À Bruxelles, le MR opère un switch stratégique en tant que parti d'opposition : "Bruxelles sera l'enjeu central de la guerre culturelle de Bouchez"
Le MR bruxellois, malgré sa victoire électorale, se résout à adopter une stratégie de parti d'opposition.

- Publié le 08-01-2026 à 06h27
- Mis à jour le 08-01-2026 à 08h45

Il y a près d'un mois, la prise en main par Yvan Vergougstraete d'une initiative visant à former un gouvernement bruxellois de centre-gauche avait été accueillie avec dédain par le MR, exclu de ces négociations. "Ils ne vont jamais y arriver…", avait commenté Georges-Louis Bouchez dans La Libre.
Au MR, beaucoup s'attendaient à voir le président des Engagés revenir la queue entre les jambes, une fois l'échec de sa tentative consommé. Mais les jours ont passé. Et l'envie d'avancer de plusieurs partis – soudés par la volonté de montrer qu'ils peuvent y arriver sans Georges-Louis Bouchez – est de plus en plus manifeste. D'autant qu'Yvan Verougstraete a concocté un tableau budgétaire sérieux, proposant un quasi-retour à l'équilibre budgétaire en 2029.
Certes, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Le président des Engagés doit conclure ses réunions bilatérales ce vendredi. Ensuite, seulement, la négociation devrait débuter, sur base d'une note adaptée.
Au sommet du MR, toutefois, un switch mental et stratégique s'est déjà opéré. Le parti libéral se place désormais dans une perspective claire et durable de parti d'opposition. Cette stratégie a été expliquée ce lundi par Georges-Louis Bouchez au groupe MR du Parlement bruxellois, lors d'une réunion. Pour les libéraux, il ne s'agit plus de tenter de faire échouer la mise en place de la coalition de centre-gauche, mais de réfléchir à plus long terme.
"Bouchez en chef de l'opposition"
"Nous sommes face à un paradoxe. Le MR est le premier parti à Bruxelles, mais nous allons nous comporter comme en 2019, quand nous avions perdu les élections. Car aujourd'hui, malgré notre victoire, nous sommes mis dans un coin", analyse une source au sein du MR. "Nous allons donc adopter une posture d'opposition et taper sur ce gouvernement de centre-gauche pendant trois ans et demi, depuis le Parlement bruxellois, sans retenir nos coups. GLB (NdlR : Georges-Louis Bouchez) sera le chef de l'opposition dans la capitale. Il en fait un enjeu central de sa nouvelle guerre culturelle. Et il ne lâchera pas ce rôle pendant trois ans. Bruxelles sera le dernier bastion à conquérir pour lui."
Stratégiquement, le Montois voit un avantage dans cette posture : il pourra cristalliser toutes ses critiques sur Bruxelles, et monter en épingle les différences entre les niveaux de pouvoir où le MR est présent, et celui où il ne le sera pas. Le rôle est taillé sur mesure pour le président du MR, qui n'aura donc pas à brouiller sa ligne politique en s'alliant avec le PS dans la capitale. Il sera soutenu dans cette tâche par le futur président du MR bruxellois, qui doit encore être élu, en remplacement de David Leisterh (David Weystman et Valentine Delwart sont cités).
"Une coalition anti-Bouchez"
Le ton a déjà été donné par le Montois, lors des vœux du MR à La Louvière. "À Bruxelles, ils veulent faire une coalition anti-Bouchez. C'est la coalition Good Move, de la faillite, de la malpropreté, de l'insécurité", a commenté le président du MR. "Bruxelles a plus que jamais besoin de nous, et tant qu'ils discutent, on va continuer à travailler. Nous allons déposer au Parlement bruxellois toutes les propositions élaborées par David Leisterh et votre serviteur. Je n'accepte pas que des gens qui ne respectent pas le résultat électoral salissent notre travail."
Une douzaine de textes pourraient ainsi être déposés au Parlement bruxellois ces prochaines semaines. "Nous avons toujours été soucieux de ne pas perturber les négociations en déposant des textes qui faisaient l'objet de discussions. Maintenant que nous sommes hors des négociations – ce qui est un déni de démocratie – nous reprenons le travail, pour être une force de proposition", souligne Clémentine Barzin, cheffe de groupe MR au Parlement bruxellois. "Nous avons par exemple déposé des textes visant à assouplir les amendes sur la LEZ (zone de basse émission). Nous verrons quelle sera l'attitude du PS à ce sujet. La même question se posera avec Ecolo et Groen, sur notre texte visant à la préservation des espaces verts", ajoute Clémentine Barzin.
La stratégie du MR est claire : affirmer la ligne du MR et mettre ses adversaires en porte-à-faux, comme il l'a fait en matraquant la proposition de taxe de décongestion mise sur la table par Yvan Verougstraete. Encore faudra-t-il parvenir à l'appliquer durablement.
Car des tensions pourraient se manifester si le formateur bruxellois, Yvan Verougstraete, parvient à proposer la mise en place d'un gouvernement au vote du Parlement bruxellois. Le groupe MR, si c'est le cas, ne votera pas forcément d'une seule voix. "Si un budget qui tient la route est proposé au vote du Parlement bruxellois, je n'exclus pas de le soutenir", a assuré Olivier Willocx (MR), député bruxellois, à La Libre ce mardi.
"Aujourd'hui, les faits montrent qu'il n'y a qu'un seul parti de centre-droit à Bruxelles. C'est le MR. Les Engagés à Bruxelles, c'est presque du centre gauche. La seule manière de gouverner la Région, c'est d'obtenir un score hégémonique en 2029".
Cette séquence pourrait avoir des conséquences durables pour un MR bruxellois dont certains, comme Michel De Maegd, ont estimé qu'il devait se recentrer tandis que d'autres, comme son président, assument une ligne de droite décomplexée.
"Même en gagnant les élections, le MR doit comprendre qu'il ne peut compter sur personne à Bruxelles", conclut une source libérale bruxelloise. "Aujourd'hui, les faits montrent qu'il n'y a qu'un seul parti de centre-droit, et de droite, à Bruxelles. C'est le MR. Les Engagés à Bruxelles, c'est presque du centre gauche. La seule manière de gouverner la Région, c'est d'obtenir un score hégémonique en 2029."
