"Une partie des montants investis dans la Défense doit servir à la transition énergétique et à la mobilité"
Le président des Engagés, Yvan Verougstraete, estime que l'augmentation des dépenses de défense doit permettre "un choc d'investissement" qui dépasse le cadre strictement militaire. "Acheter uniquement des munitions, c'est débile", dit-il.

- Publié le 22-03-2025 à 07h03
- Mis à jour le 22-03-2025 à 07h04

Dépenser plus pour la Défense, d'accord, mais pas pour acheter uniquement des armes. C'est en substance le message d'Yvan Verougstraete, président intérimaire des Engagés. Le moment choisi pour le délivrer n'est pas innocent. Le gouvernement fédéral doit déterminer avant le sommet de l'Otan (l'Alliance atlantique) de juin la manière dont il va augmenter les dépenses de défense de la Belgique à 2 % de son PIB (produit intérieur brut), soit un montant de quasi 4 milliards d'euros supplémentaires en 2025.
Le gouvernement "Arizona" (N-VA, MR, Engagés, CD & V, Vooruit) est à peine en place qu'il doit déjà revoir ses plans pour investir plus et plus vite dans la Défense, conséquence du revirement géopolitique américain. C'est le retour de la gestion de crise, comme le gouvernement "Vivaldi" l'a connue (Covid, Ukraine, Gaza) ?
Comme le disait Churchill, "il ne faut jamais gaspiller une bonne crise", contrairement à ce qu'a fait la Vivaldi. Oui, il y a une crise de la Défense, mais il y a surtout une crise géopolitique globale. Il va falloir se réinventer pour en faire quelque chose de bien et dépasser la seule question militaire.
Le ministre de la Défense, Theo Francken (N-VA), était déçu, mercredi, que le gouvernement n'ait pas déjà validé le plan d'investissements pour monter aux 2 %. Il se précipite, selon vous ?
C'est pour cela que je dis qu'il ne faut pas gâcher une bonne crise. Le "livre blanc" de la Commission européenne sur l'avenir de la Défense est sorti mercredi. Il identifie sept éléments stratégiques. Il y a bien sûr la défense aérienne, les stocks de munitions, etc. Mais ce que je vois aussi, c'est qu'il y a la mobilité. Faisons un réseau ferroviaire capable de déplacer des chars, de rapatrier les blessés, mais aussi d'être utilisé par des TGV pour rapprocher les capitales européennes. Le livre blanc demande également d'investir dans la guerre électronique, donc dans l'intelligence artificielle, dans nos réseaux, dans la cybersécurité… L'argent qu'on va mobiliser pour l'armée doit nous permettre de rattraper une partie de notre retard dans d'autres domaines, en investissant dans des capacités à double usage, civil et militaire. Dernier élément évoqué par le livre blanc sur lequel je veux insister : les infrastructures, entre autres énergétiques. Si, demain, il y a un siège énergétique de l'Europe, on ne tient pas quinze jours… En Ukraine, on voit que Poutine (le président russe) cible les infrastructures énergétiques.
Concrètement, que proposent Les Engagés ?
Nous proposons qu'une partie des montants assignés à la Défense soit consacrée à améliorer la mobilité, à des projets structurants dans les infrastructures, à des projets pour la transition énergétique tel que le réseau, les capacités de production et de stockage, les bornes de recharge, etc. Se défendre, c'est être autonome. L'Europe dépense 400 milliards d'euros par an pour acheter des énergies fossiles. Les États-Unis exportent pour 150 milliards d'euros… On ne peut pas être compétitifs dans ces conditions. L'économie nous impose aussi cette transition. Investir dans la transition énergétique, c'est nécessaire pour notre Défense et notre autonomie énergétique, mais aussi pour nos entreprises et pour le climat.
De tels investissements demandent du temps. Ils ne permettront pas d'atteindre les 2 % cette année-ci.
On doit arriver à 2 %, mais à 2 % d'engagements. Soyons intelligents et n'allons pas dépenser de l'argent pour le plaisir de le dépenser.
Pour vous, la Belgique ne doit donc pas absolument dépenser 4 milliards de plus d'ici au 31 décembre ?
Non, ce n'est pas nécessaire. Par contre, on peut prendre des engagements, lancer des investissements structurants à long terme et y dédicacer cet argent-là dès aujourd'hui. Il y a des choses que l'on peut faire à court terme. Prévoir des réserves de munitions, oui, bien sûr. Mais si on achète uniquement des munitions, c'est débile. On ne va rien y gagner. C'est le moment d'avoir un choc d'investissement.
Ce n'est pas notre priorité d'acheter des F-35 supplémentaires. On a une feuille de route qui est de donner la priorité à l'Europe.
Les 2 % de dépenses de défense correspondent à la norme Otan. Or le périmètre de cette norme ne prévoit pas le type de dépenses dont vous parlez. Il va falloir négocier avec les Américains. Ce n'est pas gagné…
Je ne vois pas pourquoi l'Europe serait moins intelligente que l'Otan pour définir ce que doivent être les investissements de défense. Négocier avec les Américains, c'est aussi avoir de la fermeté et de la suite dans les idées. C'est sûr que si on suit les Américains, ils nous amèneront sur le terrain où eux vont gagner. Et donc on achètera chez eux. D'accord pour faire plus de 2 %, mais on le fera comme nous en avons envie, et pas comme eux en ont envie.
Dans ce contexte, la Belgique doit-elle acheter davantage de F-35 (avions de combat de fabrication américaine), comme le souhaite Theo Francken ?
Les F-35 sur lesquels on s'est engagé, on va jusqu'au bout. Par contre, ce n'est pas notre priorité d'acheter des F-35 supplémentaires. On a une feuille de route qui est de donner la priorité à l'Europe. L'Europe a enfin pris conscience qu'il faut privilégier le "made in Europe".
