Coopération qu'il commence à se créer un réseau dans les sphères de la diplomatie internationale et dans le monde des ONG.
Depuis qu'il s'est emparé du "16", sa stature internationale s'est naturellement épaissie. La N-VA l'attaque fréquemment en lui prêtant des ambitions supranationales. Selon la lecture nationaliste, le poste de Premier ministre ne serait qu'un tremplin. Il ne s'intéresserait que de loin au sort des Belges et, surtout, à celui des Flamands.
Le rôle d'un parti d'opposition est de s'opposer et, à ce petit jeu, la formation de Bart De Wever se montre fort dure. Mais se pourrait-il qu'Alexander De Croo rêve d'un itinéraire à la Charles Michel - l'ancien Premier ministre belge devenu le président du Conseil européen ? On ne peut l'exclure. Et s'il devait se mettre en tête de réaliser ce rêve, il disposerait de solides appuis. Le chef du gouvernement est proche de différentes personnalités libérales européistes, à commencer par Emmanuel Macron, le président de la République française avec qui il communique régulièrement, et par Charles Michel. Autres dirigeants proches: Xavier Bettel, le Premier ministre luxembourgeois, et Mark Rutte, le chef du gouvernement néerlandais.
Alexander De Croo apprécie également Kaja Kallas, la Première ministre estonienne qui s'était montrée particulièrement lucide à l'égard des intentions belliqueuses de Vladimir Poutine. Une anomalie dans cette solidarité libérale : le Premier ministre belge s'entend particulièrement bien avec le socialiste Pedro Sanchez, le chef du gouvernement espagnol, " malgré le dossier qui froisse Madrid, celui de la présence en Belgique de l'indépendantiste catalan Carles Puigdemont", complète une source.
De plus en plus pro-européen
Quelle vision des relations internationales fonde son action ? Sans surprise, dans la tradition belge, le Premier est pro-européen. Il l'est même de plus en plus. " Alexander est persuadé que les grands défis de notre époque, sanitaire avec le Covid ou géostratégique avec l'invasion de l'Ukraine, doivent trouver une réponse à un niveau européen , analyse une source fédérale. À ses yeux, les crises doivent renforcer l'Europe." Le patron de la Vivaldi a également une conscience aiguë des implications du nouvel isolationnisme des États-Unis. Le parapluie américain ne protège plus l'Europe comme par le passé. Pour lui, une réaction européenne en matière de Défense est particulièrement nécessaire.
Parmi les atouts du Premier ministre, son multilinguisme frappe l'esprit. Français, néerlandais et anglais sont parfaitement maîtrisés. Depuis son arrivée au 16, rue de la Loi, il a pris des cours d'allemand, une langue qui compte dans les arcanes européens. Alexander De Croo en est convaincu : sur le plan diplomatique, pouvoir s'exprimer dans la langue de son interlocuteur permet de mieux comprendre comment il raisonne .