Bart De Wever menacé par le "syndrome De Croo" ? Georges-Louis Bouchez l'a doublé par la droite
L'axe MR/N-VA qui se dessinait au fédéral dans plusieurs dossiers bat de l'aile. En cause, les négociations budgétaires qui coincent à cause des exigences libérales. Face à un "GLB" qui incarne la ligne libérale-conservatrice, la N-VA pourrait finir comme l'Open VLD…

- Publié le 07-11-2025 à 06h32

Lors du congrès de rentrée du MR à Walibi, une surprise avait été concoctée pour les milliers de militants présents dans la salle. Bart De Wever, le Premier ministre de la coalition fédérale, a fait une apparition sur la scène et a prononcé un discours en français. Ovation… Georges-Louis Bouchez s'était montré particulièrement habile. C'était la première fois que le nationaliste flamand, homme fort de la N-VA, s'exprimait devant une assemblée de libéraux. Le symbole était puissant. Malgré l'opposition des deux grandes formations politiques sur l'avenir institutionnel de la Belgique, un axe de droite, libéral-conservateur, s'esquissait entre la N-VA et le MR. Ces deux partis partagent, sur de nombreux sujets, une même vision.
L'entente entre les deux partenaires au sein de la majorité Arizona constituait une évolution notable depuis les élections de juin 2024 et les négociations qui ont suivi en vue de former le gouvernement. Jusque-là, l'ancien président nationaliste voyait Paul Magnette, à la tête du PS, comme son alter ego naturel avec qui négocier le passage au "confédéralisme". Mais les résultats des scrutins du 9 juin ont chamboulé ces perspectives. Le MR s'imposait alors comme première force francophone, changeant d'emblée les équilibres politiques.
La combativité de "GLB"
Après la "suédoise" de Charles Michel de 2014 à 2018, un nouveau gouvernement de réformes socio-économiques s'annonçait pour la N-VA : l'Arizona… Encore fallait-il réussir à mettre sur pied cette coalition. Durant la formation de l'exécutif, le formateur De Wever a pu mesurer la combativité du jeune président libéral. Comme à son habitude, le Montois a jeté toutes ses forces dans la bataille, en assumant de frôler la rupture.
Le vendredi 31 janvier, dans les dernières heures de la confection de l'accord de majorité fédérale, Georges-Louis Bouchez avait poussé Bart De Wever dans ses retranchements. Le nationaliste, excédé, avait claqué la porte de la salle des officiers de l'École royale militaire où se déroulait le conclave. Tous les partis sauf le MR avaient accepté le dernier compromis proposé par le formateur. "Ce n'est pas équilibré", avait lancé Georges-Louis Bouchez en réunion. "Alors, je vais chez le Roi", avait répondu Bart De Wever… Quelques heures plus tard, la coalition Arizona voyait pourtant le jour.
De Wever se heurte au MR
La même dynamique se retrouve dans l'actuelle séquence budgétaire. Désireux d'arracher un accord historique, Bart De Wever se heurte au MR, incarné par un David Clarinval intransigeant en contact permanent avec son président. Les bleus ne veulent pas d'augmentation de la TVA, rejettent tout saut d'index qui frapperait les salaires et réclament davantage d'économies.
Comme lors de la formation gouvernementale, Georges-Louis Bouchez pousse son avantage. Selon ses proches, il aborde chaque négociation "comme une finale de la Champions League" et veut marquer le plus possible sans encaisser. À ses yeux, la révision de la trajectoire budgétaire du fédéral est stratégique car elle conditionnera le reste de la législature.
Par cette attitude inflexible, le président du MR double la N-VA par la droite. C'est classique, les nationalistes flamands paient le prix du "16". Bart De Wever, comme Premier ministre, a la lourde tâche de maintenir la cohésion de sa majorité et de rechercher le compromis avec les centristes et Vooruit. La ligne de son parti s'en trouve naturellement diluée tandis que les libéraux francophones peuvent afficher toute leur cohérence idéologique.
Une "De Croo-isation"
Cette tectonique politique pourrait avoir une conséquence fâcheuse pour Bart De Wever, menacé par le syndrome qui avait touché Alexander De Croo lorsqu'il dirigeait la Vivaldi. Comparé à un "GLB" très remonté contre les socialistes et les écologistes, l'ancien chef du gouvernement fédéral passait presque pour un gauchiste… L'Open VLD – le parti de De Croo – avait ensuite connu une terrible défaite électorale.
Le même scénario pourrait-il se répéter avec la N-VA dans l'Arizona ? De Wever se fera-t-il "De Croo-iser" par Bouchez ? La tournure de ce délicat conclave budgétaire le laisse penser. Le président du MR réclame une inflexion thatchérienne pour sauver les finances publiques, qu'il avait détaillée dans un grand entretien accordé à La Libre. Face à cette vision tranchée, Bart De Wever pourrait être suspecté d'avoir remisé ses convictions pour accéder au "16". Lui qui avait estimé, il y a quelques années, que le Voka – l'association patronale flamande – guidait ses décisions, se retrouve désormais à exiger du MR qu'il accepte d'augmenter la pression fiscale sur les contribuables qui s'en sortent… Une contradiction qui pourrait coûter cher à la N-VA dans les urnes.
Affront à l'Unizo
Un épisode révélateur : mercredi soir, Georges-Louis Bouchez prenait la parole devant un public de chefs d'entreprise réunis par l'Unizo (l'association des PME flamandes) à Maarkedal, en Flandre-Orientale. La N-VA l'aurait très mal vécu. Pour rappel, le MR réfléchit à l'opportunité de déposer des listes en Flandre afin d'y suppléer un Open VLD en déliquescence. Les libéraux francophones viendraient chasser directement sur les terres des nationalistes. Une "guerre des droites belges" pourrait alors faire rage… Pour l'instant, cette extrémité reste théorique : "Le MR n'est certainement pas un ennemi pour nous, mais l'exaspération est très élevée", confie l'un des principaux décideurs de la N-VA.
