"Je consommais de l'héroïne, de la méthadone, de la cocaïne. Le reste, c'était en apéro" : comment Pierre a arrêté les drogues dures
Ancien consommateur de drogues dures, ce Bruxellois met aujourd'hui son expérience au service d'usagers bruxellois. Témoignage.

- Publié le 26-09-2024 à 07h33

"J'ai été polyconsommateur pendant 14 ans. Je consommais de l'héroïne, de la méthadone, de la cocaïne. Le reste, c'était en apéro", relate Pierre, un Bruxellois qui accompagne aujourd'hui des usagers de drogues dures, membres de l'ASBL Dune.
S'il s'en est sorti sans replonger depuis lors, c'est grâce à sa force de caractère et à de longues introspections. "J'ai réussi à remplacer le plaisir de consommer par d'autres plaisirs, même si cela ne s'est pas fait en un claquement de doigts. Grâce à un programme de réinsertion socioprofessionnelle, j'ai pu travailler le bois, fait de la menuiserie. J'ai fabriqué des jouets pour enfants, des décors de théâtre pour les écoles, du modélisme que je vendais à des clients. J'ai éprouvé une réelle fierté à faire des choses concrètes, utiles, valorisantes", explique-t-il.
Aujourd'hui, Pierre endosse le rôle de "pair-aidant" au sein de l'ASBL Dune, qui a inauguré ce mardi le projet Zelie dans le bas de Saint-Gilles. L'objectif : proposer des formations de mécanicien vélo à des (anciens) consommateurs de drogue qui peuvent être engagés en tant qu'article 60. "Ce projet est indispensable car il peut servir de tremplin aux usagers pour retrouver une vie satisfaisante et retrouver de la fierté, gagner un salaire. Cela peut susciter des vocations et permettre de retrouver un cadre de vie sain", explique-t-il.
Les méthodes des dealers pour cibler les usagers les plus précaires
À l'époque, la drogue était principalement consommée dans les logements. Mais aujourd'hui, les consommateurs ne se cachent plus et prennent leur dose dans l'espace public, à proximité de stations de métro ou des points de vente. Il est un témoin privilégie de la manière avec laquelle les dealers ciblent les personnes les plus précaires pour les attirer dans le circuit de la drogue.
"Une fois que l'on plonge, il est très dur de s'en sortir tant les dealers ajustent leurs stratégies pour inciter à la consommation. J'observe un important changement au niveau du prix par rapport à l'époque où je consommais. A l'époque, le gramme de cocaïne était vendu 50 euros mais aujourd'hui, les dealers ciblent les publics les plus atteints en proposant des quantités plus réduites. Il est par exemple possible de se procurer des tafs sur des pipes à crack pour un montant de 5 euros la dose. Cela n'existait pas avant", poursuit-il. "Plus le niveau de vie descend, plus la précarité est grande et les dealers trouvent des parades pour continuer d'écouler leur stock, descendre les prix et améliorer l'accessibilité aux drogues dures."
Enfin, parmi les autres méthodes pour fidéliser les plus précaires, les dealers n'hésitent pas à proposer des drogues de synthèse moins coûteuses et plus addictives, afin de maintenir un flux régulier de consommateurs avec des budgets limités, rendant le travail de prévention encore plus compliqué.