"Dans le marché de la drogue, il faut considérer Anvers comme le grossiste et Bruxelles comme le lieu où se fait la vente en détail"
La commissaire nationale aux drogues, Ine Van Wymersch, met en garde contre la prolifération des labos.


- Publié le 16-08-2024 à 08h04
- Mis à jour le 16-08-2024 à 08h07

Quand on parle de narcotrafic, on a longtemps parlé d'Anvers mais actuellement, c'est surtout Bruxelles qui semble touchée, avec une fusillade au moins une fois par semaine…
Les deux situations ne sont pas comparables. Dans le marché de la drogue, il faut considérer Anvers comme le grossiste – là où les tonnes de cocaïne entrent – et Bruxelles comme le lieu où se fait la vente en détail. Les organisations ne sont donc pas les mêmes. À Anvers, la plupart des suspects arrêtés sont originaires des Pays-Bas. Le type de violence qu'on y constate n'a pas pour objectif de tuer, mais d'intimider. Quand une grenade est lancée sur une façade, c'est pour envoyer un signal à une organisation ennemie. À Bruxelles, ce sont des guerres de territoire parce qu'on se dispute les lieux de vente entre bandes. Et puis là où, à Anvers, ce sont des personnes disons plus "expérimentées" qui sont à la manœuvre, à Bruxelles, on envoie les petites mains faire le sale boulot. La plupart n'ont jamais utilisé une arme. Et c'est comme ça qu'on se retrouve avec des victimes innocentes. Il y a toujours eu des fusillades à Bruxelles. Avant, cela ne concernait que les membres des bandes entre eux. Aujourd'hui, on en parle davantage non pas parce que les fusillades sont plus nombreuses, mais parce qu'il y a plus de risques que des personnes qui n'ont aucun lien avec ces bandes soient touchées.
"Quand; à Anvers, une grenade est lancée sur une façade, c'est pour envoyer un signal à une organisation ennemie. À Bruxelles, ce sont des guerres de territoire parce qu'on se dispute les lieux de vente entre bandes".
On parle beaucoup de cocaïne, mais en juillet, les douanes ont saisi 545 kg de Crystal Meth (drogue de synthèse) venant des États-Unis. Y a-t-il un risque de voir le marché de la drogue encore grossir en Belgique à cause de nouveaux produits ?
La Belgique est (avec les Pays-Bas), à la fois, un pays où transite la drogue comme la cocaïne – en entrant principalement par le port d'Anvers – et un pays fabriquant des drogues de synthèse. Si les organisations criminelles voient qu'il y a de l'argent à gagner avec autre chose que la cocaïne, ils vont forcément l'introduire dans le marché. Par ailleurs, la cocaïne est une drogue, entre guillemets, naturelle – même s'il n'y a rien de naturel dedans. Elle est donc victime des changements climatiques. Les drogues de synthèse constituent dès lors une belle alternative. En plus, la chaîne logistique est déjà présente en Belgique. Les réseaux sont en place, il ne faut pas de nouveaux investissements pour développer ce marché. Il suffit de changer de produit et c'est d'autant plus facile que les coûts de fabrication sont limités. Mettre en place un labo, ça va vite. Et ne pensez pas que ce sont de grands chimistes qui y travaillent. Non, ce sont des personnes vulnérables qui sont enrôlées dans ces labos. Donc oui, le risque existe et nous sommes vigilants.
