Draguet, nouveau boss des Beaux-Arts

Eliane De Wilde a pris sa pension il y a 2 ans déjà. Depuis lors, on attendait la nomination d'un nouveau directeur à la tête d'un des plus riches musées d'Europe. Depuis mardi, c'est chose faite. Michel Draguet, 41 ans, professeur à l'ULB entame un mandat de 6 ans le 2 mai prochain. Nous l'avons rencontré pour une première interview portrait. Extraits.

GUY DUPLAT
Draguet, nouveau boss des Beaux-Arts
©Johanna de Tessieres

RENCONTRE

Eliane De Wilde a pris sa pension il y a 2 ans déjà. Depuis lors, on attendait la nomination d'un nouveau directeur à la tête d'un des plus riches musées d'Europe. Depuis mardi, c'est chose faite. Michel Draguet, 41 ans, professeur à l'ULB entame un mandat de 6 ans le 2 mai prochain. Nous l'avons rencontré pour une première interview portrait. Extraits.

Quelle est votre vision du musée?

Il faut montrer qu'il appartient au public. Il ne doit pas être un lieu d'exclusion. Lorsqu'on parle de lutter contre l'exclusion, on cherche souvent à homogénéiser vers le bas. Or les politiques devraient avoir conscience que le musée, dans un sain élitisme, peut tirer les gens vers le haut. Je suis issu d'un milieu modeste et le musée a été pour moi, une perspective, un point de fuite, un lieu où on peut se découvrir. Mais il faut alors qu'il soit convivial. Le service éducatif, essentiel, explique que l'art est une porte avec un trou et un ailleurs de l'autre côté. Les gens ne doivent pas avoir peur de la culture, le musée peut leur dire: prenez, pillez, ces richesses sont pour vous.

Le musée dites-vous doit aussi être fédérateur.

Nous sommes une institution fédérale. Loin d'y voir un obstacle, c'est une opportunité pour être fédérateur. Un exemple, je m'occupe déjà beaucoup de Magritte: une expo en vue à Paris au musée Maillol de ses gouaches et dessins, une autre à Los Angeles sur Magritte aux Etats-Unis, la direction du centre de recherches Magritte. Je pense dès lors à une collaboration entre le musée, les universités, les archives Silvester à Houston, les Communautés, les Régions, pour inscrire Magritte dans le paysage fédéral pour des raisons scientifiques, culturelles et même touristiques.

L'extension possible du musée à la rue Montagne de la Cour pourrait-elle devenir un musée Magritte?

Il faut tout étudier. Mais étendons le propos. Je vois que le musée d'Ostende comme celui de la vie wallonne à Liège et d'autres ont de belles collections. Evitons les guerres entre institutions et cherchons à collaborer. Les Beaux-Arts peuvent aider au rayonnement de nos artistes et musées. Une presse flamande m'a présenté comme «bouffeur de Flamands», c'est faux. Il y a 15 ans, un mandataire wallon me traitait de Flamand car j'étais Bruxellois! Les musées bruxellois sont souvent mal vus en Flandre car «trop francophones» et en Wallonie car «aux mains de riches bourgeois».

Cette peur de l'autre est regrettable. Je voudrais au contraire montrer la richesse de nos différences, faire du musée un lieu de dialogue. Bruxelles est au coeur de l'Europe, à la pointe de l'Europe, nous devons utiliser ce brassage, y compris avec des communautés venant d'autres horizons.

Des ambitions internationales?

Nous devons être des partenaires internationaux et prêter nos oeuvres sauf pour des raisons de conservation évidentes. Le XIXe siècle en Belgique a été d'une grande richesse, comme le surréalisme et l'art des années 50, il faut mieux les faire connaître à l'étranger, ce qui créera une dynamique pour nos artistes actuels. S'il y a des missions économiques à l'étranger, ce serait bien d'avoir aussi des missions culturelles et scientifiques fédérales.

Vos futurs liens avec les autres musées?

Notre musée offre une mémoire, c'est capital. Pour le reste, discutons. Ce serait naturel d'ouvrir le musée des Beaux-Arts (un terme du XIXe siècle), à la photo et aux arts décoratifs sans pour cela agresser le Cinquantenaire. Je serais heureux que celui-ci reçoive la collection Dora Janssen d'art précolombien comme vous l'annonciez.

Si nous nous fédérons sans hégémonie, nous serons plus forts. Depuis le Guggenheim à Bilbao, on confond l'architecture d'un musée et son contenu. Or, ce qui compte, c'est ce qu'on montre et nous avons tous des richesses exceptionnelles.

N'empêche que le musée des Beaux-Arts a de graves problèmes de bâtiment.

Comme dans beaucoup de bâtiments, il y a de l'amiante à enlever et un manque d'espace. Une des premières missions est de restaurer l'outil. Mais pour éviter de fermer à tour de rôle des salles entières, il faudra repenser l'accrochage, le resserrer pour laisser de la place à des expos temporaires qui ne sont pas que des outils de marketing destinés à faire entrer de l'argent. Elles introduisent une dynamique dans le musée, amenant les visiteurs à passer par nos collections et stimulant l'activité scientifique.

Votre politique d'expos?

Je pense à des expositions centrées sur Bruxelles, sur son identité et ses liens avec la Wallonie et avec la Flandre. Une autre sur un sujet européen comme l'orientalisme si important au XIXe, et qui parlerait de l'Afrique du Nord en résonance avec la communauté maghrebine de Bruxelles. On peut faire redécouvrir des peintres comme Alfred Stevens, Léon Frédéric, Jacob Smits. Mon fantasme est qu'il y ait toujours quelque chose au musée.

Une prochaine expo Panamarenko au musée et Van Rijsselberghe au Palais des Beaux-Arts: curieux, non?

Panamarenko appartient à notre patrimoine. Mais il est vrai qu'il faut passer d'une situation de concurrence entre les institutions qui ne mènera à rien, à un vrai dialogue basé sur des objectifs clairs. Ce que je ferai aussi avec le futur centre Wielemans d'art contemporain.

© La Libre Belgique 2005