Tension entre MR et Engagés sur la désignation du nouveau patron de WBE : "Valérie Glatigny tente de recaser son chef cab'"
Le gouvernement de la FWB a lancé une procédure pour recruter un nouveau patron à l'organisme public qui chapeaute l'ensemble des écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles.


- Publié le 23-09-2025 à 06h34
- Mis à jour le 23-09-2025 à 08h52
Après avoir renvoyé le PS dans l'opposition en Wallonie et à la Fédération Wallonie-Bruxelles, le MR et les Engagés ont lancé une réforme de la désignation des tops managers dans l'administration. C'est la ministre Jacqueline Galant qui est chargée de mener le chantier.
L'intention a été martelée : dépolitiser les désignations. À moins qu'il ne s'agisse, comme avait ironisé Paul Magnette dans La Libre, de remplacer l'État PS par "un État MR-Engagés ?"
L'avenir nous le dira. En attendant, des jeux d'influence très politiques semblent s'amonceler au-dessus du poste d'administrateur-délégué du pouvoir organisateur public WBE (Wallonie-Bruxelles Enseignement).
Il s'agit d'un mandat stratégique : l'organisme public est l'autorité fonctionnelle de l'ensemble des écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Ces dernières semaines, le gouvernement francophone avait lancé une procédure visant à dénicher un nouveau patron pour WBE.
L'ancien administrateur-délégué, Julien Nicaise (étiqueté PS), qui avait quitté son poste en février, a été remplacé par un dirigeant ad intérim, Olivier Doyen.
Le MR, qui dispose via la ministre Jacqueline Galant (MR) de la tutelle sur WBE, entend bien actionner les leviers en sa possession. Les libéraux ont proposé leur candidat. Il s'agit d'André Grenier, chef de cabinet adjoint de Valérie Glatigny (ministre francophone de l'Enseignement supérieur, MR), et qui dispose d'une expérience préalable de 25 ans dans le secteur de l'enseignement. Son profil a été jugé le "plus adéquat" par le comité d'expert mis en place pour la procédure.
"Joëlle Milquet estime qu'il ne convient pas"
"Valérie Glatigny tente de recaser son chef cab' adjoint. Mais les Engagés n'en veulent pas, résume une source bien informée. Joëlle Milquet, en particulier, estime qu'il ne convient pas pour le poste, qu'il n'a pas la stature. Elle le fait savoir en coulisses."
Mais Joëlle Milquet n'est pas la seule à tenir cette position. "Il faut se souvenir que le premier administrateur délégué sélectionné pour le poste était Renaud Witmeur, une personnalité d'une grande stature. Et il faut bien cela, car WBE est un énorme OIP à gérer", abonde une source chez Les Engagés.
Contrairement à ce qui avait été le cas par le passé avec le PS, objecte une source gouvernementale, l'actuel gouvernement a au moins eu le mérite de mettre en place une procédure, avec un assessment (évaluation) des candidats, puis un comité d'experts.
Les avis de ce comité, précisons-le, n'engagent pas le conseil d'administration. La décision, in fine, reste en partie politique, puisque les membres du conseil d'administration sont désignés par les partis.
A cela s'ajoute le fait que ce comité de quatre experts, de toute évidence, n'est pas étranger aux milieux politiques… On y trouve Laurence Glautier, ancienne chef cab' du MR Willy Borsus, Alexia Hautenne, Claude Melen (étiqueté PS) et Bernard Delvaux (ex CEO de la Sonaca).
Les conclusions du rapport final du comité d'experts, que La Libre a pu consulter, ne sont cependant pas univoques.
Un comité d'experts en partie politisé
André Grenier, candidat du MR, voit soulignés "sa connaissance des réalités de terrain" et "sa capacité à diriger des équipes". Mais il devra, écrivent les experts, "renforcer son leadership et son assertivité".
Quant à Michel Coulon (directeur du pôle de l'ULB à Charleroi, ancien chef de cabinet de Laurette Onkelinx), il incarne "un profil apte à impulser rapidement une dynamique et à donner de la visibilité aux actions entreprises". Il subsiste toutefois des doutes sur sa capacité "à créer l'adhésion autour de sa vision et son aptitude à trouver des compromis".
Michel Coulon dispose en effet d'un désavantage : il est étiqueté PS.
La troisième candidature, celle M. Heurter, n'a quant à elle pas été retenue.
Dans leur conclusion, les experts estiment que le choix d'André Grenier "paraît plus adéquat", car le candidat est "plus enclin à la concertation et à la recherche de compromis".
Bernard Delvaux se désolidarise
En fin de rapport, Bernard Delvaux se désolidarise toutefois de cet avis, puisqu'il considère "qu'aucun des trois candidats rencontrés ne présente aujourd'hui le profil nécessaire pour assurer un leadership fort".
L'ancien patron de la Sonaca recommande même de "relancer la procédure en redéfinissant de manière plus précise (et exigeante) le profil recherché et en donnant une publicité élargie à l'appel à candidatures".
"Il y a un accord politique"
Renseignement pris, c'est aussi la ligne que défend le cabinet de la ministre-Présidente, Elisabeth Degryse (Les Engagés), qui considérerait cette option comme étant la meilleure, même si les discussions autour de ce dossier ne seraient pas encore entrées dans le "dur".
Le MR risque de ne pas l'entendre de cette oreille. "Ce poste fait l'objet d'un accord politique, ce n'est pas un secret, nous glisse une source libérale. À la fin, sur la base de ce que proposera le conseil d'administration (NdlR : les deux noms avec une forte insistance pour Grenier ou une nouvelle procédure si le CA suit Bernard Delvaux), c'est Jacqueline Galant qui tranchera, et fera avaliser la décision par le gouvernement."
