L'argent public ne peut pas servir à défendre l'honneur d'un homme politique, pourtant le PS et le MR laissent faire
La Ville d'Andenne (PS-MR) pourrait, le 17 février, décider de relancer une attaque en justice contre une journaliste qui a commis un portrait fouillé et peu flatteur de l'ancien bourgmestre, Claude Eerdekens (PS).

- Publié le 04-02-2025 à 07h04
- Mis à jour le 04-02-2025 à 09h17

Une chronique "Il n'y a pas de quoi être fier" de Stéphane Tassin.
Quelques jours avant les élections communales du 13 octobre 2024, nos confrères du magazine Wilfried publiaient un portrait du bourgmestre socialiste d'Andenne, Claude Eerdekens. Cette enquête fouillée, qui donnait une image désastreuse du plus ancien bourgmestre de Belgique, n'a pas plu au principal intéressé, qui y a vu une tentative de déstabilisation avant le scrutin. Un scrutin qui d'ailleurs ne lui a pas réussi, puisqu'il a perdu en popularité au profit de l'un de ses colistiers, après 50 ans passés à la tête de la Ville. Le PS est resté au pouvoir en s'associant au MR, mais l'ancien bourgmestre a dû passer la main et se contenter du poste de président du CPAS ainsi que du mandat d'échevin des Finances.
Courroucé par l'article qui le présentait sous un jour peu flatteur (colérique, sexiste, autoritaire, etc.), Claude Eerdekens a décidé de saisir la justice. C'est son droit, même si Mélanie De Groote – qui a signé le portrait – lui avait donné l'occasion de réagir avant la sortie de l'article incriminé. Au lieu de répondre point par point aux critiques dont il faisait l'objet, il avait préféré menacer la journaliste d'une action en justice si elle publiait l'article. Comme méthode d'intimidation, il n'y a pas mieux. Après publication, il a mis sa menace à exécution. Et quelques jours avant le changement de législature, le collège communal d'Andenne, toujours dirigé par Claude Eerdekens, attaquait, lui aussi, la journaliste de Wilfried en justice, avec l'aval du conseil communal. Les frais de justice étant bien sûr pris en charge par la Ville. Il y a quelques jours, L'Avenir révélait en outre que les frais de justice de Monsieur Eerdekens dans cette affaire seraient pris en charge par la Ville d'Andenne. La collectivité paie donc deux fois pour une même histoire.
Casser par la tutelle
Début janvier, François Desquesnes (Les Engagés), le ministre wallon qui a la tutelle sur les pouvoirs locaux, cassait, pour des raisons de procédures, la délibération du conseil communal autorisant la ville à aller en justice contre la journaliste. Fin de l'histoire ? Non. Le 17 février, le dossier reviendra devant le conseil communal d'Andenne. Lequel conseil communal pourrait à nouveau autoriser le collège à attaquer la journaliste en justice aux côtés de l'ancien bourgmestre.
Nous ne développerons pas ici un argumentaire qui contesterait à Monsieur Eerdekens le droit d'aller en justice contre une journaliste. C'est son droit, et il nous serait peut-être reproché d'agir par pur réflexe corporatiste. Laissons cela de côté, parce qu'il y a un problème encore plus grave qui ressort de cette histoire.
Si Monsieur Eerdekens se sent sali, attaqué dans son honneur, bafoué, victime d'une cabale, etc., pourquoi serait-ce à la collectivité, en l'occurrence aux citoyens andennais, de porter le poids financier de son envie d'aller en justice ? C'est l'homme et sa manière d'exercer le pouvoir qui étaient visés, par la fonction de bourgmestre. C'est donc à lui de payer les frais de justice. Espérons qu'in fine il assumera lui-même cette charge.
Car, si le collège communal nouvelle mouture décide de relancer la procédure judiciaire avec l'aval de sa majorité au conseil, il n'y aurait pas de mots assez forts pour dénoncer l'absurdité d'une telle décision. Surtout, on l'a déjà écrit plus haut, que les frais de justice seront supportés par les finances communales. C'est carrément indigeste.
Les membres de la majorité andennaise sont affiliés au PS et au MR. S'ils ne sont pas capables de comprendre que l'argent public ne doit pas servir à ça, les hauts dirigeants de leurs partis devraient leur expliquer. À moins que le PS et le MR approuvent la démarche andennaise. Ils peuvent aussi se cacher derrière la sacro-sainte autonomie communale. Mais ça ne suffit pas. Le MR, au pouvoir en Wallonie, affirme mettre tout en place pour que l'argent public soit mieux dépensé à la Région, mais il fermerait les yeux sur une utilisation abusive de moyens publics dans une commune. Et qui du PS ? Son électorat s'érode depuis plusieurs années, notamment à cause de plusieurs affaires qui ont frappé le parti. En pleine refondation, le parti considère-t-il que cette manière de faire est une vision positive pour l'avenir ?
Il reste quinze jours à tout ce beau monde pour se ressaisir.
