"Un cube, c'est beau?"
- Publié le 15-04-2005 à 00h00
Michel Draguet, 41 ans, historien de l'art, a réalisé sa thèse de doctorat sur "Les origines de l'art abstrait en Russie", sujet qu'il continue à suivre dans le cadre de la prochaine exposition Europalia au Palais des Beaux-Arts sur "L'avant-garde russe". Sa thèse d'agrégation était consacrée à une des premières monographies sur Khnopff. Il a travaillé sur l'art de 1890 à 1960, en mettant en lumière des personnalités comme Marc Mendelson et Serge Vandercam qui l'a entraîné vers le groupe Cobra. Et c'est par Khnopff qu'il est arrivé à Magritte.
Professeur ordinaire à l'ULB, il est nommé au musée pour un mandat de six ans. Il souhaite conserver deux cours (étude approfondie du XIXe siècle et le cours de pratique contemporaine de l'exposition), " car il faut rester au contact de la réalité. Une des critiques qu'on peut faire à l'égard des grosses institutions est de se trouver à l'écart du monde et de considérer qu'on est mieux que tout le monde. Le contact avec les étudiants évite ce danger. Mes autres cours sont mis en suppléance, je les récupérerai si mon mandat n'était pas renouvelé".
Michel Draguet dirige aussi le projet de la maison Bernheim avec l'ULB. On y retrouve la collection Neyrinckx, les archives et la bibliothèque Cobra et le centre de recherches Magritte. Il veut conserver un pied dans cette institution, ne fût-ce que pour créer des synergies avec les Beaux-Arts (lire ci-dessus).
Pour lui, le musée idéal serait la fondation Maeght à St-Paul de Vence pour son dialogue avec l'environnement et le peintre qu'il apprécie le plus (après quelques moments d'hésitation), Rothko, pour la sérénité des toiles mais aussi l'implication dramatique de l'auteur dans son art. Michel Draguet reconnaît ne pas être un spécialiste de l'art actuel. " Mais un spectateur curieux de comprendre. Je suis parfois déprimé devant des oeuvres qui portent la misère du monde. L'art est parfois devenu un document, ce qui explique l'importance de la photo aujourd'hui. Il faut être un génie comme l'était le critique américain Alan Greenberg, le découvreur de Pollock, pour pouvoir sortir de son époque et en avoir une vraie vision. Souvent la perspective nous manque."
Sa définition de l'art est celle de l'anthropologue Marcel Mauss: " ce qu'un groupe social donné, à un moment donné, en un lieu donné, considère comme tel". "Il n'y a plus un art en soi", ajoute-t-il. "Il n'y a plus une avant-garde comme quand Breton donnait le la. Aujourd'hui, tout est avant-garde et l'art se mêle d'un regard anthropologique et sociologique". Mais ce débat sur l'art actuel est vieux: "les gens hurlaient devant Seurat". "J'avais un prof de latin à Catteau qui nous avait imposé une dissertation sur le sujet: "Un cube, c'est beau?" Cela m'a frappé et cette question m'a aidé à comprendre."
© La Libre Belgique 2005
