La consultation chez le médecin plus chère pour le patient ? L'idée chemine au sein de l'Arizona
Le MR y est favorable, rejoignant une proposition des syndicats médicaux. Vooruit est plutôt contre. Les autres partis de la majorité fédérale sont ouverts.

- Publié le 03-05-2025 à 07h13

Si elle ne suscite pas un enthousiasme débordant, l'idée chemine tout de même au sein de la coalition Arizona (N-VA, MR, Engagés, CD & V, Vooruit). Lundi, les syndicats de médecins Absym et Cartel ont proposé de réintroduire l'indexation du ticket modérateur pour les consultations chez le généraliste, donc d'augmenter la part du prix de la consultation à charge du patient.
"Les tickets modérateurs actuels – 1 euro pour les patients ayant droit à une intervention majorée, 4 euros pour les autres patients – n'ont pas été indexés depuis 20 ans, justifient les syndicats. Une indexation de ces tickets modérateurs pour les consultations, combinée à une indexation partielle pour les visites à domicile, permettrait à l'État de réaliser une économie d'au moins 114 millions d'euros [par an], rien que pour le budget des généralistes. Si cette indexation est également appliquée aux consultations des spécialistes, une économie supplémentaire significative pourrait être réalisée."
Cette prise de position intervient alors qu'une économie de 216,8 millions d'euros doit être réalisée cette année dans les soins de santé, dont 73,4 millions sur les honoraires des médecins.
Alexia Bertrand avait ouvert le bal
Alexia Bertrand, la cheffe de file de l'opposition Open VLD à la Chambre, avait estimé, début avril, dans La Libre, qu'il fallait pouvoir débattre d'une augmentation du prix des consultations pour les patients. Dans les rangs de la majorité fédérale, les avis sont partagés.
"Je suis favorable à une indexation du ticket modérateur, tranche le député Daniel Bacquelaine, pour le MR. Ce ticket ne modère plus grand-chose… Les montants actuels ne représentent plus la réalité du coût d'une prestation médicale. On pourrait passer de 1 à 1,5 euro pour les patients Bim (les bénéficiaires de l'intervention majorée, ayant des revenus faibles, NdlR) et de 4 à 6 euros pour les autres patients. Pour un Bim qui va deux fois par an chez le généraliste, cela représente une augmentation de deux fois 50 centimes. Je ne pense pas qu'on manque de considération sociale en proposant cela, d'autant qu'il existe d'autres mécanismes de solidarité comme le maximum à facturer (le Màf). Il y a deux millions Bim en Belgique. Deux millions de personnes qui paient 1 euro de ticket modérateur, sans avoir été soumis à une enquête de revenus comme le sont les bénéficiaires du revenu d'intégration sociale (RIS). Ce n'est ni responsable ni raisonnable."
Je ne suis pas contre une indexation du ticket modérateur, mais la première chose à faire, c'est de réformer le statut Bim.
"Je ne suis pas contre une indexation du ticket modérateur, mais la première chose à faire, c'est de réformer le statut Bim, embraie Jean-François Gatelier, député Les Engagés. Le Bim paie 1 euro. Pour certains, ce n'est pas rien. Par contre, dans les Bim, il y a aussi des propriétaires terriens, avec un appartement à la mer. Pour accorder ce statut, on ne regarde pas les loyers que les gens perçoivent. Ce n'est pas normal. Il n'y a aucune raison qu'une personne aisée profite du statut Bim."
M. Gatelier pense toutefois que "ce n'est pas le bon moment" pour augmenter les tarifs à charge des patients. "Il faut faire des économies et on en demande déjà beaucoup aux gens – au niveau des pensions, du chômage, etc. Je pense qu'on peut préserver la santé."
Vandenbroucke responsabilise les médecins
Kathleen Depoorter, députée N-VA, défend "une approche nuancée" : "on doit trouver un financement durable des soins de santé, tout en préservant l'accessibilité des soins pour les patients. Les syndicats de médecins ont proposé une piste. Je ne dis pas que je suis pour ou contre, mais elle mérite d'être examinée." Et si le socialiste Jan Bertels, député Vooruit, se dit opposé à la "proposition budgétaire unilatérale des syndicats médicaux" car il veut préserver l'accessibilité des soins, Mme Depoorter et M. Bacquelaine assurent qu'en réunion de majorité, le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, membre de Vooruit également, n'a pas fermé la porte à la piste de l'indexation.
Contacté vendredi, ce dernier élude. "Nous avons demandé aux organisations de médecins de présenter des propositions pour maintenir le budget 2025 sur la bonne voie. Elles ont d'ailleurs accepté de le faire. Nous attendons des organisations de médecins qu'elles assument leurs responsabilités et ne se contentent pas de reporter la facture de leur dépassement budgétaire sur les patients." Le ministre fait référence à la réforme des consultations téléphoniques sur laquelle les syndicats ne parviennent pas à s'entendre, alors que le système entraîne des surcoûts de plusieurs millions d'euros.