Les lacunes des titres-services poussent certains ménages vers le travail au noir
Depuis la création du système des titres-services en 2004, le profil des travailleuses a fortement évolué.

- Publié le 23-08-2024 à 06h35
- Mis à jour le 23-08-2024 à 08h25

"J'ai eu la chance d'avoir la même aide-ménagère pendant quelques années, mais elle a arrêté car elle était enceinte. Depuis, j'ai eu affaire à plusieurs autres travailleuses de la même entreprise de titres-services. Parfois elles viennent deux fois puis elles repartent. C'est difficile car il faut à chaque fois renouer une relation de confiance. Les entreprises ont vraiment des problèmes pour répondre aux demandes des ménages. Alors finalement, j'ai trouvé quelqu'un, mais qui travaille au noir."
Ce témoignage d'une habitante du Brabant wallon constitue une illustration parmi d'autres des difficultés que rencontrent les familles pour trouver l'aide-ménagère qui pourra les aider durablement. Un autre Brabançon explique qu'il a enchaîné cinq ou six travailleuses différentes avant de trouver quelqu'un de plus stable. "Elle vient chaque semaine, c'est son principal mérite." Un autre habitant de la même province envisage de passer aussi par le système du travail au noir, le temps que son entreprise de titres-services lui retrouve enfin quelqu'un.
Personne ne postule
Les entreprises de titres-services manquent en effet cruellement de personnel. "Depuis deux ans, personne n'a postulé chez moi", regrette la responsable d'une petite structure de Rixensart qui emploie 45 personnes. "Et quand une de mes travailleuses s'en va, cela fait dix ou douze familles qui se retrouvent sans aide-ménagère, déplore la cheffe d'entreprise, qui dénonce également une forme de culture de l'absentéisme parmi les travailleuses. Je sais qu'elles ont un groupe sur les réseaux sociaux où elles échangent des conseils pour obtenir des certificats d'incapacité de travail. Cela me dégoûte."
L'absentéisme constitue un problème de taille dans les titres-services. Au printemps, le prestataire de services en ressources humaines Securex relevait que le taux d'absentéisme dans ce secteur s'élevait à 20,2 % en 2023, contre 8,2 % pour l'ensemble des secteurs. En outre, le pourcentage de travailleurs absents pour cause de maladie depuis plus d'un an atteignait un pic de 10,4 %. Des taux élevés qui s'expliquent par les difficultés physiques (charges lourdes…), mais également psychologiques (travail solitaire, peu valorisé, mal payé…).
À l'origine, il s'agissait de "blanchir" le travail au noir d'aide-ménagères expérimentées, satisfaites de leur travail et dont les clients étaient également satisfaits. Mais au fil du temps, et avec l'obligation d'engager des demandeurs d'emploi ou des bénéficiaires du revenu d'intégration, on s'est retrouvé avec un public de plus en plus éloigné de l'emploi.
Arnaud le Grelle, directeur chez Federgon, la fédération des prestataires de services RH qui représente les entreprises commerciales de titres-services depuis les débuts du système en 2004, est bien conscient de ces difficultés. "Nous entendons effectivement partout des clients qui doivent vivre un fort turnover d'aides-ménagères. Ce phénomène s'est accentué au fil du vieillissement du dispositif. À l'origine, il s'agissait de 'blanchir' le travail au noir d'aides-ménagères expérimentées, satisfaites de leur travail et dont les clients étaient également satisfaits. Mais au fil du temps, et avec l'obligation d'engager des demandeurs d'emploi ou des bénéficiaires du revenu d'intégration, on s'est retrouvé avec un public de plus en plus éloigné de l'emploi, pour qui une mise ou une remise à l'emploi est de plus en plus difficile. Un public qui a parfois du mal à se lever pour aller à un rendez-vous le lundi matin, qui manque de compétences pour organiser son travail seul et qui doit parfois surmonter la barrière de la langue."
"Par contre, nuance Arnaud le Grelle, les chiffres montrent une forte stabilité pour le public qui intègre définitivement les titres-services. C'est donc l'alimentation qui pose problème et qui entraîne de longues listes d'attente pour les clients. Ce qui faisait dire à l'un de nos membres qu'il pouvait engager cent personnes en contrat à durée indéterminée dès demain."
Conserver deux ou trois ménages après la retraite
La problématique est d'autant plus grande que les aides-ménagères qui ont été régularisées à la création du système, il y a vingt ans, approchent de l'âge de la retraite. "Oui, confirme le directeur de Federgon, elles commencent à quitter la profession. Certaines souhaiteraient d'ailleurs pouvoir conserver deux ou trois clients par semaine, mais aujourd'hui, ce n'est pas possible. Le problème va aller croissant."
Au bout du compte, Federgon observe-t-elle un retour massif du travail au noir dans le secteur ? "Nous n'avons pas de chiffres, évidemment. Nous entendons parler de travail au noir, mais cela ne nous semble pas dramatique. Le travail au noir comporte quand même des risques et le prix du titre-service (de 10 à 12 euros, hors déduction fiscale, NdlR) reste largement inférieur à celui du tarif au noir (qui tourne souvent autour de 15 voire 25 euros dans certaines communes chics de la Côte)."
