Elisabeth Degryse, poigne et convictions pour diriger la Fédération Wallonie-Bruxelles
Le parcours de la nouvelle ministre-Présidente l'a menée en Inde, auprès de Joëlle Milquet et à la Mutualité chrétienne, où elle a rapidement gravi les échelons. Elle est à présent l'une des personnalités centrales des Engagés.

- Publié le 16-07-2024 à 06h33
- Mis à jour le 16-07-2024 à 09h40

La voir enfiler un costume ministériel – et pas des moindres : celui de ministre-Présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles – semblait une évidence. Elisabeth Degryse, fraîchement élue députée fédérale, s'est vite imposée comme une personnalité centrale de son parti, Les Engagés.
L'ancienne ministre Alda Greoli, qui la connaît très bien, loue "sa force de travail, sa colonne vertébrale idéologique, ses valeurs". "Elle est structurée, conviviale, complète Stéphane Nicolas, le chef de cabinet du président des Engagés, Maxime Prévot, avec qui elle a négocié les accords de gouvernement en Wallonie et à la Fédé. Elle a aussi le sens de l'équipe et un sens du leadership assez évident." L'intéressée confesse être "très exigeante et vite contrariée" quand les choses n'avancent pas comme elle le voudrait.
Pourtant, Elisabeth Degryse l'assure. Devenir ministre ? "Je ne m'étais jamais posé la question. Je suis parfois un peu naïve. Je n'ai jamais rien demandé à Maxime Prévot. Si j'étais restée députée fédérale, c'était très bien. Le fait qu'on ait pensé à moi, je l'ai lu dans la presse. En plus, Maxime, pour ça, c'est une tombe."
Rendez-vous au 123
Ce n'est que dimanche, à 13h30, qu'elle reçoit un coup de fil de son président. "Mets tes plus beaux habits et rejoins-moi au 123" (le 123, rue du Commerce, le siège des Engagés), lui dit-il. Vers 14h45, elle entre dans son bureau et il lui annonce qu'elle sera ministre-Présidente, en charge, entre autres, du Budget, de l'Enseignement supérieur et de la Culture.
"Je suis honorée, reconnaissante. Fière aussi, ce qui ne m'arrive pas si souvent, dit celle qui prêtera serment ce mardi devant le Roi et le parlement. Je mesure les responsabilités et l'ampleur des réformes à mener, notamment en matière d'enseignement."
Elisabeth Degryse, 43 ans, mère de quatre enfants, a entamé des études universitaires en histoire avant de bifurquer vers la science politique. Une fois diplômée, elle s'envole pour l'Inde où elle travaille pendant six mois pour l'ONG "Volontariat en Inde", fondée par la Belge Madeleine de Blic, qui vient en aide à des femmes répudiées et des enfants abandonnés. "Ça m'a marquée pour toute ma vie, notamment sur les enjeux d'égalité et d'accès à la santé."
Dans l'équipe de Joëlle Milquet
De retour en Belgique, elle postule tous azimuts auprès d'administrations et de responsables politiques et est engagée par l'échevin bruxellois CDH (devenu Les Engagés) Bertin Mampaka (qui passera au MR en 2020). La pomme ne tombe jamais loin de l'arbre : le père de la jeune femme est lui-même échevin à Uccle.
Elle est ensuite collaboratrice au sein du groupe CDH au Parlement bruxellois. Puis intègre l'équipe de Joëlle Milquet, alors présidente du parti. Elle coordonne deux campagnes électorales pour elle, et la suit dans son cabinet lorsqu'elle devient vice-Première ministre en charge de l'Emploi (2008-2011).
Son poste de directrice de cabinet adjointe lui confère un rôle touche-à-tout, très politique. Mais en 2011, elle souhaite se spécialiser dans une matière et est engagée à la Mutualité chrétienne par sa secrétaire nationale, une certaine Alda Greoli.
La transformation de la Mutualité chrétienne
Elisabeth Degryse gravit rapidement les échelons et succède à Mme Greoli en 2014, lorsque celle-ci devient cheffe de cabinet de… Maxime Prévot, désigné ministre wallon de la Santé. En octobre 2019, Mme Degryse est nommée vice-présidente (numéro 2) de la Mutualité chrétienne et pilote un plan de transformation en profondeur de l'organisation.
Maxime Prévot lui laisse quatre jours pour se décider, entre la rentrée scolaire et le mariage de sa petite sœur. Deux suffiront.
"Ce qui m'a marquée à la Mutu, comme elle l'appelle, c'est sa dynamique de mouvement, avec tous ces volontaires qui donnent de leur temps pour aider des personnes handicapées ou âgées, d'autres qui se mobilisent sur le terrain pour faire de la prévention. Et puis, il y a aussi la force de la cogestion", très prégnante dans le secteur de la santé où hôpitaux, mutuelles, syndicats, administrations prennent ensemble moult décisions.
"Elisabeth a une vision saine de l'État dans laquelle les corps intermédiaires (tels que les mutuelles, NdlR) ont un rôle essentiel à jouer", aime à souligner Alda Greoli.
Le bon moment pour se lancer
C'est en septembre 2023 que l'Uccloise se lance dans l'arène politique. Après avoir sondé d'autres personnes, dont l'ancienne journaliste Hakima Darhmouch, Maxime Prévot lui propose la tête de liste bruxelloise pour les élections fédérales du 9 juin. Il lui laisse quatre jours pour se décider, entre la rentrée scolaire et le mariage de sa petite sœur. Deux suffiront.
Ses enfants grandissent et ont moins besoin d'elle. Elle connaît déjà très bien le monde politique, avec qui elle est en contact permanent dans ses fonctions à la Mutu. Elle est séduite, aussi, par le manifeste des Engagés. "Maxime Prévot est l'un des seuls politiques qui a été capable de mettre des mots sur les maux de la société", estime-t-elle. Bref, "c'était le bon moment pour me lancer. C'est le genre d'occasion qui ne se présente pas deux fois." Bien lui en a pris. À peine démarrée, sa carrière politique s'envole déjà.