"Vous allez transpirer" : en immersion avec les jeunes du service militaire volontaire
Plus de cent recrues entre 18 et 25 ans ont entamé leur phase d'initiation militaire à la caserne d'Amay.

- Publié le 28-10-2026 à 06h36

"On y va en file simple. En file, les gars !", insiste le leader de la colonne. La petite dizaine de candidats militaires, en tenue de camouflage, sac sur le dos et arme à la main, prend au pas de course la direction d'un sous-bois à quelques centaines de mètres de leur bivouac.
"Il faut prendre la pelle ?", demande, une fois sur place, une jeune femme à l'une de ses camarades, après avoir déposé ses affaires sur un sol recouvert de feuilles fraîchement tombées. La pelle sera assurément utile. Leçon du jour : creuser un "trou de Fu" – pour trou de fusiller.
L'idée, c'est de voir sans être vu. Seuls le fusil et la tête peuvent dépasser. Le trou, prévu pour une seule personne, sert de poste d'observation et de tir. Il ne doit pas être profond – une trentaine de centimètres sur toute la longueur – puisque le soldat sera couché dedans. L'instructeur explique comment camoufler le trou et donne quelques conseils pour le confort, comme prévoir des branchages pour isoler le corps du sol.
"Vous délimitez votre trou et vous commencez à creuser, poursuit-il. Mettez votre pelle en mode pioche – je vous montrerai. Il faut aller super vite pour creuser. Vous allez transpirer, c'est normal ! Pour les grands, pas de chance, vous allez devoir creuser plus. Attention à ne pas creuser en banane (de sorte que les pieds seraient plus hauts que les hanches, une fois allongé sur le ventre, NdlR), sinon votre dos va déguster."
Au sein du Génie d'Amay
Quelque 500 jeunes de 18 à 25 ans ont entamé, il y a un mois, une année de service militaire volontaire, ce tout nouveau programme de la Défense qui doit monter à mille incorporations annuelles. Parmi les recrues, 121 ont été intégrées la 3e compagnie Dienstjaar (3CieDj) au sein du 4e bataillon de Génie (4BnGn) d'Amay – 112 sont encore là, ce qui fait un taux d'abandon légèrement inférieur à 10 %, un niveau comparable à ce qu'observe la Défense dans ses autres formations.
Après leur incorporation, le 29 septembre, ils ont entamé la phase d'initiation militaire (Pim), une formation de dix semaines pour acquérir les compétences militaires de base. Certains ont ainsi passé, ce mardi matin, leur toute première nuit sous tente. Le "bivouac administratif" (en retrait de la ligne de front) est installé dans une petite prairie entourée de buissons et d'arbres au sein de la base d'Amay. Les 37 tentes, une par personne, sont réparties en trois rangées parfaitement alignées et resserrées.
"On a de la chance avec notre bivouac parce qu'on est près de nos blocs (les logements dans la base, NdlR). On n'est pas partis à Spa comme d'autres, sourit Léa, qui vient de fêter ses 18 ans. Le bivouac, ça reste une expérience. On vit en tente, comme dans les festivals. La nourriture n'était pas franchement top, top… Mais on ne va pas s'en plaindre. La nuit s'est bien passée, je m'attendais à avoir plus froid."

Le nez dans la terre
La jeune femme, originaire d'Enghien, veut étudier la psychologie après son année de service volontaire. "Je n'ai pas envie d'être militaire de carrière, mais je resterai réserviste pour pouvoir apporter mon soutien tout au long de ma vie, dit-elle, sûre de son fait. L'année dernière, à l'école, on a parlé de la situation géopolitique. Beaucoup de gens ne s'y intéressaient pas. Moi, je trouve important de pouvoir aider le pays et aider les autres."
Le taux d'abandon à Amay est légèrement inférieur à 10 %, un niveau comparable à ce qu'observe la Défense dans ses autres formations.
"Physiquement, parfois, c'est dur… Mais après avoir réussi ce qu'on nous demande, on est fiers de nous. Il y a toujours des difficultés, mais tant que le mental est là, le reste suit, termine Léa. J'ai trouvé ici ce que j'espérais. On est un groupe très soudé. Quand quelqu'un fait une bêtise, tout le monde ramasse. Quand quelqu'un est en difficulté, tout le monde l'aide."
Illustration lors de l'exercice de "ramping bas", une progression en rampant sur un terrain hostile, avec arme et matériel. "On va faire un petit jeu, lance l'instructeur. J'aime bien les courses. Le premier à mon niveau à gagner." C'est parti pour une vingtaine de mètres le nez dans la terre. Quand il ne reste plus qu'une personne en course, tous ses camarades se mettent à sa hauteur et terminent avec elle.
"Ça, c'est la démonstration de la devise de la compagnie : 'Un seul bloc ! Tiens le choc !', s'enthousiasme la lieutenante-colonelle Angélique Kuppens, cheffe de corps du Génie d'Amay. Quand quelqu'un est en difficulté, tous ses camarades viennent l'aider."

La centrale de Tihange comme décor
"L'aspect physique de la formation ? Ça va, je suis bien préparé, assure Sacha, 18 ans, qui sort de sport-études en football. Les tests de la première semaine se sont bien passés, à part les tractions, mais ça commence à venir. C'est plus l'aspect mental qui a été dur au début parce qu'on arrive dans un nouvel environnement avec des personnes qu'on ne connaît pas. Mais après dix jours, c'était déjà bon. On s'entend tous bien. À la limite, c'est cool de revenir ici le dimanche à la fin du week-end."
"Le service militaire volontaire poursuit trois grands objectifs, resitue le général-major Gert Van Goethem, commandant de la Force terrestre. Tout d'abord, on veut rendre ces jeunes plus forts, plus résilients en tant que civils. On leur apprend des compétences qui vont leur donner un avantage sur le marché du travail : ponctualité, discipline, sens des responsabilités…"
"Deuxième objectif : on forme des jeunes pour des missions de protection d'installations vitales et de protection de la population, comme on le voit aujourd'hui avec les soldats dans les rues de Bruxelles et d'Anvers", dit l'officier avec, pour décor derrière lui, la centrale nucléaire de Tihange, où la sécurité est assurée par des militaires. "Enfin, troisième objectif : on oriente les jeunes pour leur avenir." Après l'année de service volontaire, ils peuvent entamer une carrière militaire ou intégrer la réserve territoriale. "Mais quel que soit leur choix, leur engagement mérite déjà notre respect. Ils font quelque chose pour la collectivité, pour notre Nation."