Immanquable : Bart De Wever pourrait devenir chirurgien, un malaise s'est installé chez Ecolo (mais "en off")
Cette semaine dans les "Immanquables de la semaine politique", on parle du nouvel échec de Bart De Wever à boucler son budget et des dérapages de deux personnalités politiques suite aux violences du week-end.

- Publié le 23-10-2026 à 12h17
- Mis à jour le 23-10-2026 à 12h18

Tous les vendredis, nous vous proposons de (re)découvrir les trois grosses actualités qui ont secoué la sphère politique belge. A notre sauce, sous forme de billets qui, on l'espère, vous feront sourire tout en vous briefant sur ce que vous auriez pu rater si, par malheur, vous n'aviez pas ouvert La Libre cette semaine. Bonne lecture !
1) Bart De Wever, futur chirurgien ?
Nous avions déjà mis notre réveil aux aurores, ce jeudi. Nous nous préparions à débarquer à la rédaction bien avant que le soleil ne se lève vu qu'une rumeur circulait avec insistance : le gouvernement fédéral allait parvenir à un accord sur le budget, dans la nuit. Mais, à 22 heures 30 ce mercredi, le verdict tombait : il n'en serait rien. Les ministres quittaient la réunion du cabinet, le visage déconfit : ils s'étaient mis d'accord oui, mais sur le fait qu'ils n'étaient pas d'accord. Bien que ces négociations écourtées nous garantissaient une bonne nuit de sommeil, il n'y avait pas de quoi se réjouir. Comme n'a eu de cesse de le répéter le Premier ministre, le temps presse. Non seulement le locataire du 16 voit s'approcher le spectre des douzièmes provisoires, mais en plus il craint de laisser la situation budgétaire belge se dégrader plus longtemps : "Notre pays est au bord du gouffre", avait déclaré Bart De Wever, plus tôt dans la journée, parlant même de la "fin du monde". Mais ses collègues de l'Arizona n'ont pas vu dans ses propos alarmistes, ni dans l'arrivée des vacances parlementaires, une raison de mettre les bouchées doubles. "Nous ne rassurerons personne avec un travail bâclé, avec un accord de dernière minute, conclu à la hâte", avait déjà mis en garde Frank Vandenbroucke avant de s'installer autour de la table.
Quelques heures plus tard, les ministres quittaient donc les négociations, sans l'ombre d'un accord. Mais personne n'a osé utiliser le mot "crise", pourtant évoqué dans la presse depuis un certain temps. "La situation est difficile", s'est tout de même permis de lancer David Clarinval (MR). Et la question que tout le monde se posait alors: pourquoi est-ce si compliqué ? Où est-ce que le bât blesse ? En réalité, il y a plusieurs points de tensions, notamment autour des propositions dans les soins de santé et sur la contribution des épaules les plus larges. Après une croisade du MR pour s'opposer à la hausse de la TVA, c'est Vooruit qui bloque à présent certaines mesures budgétaires. Ce qui a agacé ses partenaires de majorité, le CD&V en tête. Bart De Wever a rappelé tout le monde à l'ordre, ce jeudi, à la Chambre. L'Anversois, qui a été contraint de se présenter face aux députés les mains vides, a cette fois fait dans la comparaison médicale pour illustrer la gravité de la situation : "Nous avons une plaie infectée qui ne cesse de s'aggraver. Il faut la désinfecter au plus vite. Oui, cela pourrait piquer. Mais cela n'a aucun sens de s'en prendre au désinfectant. Parce que l'alternative, c'est l'amputation", a averti le locataire du 16, visiblement peu enclin à recourir à ce type d'intervention. Et, à vrai dire, la perspective de voir Bart De Wever enfiler des gants en caoutchouc et dégainer un bistouri est quelque peu effrayante. Halloween, avant l'heure.
2) Une élue Ecolo dérape sur les manifestations...
Samedi dernier, la situation a dérapé dans le centre-ville de Bruxelles, en marge d'un mouvement de grogne des élèves. Les scènes observées faisaient écho aux pillages et saccages qui ont eu lieu le même jour en France. Le siège du PS a notamment été pris pour cible. Ce qui a évidemment suscité de vives réactions dans les rangs politiques, avec - pour une fois - un parti socialiste et un parti libéral sur la même longueur d'onde. Mais si MR et PS unissaient leurs voix pour condamner ces actes, une élue écologiste a voulu suivre son propre chemin, se prenant au final les pieds dans le tapis.
C'est la députée bruxelloise Margaux De Ré qui a initié ce mouvement risqué. L'écologiste a réagi à la vidéo postée par Ahmed Laaouej (PS) ciblant les "abrutis" derrière les dégradations du siège socialiste: "J'imagine que vous ciblez les casseurs en uniforme qui agissent sous l'autorité de votre bourgmestre et qui sont occupés à casser des jeunes mineurs", a-t-elle écrit sur X. Son commentaire a fait bondir le président du PS bruxellois, qui a répondu fissa et demandé au parti de prendre ses responsabilités. Ce que les co-présidents d'Ecolo n'ont pas fait entièrement. Alors, oui, M. Vanden Burre a condamné le saccage du siège du PS, mais pas les propos de son élue. "Je trouve que le co-président d'Ecolo cautionne implicitement les violences contre le PS", a répliqué abasourdi M. Laaouej à La Libre. Notre journaliste Jonas Legge s'est lui aussi étonné de la réaction "timorée" du parti face aux propos de Margaux De Ré. "Une indulgence qui passe d'autant plus mal une semaine après la mort d'un policier en pleine intervention à Jette", a rappelé le rédacteur en chef adjoint de La Libre. "(...) Cette députée cherche-t-elle à mélenchoniser son parti ? (...) En tout cas, en tentant de séduire les courants les plus militants de la gauche, le parti risque de perdre définitivement ceux qui l'avaient plébiscité par le passé : des électeurs sensibles à l'environnement, aux défis socio-économiques et à la justice sociale, venus du centre gauche et du centre droit. Et qui ne se reconnaissent pas dans les outrances de la gauche radicale." Au sein d'Ecolo, le malaise était réel face à cette affaire. Certains membres du parti ont déploré auprès de la DH, en off, "l'irresponsabilité" de Margaux De Ré. "On pensait en avoir fini avec ces conneries. Margaux doit s'éloigner du sujet des violences policières jusqu'à la fin de son mandat et laisser les gens compétents en parler", a conclu un écologiste auprès de nos confrères.

3) ... la N-VA aussi
Il ne fallait pas être devin pour comprendre que la prise de parole de Theo Francken sur La Première allait (également) donner lieu à une vive polémique. Interrogé sur la violence qui a éclaté dans plusieurs grandes villes belges en marge des manifestations, le ministre de la Défense a choisi d'aborder une question aussi complexe que risquée : qui sont les casseurs ? Mais le nationaliste flamand, plutôt que de marcher sur des œufs, a détruit tout le poulailler. Il a lié explicitement dégradations et population issue de l'immigration. "Il y a une culture de la violence, une culture de rue qui est extrêmement agressive. On voit ça à Bruxelles, on voit ça à Liège, on voit ça dans les grandes villes", a-t-il développé, sans étayer ce qu'il avançait.
Plusieurs associations se sont émues face à la thèse portée par M. Francken. Et dans les rangs politiques également, son discours a fait des remous. Certains n'ont d'ailleurs pas hésité à afficher leur désarroi face à de tels propos. C'est le cas d'Yves Coppieters (Les Engagés), dont le parti siège pourtant avec la N-VA au fédéral. "Toute violence est à condamner mais ces propos sont nauséabonds et la banalisation de tels amalgames est inquiétante. La responsabilité des violences ne peut être imputée à une origine ou population", a écrit le ministre wallon de la Santé sur X.
De nouvelles échauffourées sont à craindre ce week-end. Aucune manifestation officielle n'est prévue mais plusieurs appels ont été lancés sur les réseaux sociaux. Les commerçants ont donc déjà pris les devants en se barricadant. Et les politiques ? Peut-être que certains devraient également se préparer à ces nouvelles journées de tensions en apprenant à tourner sept fois leur langue dans leur bouche. Cela leur évitera de nouveaux dérapages, si tant est que ceux-ci étaient réellement incontrôlés...
