L'Open VLD claque la porte des négociations bruxelloises, Bouchez tente un ultime coup de pression sur Ahmed Laaouej
Le président du MR a proposé de confier à la N-VA le poste de commissaire de gouvernement. Il demande à chaque parti de répondre pour lundi, à 16 heures. Ahmed Laaouej (PS) a déjà fermé la porte…

- Publié le 28-03-2025 à 20h18
La Région bruxelloise se dirige-t-elle irrémédiablement vers le point de non-retour ? Le blocage historique des négociations pour former un gouvernement bruxellois se renforce chaque jour un peu plus.
Ce vendredi, Frédéric De Gucht, chef de file des libéraux flamands, a retiré la prise du projet de coalition (sans la N-VA, avec le CD&V) mis sur la table il y a deux semaines par les informateurs bruxellois Christophe De Beukelaer (Les Engagés) et Elke Van den Brandt (Groen).
Frédéric De Gucht retire la prise
Une réunion à sept partis s'est en effet déroulée ce vendredi, pour discuter d'une proposition de budget 2025. À son arrivée, Frédéric De Gucht a fait savoir qu'il n'y en aurait pas d'autre. L'Open VLD a ainsi gravé dans le marbre son "jamais sans la N-VA", martelé depuis des semaines, mais qui n'existait pourtant pas au sortir des élections. Les libéraux flamands, qui ont par ailleurs une lourde responsabilité dans le dérapage budgétaire régional, estiment impossible de redresser les finances bruxelloises sans l'apport de la N-VA, premier parti du pays.
Dans la foulée, Georges-Louis Bouchez, président du MR, a sorti une carte de sa manche.
"J'adresse publiquement une proposition aux différents partis : mettre sur pied un gouvernement avec un commissaire N-VA permettant de rencontrer les attentes des uns et des autres. À charge de chaque parti de répondre d'ici lundi. Cela permettra au moins de tourner une page, a déclaré Georges-Louis Bouchez à l'issue de la réunion. Il n'y a plus d'autre solution sans les extrêmes et les communautaristes que celle d'une majorité incluant la N-VA. La réponse sera décisive. On ne va pas continuer à l'infini."
Cette proposition, présentée comme un compromis par le MR, avait en fait déjà été discutée autour de la table ces dernières semaines, et s'était à chaque fois heurtée au refus du PS. En la formulant cette fois publiquement, le MR lance en quelque sorte un ultimatum au PS bruxellois.
La N-VA, selon nos informations, ne serait pas opposée, sous certaines conditions, à cette piste.
Mais qu'importe : il n'aura guère fallu plus de quelques minutes à Ahmed Laaouej, président du PS bruxellois, pour fermer la porte. "Commissaire, secrétaire d'État ou ministre… Cela reste membre du gouvernement, et on s'est déjà exprimé là-dessus, a-t-il déclaré à l'issue de la réunion. Alors que nous avons une solution sur la table grâce au travail de trois semaines des informateurs, je ne comprends pas ce claquage de porte de l'Open VLD."
"Il faut tenir compte du choix clair des électeurs : ils n'ont pas voté pour la N-VA et des problèmes de valeur que pose une collaboration avec un parti comme celui-là", a-t-il ajouté.
Un changement de position d'Ahmed Laaouej d'ici à lundi, à 16 heures, semble peu probable, tant sa position est inflexible depuis le 29 novembre et l'annonce par le PS du refus de discuter avec la N-VA.
"L'attitude du PS bruxellois pourrait nous enfermer dans un blocage total de Bruxelles", avait alors prophétisé Charles Picqué (PS), ancien ministre Président bruxellois emblématique. Cinq mois plus tard, force est de constater que c'est très exactement ce qu'il s'est produit.
Lundi, la piste d'un gouvernement minoritaire?
Georges-Louis Bouchez a déjà averti : sans feu vert collectif d'ici lundi, il assure qu'il n'aura d'autre choix que de se tourner vers l'option d'un gouvernement minoritaire. La piste d'un gouvernement minoritaire côté francophone, dans laquelle le PS serait remplacé par Défi, a en effet été agitée par le président du MR durant la réunion de vendredi. La piste est considérée sérieusement, notamment par les Engagés. En cas d'échec de l'ultimatum du MR, elle devrait être mise sur la table ce lundi.
La piste semble en effet bancale, à moins qu'Écolo ne vienne compléter l'attelage. "Avec ce projet et la N-VA, c'est non. S'il y en a un autre, nous serons là pour faire avancer les choses", a fait savoir Samuel Cogolati, co-président des verts, sur BX1.
Au sein du MR, c'est surtout la piste d'une mise sous tutelle, que Georges-Louis Bouchez appelle de ses vœux, qui semble privilégiée.
Les postures politiques qui subsistent entre les partis sont destructrices. Elles menacent aujourd'hui ce pour quoi les Bruxellois se sont battus pendant 30 ans : l'autonomie de Bruxelles. Les Engagés ne laisseront pas faire ça".
Ce scénario de tutelle, toutefois, n'a pas les faveurs des Engagés, partenaire privilégié du MR. "Les postures politiques qui subsistent entre les partis sont destructrices. Elles menacent aujourd'hui ce pour quoi les Bruxellois se sont battus pendant 30 ans : l'autonomie de Bruxelles. Les Engagés ne laisseront pas faire ça", a réagi Christophe De Beukelaer, chef de file des Engagés à Bruxelles.
L'inquiétude des Engagés quant à la menace de tutelle ne semble pas partagée par les socialistes.
"Cette tutelle n'a aucun sens"
"Cette tutelle fédérale n'a en fait aucun sens et n'est pas praticable", nous assure-t-on dans le clan socialiste. En droit pur, la Région ne peut en effet pas être mise sous tutelle, à moins d'un changement constitutionnel. "Mais lorsqu'une Région arrive en situation de ne plus pouvoir se financer, on sort de ce cadre. Une mise sous tutelle, en pratique, est possible", avait assuré Guillaume Delvaux (ULB), doctorant en droit constitutionnel, évoquant un scénario à la grecque.
La question centrale qui occupe les partis politiques n'est en fait plus tant de savoir comment sortir de la crise que de déterminer qui héritera du zwart piet, et qui sera à blâmer pour avoir précipité la Région bruxelloise aux portes du gouffre financier. Le match entre Ahmed Laaouej (PS) et Frédéric De Gucht (Open VLD) s'annonce serré.
