La ville de Charleroi va vendre "Marcinelle en Montagne", son grand chalet en Savoie, héritage d'une autre époque
La ville contrainte de faire des économies va vendre le site de Marcinelle en Montagne

- Publié le 15-07-2025 à 06h31
- Mis à jour le 15-07-2025 à 07h59

Le nom de la propriété faisait sourire : "Marcinelle en Montagne". Et le Marcinelle en question était bien le Marcinelle belge, cette section de la ville de Charleroi. La commune bénéficiait en effet depuis 60 ans d'un grand chalet, situé en Savoie, dans le village de Saint-Nicolas-la-Chapelle à près de 1 000 mètres d'altitude. En quelques décennies, ce bâtiment a vu défiler des milliers d'écoliers carolos, que ce soit pour des classes de neige – de plus en plus souvent sans neige vu la position du site en moyenne montagne – ou des classes vertes. Qu'ils soient de l'enseignement communal, libre ou officiel, les élèves de sixième primaire du grand Charleroi avaient en effet la possibilité d'aller découvrir la nature montagnarde ou la pratique du ski, la seule de leur vie pour nombre d'entre eux.
Il y a eu aussi parfois quelques petits voyages de presse sans but précis, si ce n'est celui de faire la "bringue", organisés sur place par le collège communal de Charleroi, du temps où les socialistes y étaient tout-puissants. Les frontières de l'indépendance des pouvoirs y étaient souvent franchies… Des jeunes journalistes y arrivaient, surpris par ce qu'ils étaient invités à faire sur place : skier ou boire un verre dans le seul café du coin. C'était avant les fameuses "affaires" du début des années 2000. Ces affaires sont passées par là, et ne résonnent plus dans le chalet les cris entendus certaines nuits un peu trop arrosées : "Despi torse nu, Despi torse nu…". L'histoire ne raconte pas si l'échevin de l'époque Claude Despiegeleer, alors hélé par son surnom, s'exécutait facilement.
Si on parle de ce lieu au passé, c'est parce que le site va être vendu. Les dernières classes de neige auront lieu entre janvier et avril 2026, peut-être sans neige, peut-être avec, mais elles seront en tout cas les dernières.
Ailleurs, à des prix abordables
La Ville a en effet décidé de vendre les lieux. Confrontée à des mesures d'économies importantes, Charleroi ne peut plus se permettre d'entretenir un tel endroit pour lequel les charges sont de plus en plus élevées. Les finances communales carolos sont en difficulté, plombée entre autres, comme d'autres grandes villes, par le poids des pensions des agents statutaires, et peut-être par la gestion du passé. La Ville devait aussi se mettre en quête d'un nouveau gestionnaire pour le site. Bref, tout s'est compliqué sur les hauteurs de la Savoie, et la décision de se séparer de la propriété était devenue incontournable.
Régulièrement en effet, le gouvernement wallon a prêté de l'argent aux grandes villes asphyxiées, mais la nouvelle majorité wallonne (MR-Les Engagés) a désormais décidé d'assortir ces aides, via le plan Oxygène, de mesures d'économies drastiques. Il faut donc récupérer des moyens, et Marcinelle en Montagne en fera les frais ; il sera bientôt un vieux souvenir.
La Ville garantit néanmoins que d'autres formules seront trouvées pour permettre aux jeunes Carolos de vivre quelques expériences similaires. L'échevine de l'Enseignement, Julie Patte (PS), s'attelle désormais à trouver des lieux pouvant accueillir les jeunes après 2026. Et tout ça à des prix abordables, pour permettre à un maximum d'écoliers de profiter de tels séjours. La question des sports d'hiver organisés par la commune interroge cependant les élus : est-il encore utile d'envoyer des jeunes apprendre à skier alors que les séjours coûtent de plus en plus cher et que le poids du réchauffement climatique interroge l'avenir des sports d'hiver ?
Pour les futures classes vertes, le centre de délassement situé à Marcinelle (le vrai cette fois) sera de plus en plus adapté à de tels séjours ; il ne sera donc plus nécessaire de partir au-delà des frontières.
Il y a soixante ans
En attendant, l'histoire de "Marcinelle en Montagne" rappelle à elle seule de grands évènements qui ont marqué le Hainaut. Elle commence en effet à la fin des années 50, juste après la terrible catastrophe du Bois du Cazier où de très nombreux mineurs ont perdu la vie. Dans un tel contexte, Lucien Harmegnies, le nouveau bourgmestre de Marcinelle – nous sommes un peu moins de vingt ans avant la fusion des communes qui verra Marcinelle rejoindre Charleroi – décide d'envoyer les jeunes à la montagne. Progressivement, l'achat d'un terrain et la construction de plusieurs chalets achèveront de donner au site son allure actuelle. Avec la vente de "Marcinelle en Montagne" encouragée par les difficultés financières, nous sommes désormais loin de la période faste où une commune pouvait réaliser ce genre de projet… Cet adieu à la Savoie signe bien la fin d'une époque.