Le PS scandalisé par les attaques "dignes d'un régime autoritaire" de Jacqueline Galant contre la RTBF
Martin Casier estime que Jacqueline Galant est complètement sortie de son rôle en jugeant le contenu d'un article et en dictant une ligne à suivre par la presse. Il rappelle qu'elle a signé en 2022 une résolution visant à respecter la liberté de la presse.
- Publié le 24-09-2024 à 07h23
- Mis à jour le 24-09-2024 à 11h08

Branle-bas de combat à gauche. Depuis samedi soir, les socialistes et les écologistes sont en alerte. La série de tweets publiée par la ministre en charge des Médias à la FWB, Jacqueline Galant, contre un article de la RTBF évoquant la problématique du racisme, ne passe pas. La prise de position de la ministre touche à deux fondamentaux de la gauche, assurent-ils : la liberté de la presse et la lutte contre le racisme.
Le ministre bruxellois Alain Maron (Écolo) accuse la libérale de "rêver de Pravda conservatrice". Le chef de groupe PS, Martin Casier, décrit sa méthode comme "digne d'un régime autoritaire". Au PS comme chez Écolo, on réclame une réaction de la ministre-présidente Élisabeth Degryse (Les Engagés), réaction qui n'arrive pas. Face à ce "silence assourdissant", les partis de gauche passent par la voie parlementaire. Un clash est attendu mercredi en séance plénière du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le MR s'y prépare et espère profiter de l'occasion pour ouvrir un débat plus large sur le rôle des médias en Belgique.
"Très grave"
Du côté du PS, on n'en revient toujours pas. "On sait que la question de la lutte contre le racisme est ultracomplexe et sensible. Ce sont des thématiques qui méritent d'être traitées avec respect", insiste Martin Casier. "Et là, on a une ministre qui vient dire ce que la RTBF aurait le droit ou non de publier. Indépendamment du fond de l'article, Jacqueline Galant, en tant que ministre des Médias, n'a pas à dire ce que la RTBF peut ou ne peut pas écrire. Ce qu'elle a fait là est, pour nous, très grave."
Et de pointer l'alerte déposée auprès du Conseil de l'Europe. "Il y a de plus en plus de ministres des Médias qui se permettent ce genre d'interférence, surtout à l'encontre des médias publics. Les régimes illibéraux pratiquent cela quotidiennement", s'est inquiété dimanche soir le secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes, Ricardo Gutiérrez.
"On ne peut pas accepter que l'on tombe de ce côté-là de l'histoire", poursuit Martin Casier. "Avec ses tweets, Jacqueline Galant a franchi une ligne rouge, celle de la non-ingérence du politique dans le travail de la presse. C'est la raison pour laquelle nous demandons un recadrage de la ministre-présidence. Cela s'inscrit dans une attitude générale du MR de proférer des menaces explicites contre des journalistes. Certains journalistes de la Première ont déjà fait l'objet d'attaques de la part du président du MR, Georges-Louis Bouchez."
Entrave à la liberté d'informer
Pour le n°2 du PS bruxellois, la ministre a le droit d'estimer que l'article a été mal rédigé, mais elle n'a pas à s'attaquer au pluralisme des opinions dans la presse. "Ou alors, le MR nous annonce qu'il veut une presse d'État, ce qui est le choix de tous les régimes illibéraux."
Le socialiste s'étonne d'autant plus des déclarations de la ministre que cette dernière avait signée en 2022 une proposition de résolution relative à la nécessité de préserver la liberté de la presse. Ce texte sanctifiait le "droit de ne pas être inquiété pour ses opinions" et demandait "de poursuivre […] la réflexion quant à l'amélioration de la sensibilisation et de la lutte contre les intimidations et le harcèlement en ligne de journalistes […] qui constituent une réelle entrave à la liberté d'informer".
La semaine parlementaire promet d'être animée à la Fédé.
