Grosse surprise au congrès du MR à Walibi : Bart De Wever s'est s'exprimé devant les militants libéraux
Le Premier ministre a été invité au congrès de rentrée du MR, un signe du rapprochement en cours entre les libéraux francophones et les nationalistes flamands. Cette "union des droites" pourrait marquer le paysage politique belge de manière décisive.

- Publié le 14-09-2025 à 10h36
- Mis à jour le 14-09-2025 à 17h29

La politique belge est une chose fort mouvante… Les élections du 9 juin 2024 et la mise en place, au fédéral, de la majorité Arizona (N-VA, MR, CD&V, Engagés, Vooruit) sont les vecteurs d'une profonde recomposition. À Walibi, ce dimanche, le MR tenait son grand congrès de rentrée et un invité surprise s'est exprimé devant 8 000 militants bleus : Bart De Wever, le Premier ministre.
Bien entendu, il est le chef d'un gouvernement auquel participe le MR, mais cette venue est lourde de sens. Le leader nationaliste flamand s'exprimait pour la première fois lors d'un grand évènement politique des libéraux francophones. Pour rappel, la N-VA est une formation officiellement indépendantiste, tandis que le MR de Georges-Louis Bouchez plaide pour le fédéralisme, voire pour l'unitarisme.
Une proximité idéologique
Mais cette divergence sur le plan institutionnel ne doit pas faire oublier que les deux partis sont sur la même ligne dans la plupart des autres dossiers. En particulier en matière socio-économique, sur les questions de sécurité, de migration… Récemment, Bart De Wever a défendu la même position que celle de Georges-Louis Bouchez à l'égard des conditions devant précéder une reconnaissance de la Palestine par la Belgique. Georges-Louis Bouchez le dit souvent : "Le MR et la N-VA ont un programme qui est identique à 95 %."
La présence du Premier ministre, ce dimanche, à Wavre, consacre cette proximité. Bart De Wever, dans son discours, ne l'a d'ailleurs pas caché : énumérant les grandes mesures de l'Arizona déjà adoptées, il a affirmé que "le soutien du MR a été crucial". Elle résulte d'une double évolution idéologique. Le Mouvement réformateur, sous l'influence de son président, a pris ces dernières années des accents un peu plus conservateurs. Par exemple, en matière culturelle, les libéraux se sont clairement positionnés en faveur de la neutralité de l'État et contre le "communautarisme".
Georges-Louis Bouchez mène également un combat très visible contre les formations de gauche, jouant sur le clivage politique et la polarisation médiatique. Ces tonalités ont rapproché le MR de la N-VA, dont la ligne de base est libérale-conservatrice.
La fracture MR/Open VLD
La venue de Bart De Wever à la rentrée du MR rappelle aussi les fractures au sein de la famille libérale. En Flandre, l'Open VLD est au plus mal. Les libéraux du nord du pays ne trouvent pas leur second souffle après une cuisante défaite aux élections générales. Eva De Bleeker, la présidente de l'Open VLD, devait redresser la barre, mais a annoncé récemment qu'elle quittait la tête du parti.
Aux yeux de Georges-Louis Bouchez, les libéraux flamands ont commis une erreur stratégique en suivant une ligne de droite sur le plan économique et une ligne de gauche sur le plan socioculturel. Le président du MR se montrait déjà critique à l'égard des compromis qu'acceptait Alexander De Croo lorsqu'il était à la tête de la coalition Vivaldi aux côtés des socialistes et des écologistes. Ces prises de distance répétées avaient fortement agacé l'ancien Premier ministre et ses troupes. À l'unité de la famille libérale belge, l'Open VLD étant menacé de disparition, un axe MR/N-VA est en train de se substituer par la force des choses.

La N-VA a changé
Enfin, la participation de Bart De Wever au congrès MR de ce dimanche illustre l'évolution de la N-VA elle-même. La pureté romantique du projet indépendantiste semble s'être effacée avec le temps et les participations au pouvoir. Les nationalistes ont désormais investi le 16, rue de la Loi, et affirment vouloir faire fonctionner le Royaume d'Arlon à Ostende. Le Premier ministre le rappelle régulièrement : il souhaite que la Wallonie prospère, car c'est également dans l'intérêt de la Flandre. Comme de 2014 à 2018, lors de la majorité "suédoise" (N-VA, MR, CD&V, Open VLD), les nationalistes flamands ont mis de côté leurs ambitions institutionnelles historiques. Et, en Georges-Louis Bouchez, ils ont trouvé un allié précieux afin de mettre en œuvre le reste de leur programme.
L'union de la droite libérale francophone et de la droite nationaliste flamande, si elle perdure dans les prochaines années, pourrait marquer de manière décisive la trajectoire de la Belgique en tant que fédération. La symbiose des deux plus grands partis, au nord et au sud, pourrait durablement stabiliser le jeu politique fédéral.