"Dans l'utilisation de radars, il ne faut pas tomber dans certains travers comme la Flandre le fait"
C'est principalement en Flandre qu'on a pris le taureau par les cornes pour lutter contre la vitesse au volant.
- Publié le 20-08-2024 à 07h21
- Mis à jour le 20-08-2024 à 09h41

À votre prochain dîner de famille, entre collègues ou entre amis, posez la question suivante aux convives : à votre avis, quelle est la principale cause de mortalité sur la route ? Selon toute vraisemblance, l'alcool au volant, la distraction, la somnolence et la vitesse devraient être cités. Demandez ensuite à ces mêmes personnes lesquelles d'entre elles ont déjà été verbalisées pour excès de vitesse. Il y a de fortes chances pour que la quasi totalité des doigts se lèvent, du moins chez les personnes ayant le permis de conduire.
Car les excès de vitesse sont un véritable fléau sur nos routes. Selon l'Institut Vias, expert en matière de sécurité routière, près de 30 % des accidents mortels en Belgique seraient imputables à une vitesse excessive. En valeur absolue, cela signifie, selon les calculs faits par Vias en 2020, que 150 vies pourraient être épargnées chaque année si les conducteurs adoptaient des comportements plus prudents en matière de vitesse.
Pourtant, c'est loin d'être le cas. La vitesse est sans doute le comportement qui bénéficie de la plus grande acceptation sociale en Belgique, bien plus que rouler sous influence de la boisson. Rouler à 130 km/h sur l'autoroute ne choquera presque personne.
6,88 millions d'excès de vitesse en 2023

Résultat : les infractions pour excès de vitesse sont celles qui sont le plus sanctionnées. L'an dernier, la police a relevé 8,42 millions d'infractions dont 6,88 millions uniquement pour des excès de vitesse. Soit 81,7 % du nombre d'infractions. Un chiffre en hausse constante : en 2015, on ne comptait que 4,6 millions d'infractions dont 3,2 millions (69 %) pour la vitesse.
Les Belges ne roulent pourtant pas forcément plus vite qu'avant. Mais ils sont plus souvent flashés en raison d'une intensification des contrôles facilitée par la multiplication des radars fixes, mobiles et tronçons, ainsi que par la volonté des autorités de ne plus laisser de tolérance aux contrevenants. Sur autoroute par exemple, alors que la police avait tendance à laisser une tolérance, on flashe désormais à 121 km/h, marge technique déduite.
68 % des infractions constatées en Flandre
Dans les faits, c'est principalement en Flandre qu'on a pris le taureau par les cornes pour lutter contre la vitesse au volant : 68 % des procès-verbaux (4,7 millions) ont été dressés sur des routes du nord du pays contre seulement 25 % en Wallonie (1,7 million) et 7 % (470.000) à Bruxelles.
Très logiquement, ce sont donc les routes flamandes sur lesquelles on a recensé le plus de verbalisations. La DH a analysé les rapports annuels des 184 zones de police du pays pour établir un classement des routes où l'on a tendance à rouler le plus vite. Dans le top 100, 64 routes flamandes, 25 wallonnes et 11 bruxelloises. Avec un record absolu sur l'E19 du côté d'Anvers où 208.000 automobilistes ont été verbalisés. En Wallonie, c'est l'A54 du côté de Seneffe qui a comptabilisé le plus de verbalisations avec 159.000 flashs. Enfin, à Bruxelles, c'est l'avenue des Nerviens (46.235 crépitements) qui était la plus problématique.

"Est-ce que le risque de se faire contrôler est plus élevé en Flandre qu'en Wallonie ? Sans aucun doute, assure Benoît Godart, porte-parole de l'Institut Vias. Mais il ne faut pas tomber dans certains travers comme la Flandre le fait. Dans pas mal de communes du nord du pays, on a aujourd'hui recours à des radars-tronçons privatisés. Ils appartiennent à des sociétés privées, qui les entretiennent et les installent à la demande des communes. En contrepartie, elles touchent un pourcentage des amendes. Plus il y a de verbalisations, plus ces entreprises et les communes qui y ont recours sont contentes puisque c'est synonyme de davantage de rentrées financières."
Des radars privatisés

Résultat, on tombe dans certains travers en installant des radars-tronçons à tout va, tout en diminuant la vitesse sur les portions de routes concernées. Notamment des zones où il n'y a pas de réel danger et où la vitesse instinctive est supérieure à la limitation. Par exemple 30 km/h dans une ligne droite en pleine campagne.
En Flandre, le candidat au poste de bourgmestre d'Ostende, John Crombez (Vooruit), a notamment jeté un pavé dans la mare la semaine dernière estimant que certains radars installés dans la cité côtière n'avaient été installés que pour faire de l'argent. "De cette manière, on gonfle les chiffres de manière artificielle, déplore Benoît Godart. Ce n'est pas du tout vers cela qu'on doit aller. Un bon radar, c'est un radar qui ne flashe plus car les automobilistes auront adopté leur comportement. Sur l'E19 à hauteur du Roeulx, par exemple, il n'y a presque plus d'accidents depuis l'installation du radar fixe. C'est cela que doit être la définition d'un bon radar : celui qui permet de réduire les risques d'accidents, pas celui qui ramène le plus d'argent dans les poches de l'état."
En d'autres termes, là où les radars flashent trop, il faut mettre en place des aménagements pour faire ralentir la vitesse. Mais là où il y a peut-être beaucoup trop de radars en Flandre, il n'y en a peut-être pas assez au sud du pays. "Il faut un juste équilibre, confirme Benoît Godart. Et installer un radar ne doit pas se faire dans le but de faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'Etat."
Les radars doivent toutefois avoir une certaine rentabilité pour ne pas plomber les finances des gestionnaires de voiries. "Installer un radar sur une route où il ne passe qu'une voiture par heure la nuit n'a peut-être pas de sens. Il faut par contre cibler les endroits les plus problématiques et les plus accidentogènes pour réduire le risque d'accidents."