En quête d'économies, la RTBF va facturer les "émissions concédées" aux associations de la société civile
Un nouveau dispositif doit entrer en vigueur le 1er janvier 2026. Motif invoqué par la RTBF ? Les économies imposées par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Plusieurs associations redoutent de lourdes conséquences.

- Publié le 30-09-2025 à 06h39
- Mis à jour le 30-09-2025 à 09h16

"Il était une foi", "Libres, ensemble", "Présence protestante", "Orthodoxie", "Shema Israël"… Ce sont là quelques-uns des titres d'émissions faisant partie des célèbres "émissions concédées" diffusées, chaque semaine, sur les ondes et les antennes de la RTBF.
Si plusieurs de ces émissions sont produites par la chaîne publique, leur contenu ne relève pas de sa responsabilité. Elles sont conçues par quinze associations (religieuses, philosophiques, sociales et politiques) représentatives reconnues par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Depuis plusieurs décennies, la RTBF leur garantit, dans le cadre de sa mission de service public, un espace d'expression.
La faute aux économies
Historiquement, la RTBF a toujours mis du personnel technique et des studios d'enregistrement à la disposition des associations concernées. Et cela, gratuitement. Certaines associations de culte et de la laïcité bénéficient même d'une allocation pouvant atteindre jusqu'à 36 000 euros par an.
Il ne sera plus possible, à partir du 1er janvier 2026, de maintenir la mise à disposition gratuite de nos moyens de production, ni de poursuivre le système d'allocations financières dont certaines associations bénéficiaient jusqu'ici."
Contrainte par son pouvoir de tutelle de faire d'importantes économies (133 millions d'euros en quatre ans), la RTBF a décidé, entre autres mesures, de revoir les modalités de production des émissions concédées. Fin juin, le patron de la RTBF, Jean-Paul Philippot, a fait savoir aux associations concernées qu'à partir du 1er janvier 2026, il ne sera plus possible "de maintenir la mise à disposition gratuite de nos moyens de production, ni de poursuivre le système d'allocations financières dont certaines associations bénéficiaient jusqu'ici".
Les associations vont devoir faire un choix : soit produire elles-mêmes les émissions, soit recourir aux services de production de la RTBF moyennant paiement.
Du côté de plusieurs associations (CathoBel, Centre d'Action Laïque, Consistoire Central Israélite de Belgique, Église Orthodoxe, Association Protestante, CSC, FGTB, CGSLB, Classes moyennes), le courrier de Jean-Paul Philippot a eu l'effet d'une douche froide. "[…] Ces décisions pourraient avoir, pour nos organisations, de très lourdes conséquences", écrivent-elles dans un courrier commun adressé le 22 août à M. Philippot.
Une menace pour le pluralisme
Voyant dans la nouvelle politique de la RTBF une menace pour le pluralisme de ses émissions et le vivre-ensemble, les associations signataires redoutent que certaines d'entre elles soient amenées à stopper la production de leurs émissions. "Cela nous semblerait en totale inadéquation avec la mission de service public qui est la vôtre". Et les associations de s'interroger : "Devons-nous voir, derrière cette décision, une volonté d'affaiblir, voire de faire disparaître, à terme, les émissions dites "concédées" ?".
Lors d'une réunion organisée la semaine dernière à la RTBF, les représentants des associations nous disent avoir été "sidérés" (sic) par l'attitude des responsables de la chaîne publique.
"Cela signifie qu'une émission sur deux va passer à la trappe avec, forcément, un gros impact sur les audiences que nous touchons avec nos émissions."
Lors de cette réunion, ils ont appris que la RTBF avait décidé de supprimer le format d'émission de 10 minutes pour ne garder que celui de 28 minutes. "Cela signifie qu'une émission sur deux va passer à la trappe avec, forcément, un gros impact sur les audiences que nous touchons avec nos émissions", pointe Vincent Delcorps, directeur de la rédaction de CathoBel. Par ailleurs, la RTBF a fait savoir qu'elle ne serait plus en mesure de garantir les horaires et les chaînes de diffusion des émissions concédées.
De quoi perturber les habitudes de milliers d'auditeurs et téléspectateurs fidèles à ces émissions (hors messes dominicales). Sans réaliser de grosses audiences, ces émissions touchent, selon les jours et horaires de diffusion, entre 5 000 et 25 000 personnes, ce qui est loin d'être négligeables pour les associations concernées. Plusieurs représentants des associations présents à la réunion du 23 septembre vont jusqu'à parler de "rupture majeure et brutale" de la collaboration nouée, depuis de très nombreuses années, avec les équipes de la RTBF.
Demande de moratoire
Du côté de la RTBF, on ne nie pas que les émissions concédées constituent une richesse, "en ce qu'elles ont permis de faire vivre sur nos antennes une diversité de convictions, de sensibilités philosophiques, sociales et culturelles, et de contribuer ainsi à nourrir le débat démocratique". Mais la réalité budgétaire est ce qu'elle est, s'empresse-t-on d'ajouter.
"On atteint un coût d'un demi-million d'euros par an pour un volume horaire total de 54 heures."
Il est vrai que la prise en charge de la production des émissions concédées n'est pas négligeable. "En télé, le coût de production est de 350 000 euros par an. Il est de 50 000 euros en radio, indique Axelle Pollet, porte-parole de la RTBF. Il faut y ajouter un montant de 90 000 euros dont bénéficient cinq associations (cultes et laïcité, NdlR). On atteint donc un coût d'un demi-million par an pour un volume horaire total de 54 heures".
Tout en se disant conscientes des défis budgétaires auxquels la RTBF est confrontée, les associations lui demandent de prévoir un moratoire de six mois afin que des pistes alternatives soient examinées. Une demande que la RTBF, à ce stade, n'entend pas satisfaire.
