Pourquoi il faut rendre la ville aux enfants

- Publié le 07-08-2019 à 06h53
- Mis à jour le 07-08-2019 à 06h56

Les petits sont exclus ou parqués dans des espaces ultra-sécurisés. Voici pourquoi cela doit changer.Environ 70 % à 80 % des enfants européens sont citadins. Logiquement, la question des enfants en ville suscite un intérêt nouveau en sciences sociales. Et le constat est unanime, la ville d'aujourd'hui est peu favorable aux petits: face aux dangers qu'elle inspire aux adultes, les enfants en sont évincés ou sont parqués dans des endroits clos. Certes, ces espaces balisés et sécurisés sont rassurants mais ils créent une restriction dans la découverte.
Les spécialistes du blog "Demain la ville" constatent que plus on va vers les périphéries, moins on en trouve et qu'ils sont trop peu ludiques, les normes de sécurité devenant particulièrement étouffantes. La plupart des chercheurs s'accordent pour affirmer que, plutôt que des aires de jeux standardisées, les enfants ont besoin de terrains d'aventures.
Dans ses écrits, l'Américaine Jane Jacobs, philosophe de l'architecture et de l'urbanisme, se dit persuadée que "des renfoncements dans la façade des immeubles abriteraient judicieusement certains jeux d'enfants". Elle affirme que plus une rue est fréquentée, plus la vitesse des automobilistes s'en trouve réduite et "plus la sécurité spontanée se renforce".
Dans son ouvrage consacré au jeu comme fondement de la construction des enfants, la pédagogue allemande Maria Luisa Nüesch plaide, elle aussi, pour résister à la tentation des espaces à jouer clés en main. "Le jour où les enfants des villes auront des coins de rue à cultiver, à balayer et des animaux à nourrir, écrit-elle, les acteurs sociaux auront moins de travail."
C'est de l'avenir du piéton adulte qu'il s'agit
La Française Marie Gervais, auteure de Libérez la créativité de vos enfants et de La Famille buissonnière, est pour sa part passée à l'action. Dans ses pages, elle raconte : "Nous nous sommes installés dans une impasse avec de toutes petites maisons serrées. Plutôt que de se cantonner au jardin, je prenais mon thé et laissais les enfants jouer dans la rue. Un jour, une maman m'a rejointe avec ses enfants et son thé, puis une autre… Depuis que les enfants ont investi la rue, les voitures ont pris l'habitude de rouler doucement. Cet investissement de l'espace public a modifié les relations de voisinage."
Enfin pour l'ethnologue et urbaniste française, Pascale Legué, il y a urgence. "L'enfant est le grand oublié des concepteurs urbains. C'est pourtant de l'avenir du piéton adulte qu'il s'agit, a-t-elle affirmé lors d'une conférence. On devrait s'inspirer de l'enfant piéton pour rendre la ville plus humaine." Et ça, ça nous concerne tous.
