Georges-Louis Bouchez (MR) à La Libre : "La protection de la minorité flamande à Bruxelles est complètement détournée de son objectif"
Le président du MR a permis à sa formation de connaître une grande victoire électorale, dimanche. Il en tire les enseignements. Il veut négocier les accords de gouvernement à tous les niveaux de pouvoir. Et cela agace en particulier Elke Van den Brandt (Groen), qui voudrait que Georges-Louis Bouchez ne se mêle pas des affaires bruxelloises. C'est mal le connaître : le leader libéral veut mettre à plat le système institutionnel bruxellois.

- Publié le 15-06-2024 à 09h48
- Mis à jour le 15-06-2024 à 09h49

Depuis les élections, la famille libérale est scindée : le MR triomphe du côté francophone et l'Open VLD est à terre en Flandre… Comment l'expliquez-vous ?
Un parti de gauche est fait pour être à gauche et un parti de droite est fait pour être à droite. C'est ce que j'ai compris avec le MR : je n'ai pas tenté de plaire à la gauche. L'Open VLD est devenu de centre gauche sur les questions de société, sur les questions dites culturelles. Qui sont les électeurs qui se situent à droite sur le plan économique et à gauche sur le plan culturel ? Les bobos… Ces derniers veulent accueillir tous les réfugiés mais pas à côté de chez eux ; ils veulent sauver la planète mais veulent garder leur voiture de société ; ils vivent dans une villa quatre façades et ont des panneaux photovoltaïques pour chauffer la piscine. Mais les bobos, c'est quelle partie de la population ? 2 ou 3 %… Beaucoup de mandataires politiques sont eux-mêmes des bobos, d'ailleurs.
Il est probable que vous deveniez le prochain ministre-Président wallon. Mais prendrez-vous, en outre, la tête du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles ?
Je n'ai toujours pas tranché ce que je ferai. Ce qui me préoccupe, c'est de savoir à quel endroit je serai le plus efficace pour mener les réformes. Par contre, je vous confirme que je mènerai les actuelles négociations en Wallonie, à la Fédération, au fédéral et à Bruxelles. Je suis le président du parti qui a remporté les élections et je dois assumer ce rôle. Il est normal que je sois au centre des négociations.
Elke Van den Brandt (Groen), l'actuelle ministre bruxelloise de la Mobilité, estime que vous ne devez pas négocier l'accord du futur gouvernement régional puisque vous êtes un Wallon.
Ce n'est pas parce que le président du PS bruxellois a une grande autonomie et que, chez Groen, c'est la section bruxelloise qui gère, que ces partis vont imposer au MR son mode de fonctionnement. Le président du MR bruxellois (David Leisterh) joue évidemment un rôle prépondérant, mais toutes les discussions se feront sous mon égide. Van den Brandt dit que, puisque je viens de Mons, je dois négocier seulement en Wallonie… Mais c'est quoi cette mentalité de village ? Bruxelles est la capitale de tous les Belges. Un des problèmes de Bruxelles, c'est que les directions nationales des partis ne se sont pas suffisamment penchées sur son cas.

Quelle sera votre ligne dans les négociations à Bruxelles ?
Deux points ne seront pas négociables : la fin de Good Move et la fin de l'enfermement de la capitale dans le communautarisme. Groen a fait 18 000 voix et nous 101 000. La protection de la minorité flamande à Bruxelles doit continuer à exister mais peut-être pas sous sa forme actuelle. Pour constituer un gouvernement régional à Bruxelles, il faut une double majorité. Cela n'existe pas au fédéral. La protection de la minorité flamande à Bruxelles est complètement détournée de son objectif : Fouad Ahidar (ex-Vooruit) a obtenu trois sièges dans le collège électoral néerlandophone en menant une campagne en français et dans des langues extra-européennes…
Van den Brandt dit que, puisque je viens de Mons, je dois négocier seulement en Wallonie… Mais c'est quoi cette mentalité de village ? Bruxelles est la capitale de tous les Belges."
Bart De Wever, au fédéral, parlait d'un gouvernement d'urgence gérant les dossiers socio-économiques et budgétaires et préparant une réforme de l'État. Un gouvernement qui n'aurait une durée de vie que de deux ans. Cela vous convient ?
C'était avant les élections… Bart De Wever ne s'attendait pas aux résultats de dimanche. Le gouvernement d'urgence de deux ans aurait eu du sens si la N-VA avait dû gouverner avec le PS et Écolo. Mais maintenant, quel serait le prétexte ? Bart et moi, on a toujours dit que gouverner sans le PS, cela peut changer beaucoup de choses. Le PS est relégué dans l'opposition partout – sauf peut-être à Bruxelles – et cela n'était plus arrivé depuis des décennies. Si on ne profite pas de cette occasion historique, ce sera une faute. Bart veut limiter les allocations de chômage ? Moi aussi. Il veut baisser les impôts ? Moi aussi. Il veut activer les chômeurs ? Moi aussi. Plus de policiers et une justice plus sévère ? Moi aussi.
Bart veut limiter les allocations de chômage ? Moi aussi. Il veut baisser les impôts ? Moi aussi. Il veut activer les chômeurs ? Moi aussi. Plus de policiers et une justice plus sévère ? Moi aussi."
