La lumière des étoiles, la profondeur des photographies
Au Musée de la Photographie à Charleroi, deux expositions nous rappellent que les images s'inscrivent toujours sur un fond d'histoire.
- Publié le 23-10-2026 à 15h51

Au Musée de la Photographie à Charleroi, l'histoire n'est jamais loin. Et pour cause, les ailes de l'ancien couvent abritent un parcours historique impressionnant qui permet à tout visiteur d'appréhender en une visite deux siècles de création photographique. Autrement dit de prendre conscience de l'ampleur d'une culture visuelle spécifique, avec ses références incontournables, qui s'inscrit involontairement (ou pas) en fonds de toute création.
Dialogue
C'est précisément ce que vient rappeler Regards croisés, la collaboration entre l'Institut pour la photographie de Lille et le Musée de Charleroi dans le cadre du Bicentenaire de la Photographie. L'idée en est simple : créer durant l'année à venir un dialogue visuel entre des œuvres des deux institutions au sein du parcours permanent du Musée de la Photographie.

C'est ainsi que les dix focus, proposés depuis ce mois de septembre à différents endroits des salles dédiées à l'histoire de la photographie, permettent de relire des images des collections du Musée à la lumière d'œuvres issues des fonds conservés à l'Institut. En l'occurrence ceux de Bettina Rheims (1987-2009), Jean-Louis Schoellkopf (1980-2015) et Agnès Varda (1928-2019). Ces confrontations d'images qui seront régulièrement renouvelées explorent autant les affinités thématiques que formelles ou techniques. Par exemple, une planche-contact de danseurs à Cuba d'Agnès Varda datant de 1963 répond aux chronophotographies d'Albert Londe des années 1880 ou aux motifs végétaux de Jacques Meuris des années 1950.
De même, les tirages de Bettina Rheims s'invitent dans les salles dédiées au surréalisme, au portrait et à la musique, tandis que la démarche documentaire de Jean-Louis Schoellkopf fait écho aux œuvres d'August Sander (1876-1964) et du Belge Yves Auquier (1934-2023).
Références
Sans le revendiquer, Regards croisés est éminemment pédagogique. À l'heure où la suspicion de plagiat ou d'utilisation immodérée de l'IA sont à la une, cette initiative vient rappeler que toute création s'inscrit dans une histoire tissée d'influences conscientes ou non. Elle vient aussi nous rappeler que toute lecture s'enrichit des connaissances et des références du lecteur et plus généralement de la confrontation à l'histoire. Sans que cela soit indispensable cependant.
Ainsi, à quelques pas des collections permanentes, peut-on visiter en ce moment Éternité primordiale, la très belle exposition de Juliette Agnel, pour le seul plaisir de découvrir des œuvres qui nous placent face aux forces de la nature et plus généralement de l'univers. Mais on pourra aussi faire des liens, créer des ponts, se souvenir.

Se souvenir, ou pas
Se souvenir devant les photographies de Taharqa et la nuit, révélant la voûte étoilée au-dessus des vestiges de nécropoles soudanaises, de la difficulté technique à rendre deux espaces d'intensités lumineuses différentes. Difficulté surmontée par l'artiste en "collant" deux différentes images (du sol et du ciel) tout comme le fit Gustave Le Gray pour ses célèbres marines dans les années 1850. Se souvenir, en parcourant la série La main de l'enfant, réalisée au cœur des grottes préhistoriques d'Arcy-sur-Cure, des tâtonnements de Félix Nadar à la même époque pour rendre visibles les catacombes de Paris.
Idem pour les quelques belles pages de l'herbier Dahomey Spirit qui peuvent nous rappeler les cyanotypes de la Britannique Anna Atkins (1799-1881). Idem pour les splendides images de la Géode de Pulpi aussi abstraites à première vue que les roches photographiées par l'Américain Aaron Siskind (1903-1991) dans les années 1960-1970.
Se souvenir pour le plaisir d'expérimenter la profondeur des images. Se souvenir, ou pas.
Éternité primordiale
de Juliette Agnel
Regards croisés
avec l'Institut pour la photographie de Lille
Quoi Photographie Où Musée de la Photographie, 11, avenue Paul Pastur, 6032 Charleroi. Quand Jusqu'au 24 janvier 2027, du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Rens. : www.museephoto.be