"Laissez-nous entrer en prison et accéder aux détenus": les services externes bloqués aux portes des prisons bruxelloises
Covid, surpopulation, grèves… Bloqués à l'entrée, les services externes ne peuvent plus exercer leurs missions.

- Publié le 03-12-2021 à 06h50
- Mis à jour le 03-12-2021 à 08h17

Depuis mercredi soir, plusieurs syndicats (CGSP et SLFP) d'agents pénitentiaires ont entamé une grève de 48 heures dans les trois prisons bruxelloises de Saint-Gilles, Forest et Berkendael. Ils mettent ainsi à exécution le préavis déposé un mois plus tôt pour protester contre la surpopulation carcérale, le manque de personnel et la vétusté des installations.
Jeudi dernier, dans un courrier adressé au ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open VLD), le Conseil central de surveillance pénitentiaire (CCSP) réclamait des mesures urgentes pour limiter les nouvelles incarcérations et faire sortir tous les détenus qui peuvent l'être. En raison de l'épidémie de Covid et de la surpopulation, les prisons sont de nouveau au bord de l'implosion, alerte le CCSP. Trop peu nombreux, face à des détenus à cran, les membres du personnel pénitentiaire écopent aussi de la situation. "On a fait des essais pour laisser 30 minutes aux agents pour manger, mais cela ne fonctionne pas encore", indiquait jeudi, à Belga, le délégué syndical CGSP à la prison de Saint-Gilles.
Une fonction essentielle
La grève des agents, qui risque de se répéter, voire de s'étendre à d'autres établissements surpeuplés, a des répercussions négatives sur le quotidien, déjà bousculé, des détenus : plus de préaux, plus de visites, plus d'activités…
Dans ce contexte, la Fédération bruxelloise des institutions pour détenus et ex-détenus (Fidex), qui regroupe les services d'aide aux justiciables bruxellois, réclame qu'on laisse entrer en prison les éducateurs, psychologues, assistants sociaux, infirmières, juristes, criminologues, animateurs culturels… Ces travailleurs sociaux assurent l'accompagnement psychologique et social, la promotion de la santé, l'enseignement, la médiation… des personnes incarcérées.
Les services externes, payés par les entités fédérées, préparent aussi les détenus à leur sortie de prison et participent à leur réinsertion. Ils exercent donc une fonction essentielle, à la fois pour les détenus et pour la protection de la société.
Une situation inextricable
Ces services externes sont pourtant empêchés, quasi au quotidien, d'entrer en prison parce qu'il n'y a pas assez de personnel de surveillance, parce qu'il y a le Covid, parce qu'il y a une grève.
La situation est devenue inextricable. À Bruxelles, il s'agit de 70 travailleurs sociaux qui se rendent, quasi chaque jour, derrière les barreaux et qui n'ont plus accès aux personnes privées de liberté. "Nous comprenons qu'il soit extrêmement difficile pour les agents pénitentiaires de travailler dans ce contexte, mais nous demandons de ne plus être bloqués lors des grèves, de nous laisser accès aux personnes privées de liberté", explique Kris Meurant, président de la Fidex.
Les services externes ne peuvent plus exercer le moindre accompagnement ou suivi. "La crise sanitaire et les grèves successives exacerbent encore cette situation, ils ne peuvent plus faire leur travail de première ligne, pourtant si précieux et nécessaire."
