Huit hôpitaux sur dix sont dans une situation précaire : "Sans refinancement, on va assister à une baisse de la qualité des soins"
Le secteur hospitalier belge est dans la tourmente, selon l'analyse financière effectuée par Belfius. Pour la première fois, les hôpitaux généraux sont globalement en perte en 2022.

- Publié le 15-11-2023 à 17h59

En 2022, les hôpitaux généraux enregistrent pour la première fois une perte sur leurs activités. Le résultat d'exploitation ordinaire s'élève à -181 millions d'euros (les hôpitaux universitaires et psychiatriques ne sont pas inclus dans cette étude), selon l'analyse Maha (Model for Automatic Hospital Analyses) publiée ce mercredi par Belfius.
Pourquoi ? "Cela s'explique par le fait que les coûts augmentent plus rapidement que le chiffre d'affaires, pointent les auteurs de l'étude. Ce sont surtout l'indexation salariale et la hausse des prix de l'énergie qui pèsent lourd. Une légère amélioration est attendue en 2023 car un certain nombre de financements sont indexés avec un décalage. Cependant, selon les premières estimations, le résultat restera négatif en 2023. Ce qui est assez inquiétant, c'est l'évolution des fonds propres et du cash-flow disponible dans le secteur hospitalier. Tous deux se contractent en 2022, ce qui met à mal la solvabilité du secteur et, dès lors, les possibilités de maintenir les investissements nécessaires."
Hospitalisations de jour en hausse
Sur les 86 hôpitaux généraux, 49 enregistrent une perte. Et parmi ceux qui affichent encore un bénéfice, 24 arrivent seulement à un résultat d'exploitation ordinaire de moins de 1 % du chiffre d'affaires. Un résultat que Belfius ne considère pas comme durable. Pas moins de 84 % des hôpitaux se trouvent dès lors dans une situation précaire. Les mauvais résultats concernent toutes les Régions et les perspectives ne sont pas brillantes.
L'analyse Maha constate par ailleurs que l'évolution vers l'hospitalisation de jour se poursuit clairement en 2022 et 2023 : les patients ne restent de plus en plus souvent qu'une seule journée à l'hôpital pour des interventions comme, par exemple, une opération de la vésicule biliaire.
Mais les ressources humaines demeurent un défi de taille dans les hôpitaux. "En dépit de toutes les mesures des pouvoirs publics visant à augmenter les recrutements et à améliorer l'attractivité des métiers de la santé grâce à une meilleure rémunération, les hôpitaux restent confrontés à un manque de personnel", selon Belfius. L'absentéisme ne cesse de s'aggraver, avec plus de 11,4 % d'absences pour cause de maladie en 2022. Quoique la situation se soit légèrement améliorée par rapport à 2021, les postes vacants sont encore difficiles à pourvoir.
L'étude conclut que malgré toutes les mesures adoptées par les autorités, notamment pour soutenir le secteur pendant le Covid, les hôpitaux généraux sont face à des difficultés considérables. "De nouvelles réformes restent nécessaires pour redresser le financement des hôpitaux." Un avis partagé par le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit), qui appelle à une réforme du financement des hôpitaux, "afin d'assurer plus de stabilité et de transparence". Une réforme qui doit "promouvoir la collaboration entre et au sein des hôpitaux".
De son côté, Yves Smeets, directeur général de la fédération hospitalière Santhea, dénonce "le désintérêt" du gouvernement fédéral vis-à-vis des hôpitaux. Selon lui, "si des mesures de refinancement importantes ne sont pas prises rapidement, nous allons inexorablement assister à une baisse de la qualité des soins ; une baisse de l'innovation et de l'investissement ; une pression accrue sur le personnel entraînant encore davantage la fuite des personnels de santé ; et une inévitable augmentation des coûts pour le patient."