Saga du palais Stoclet : l'Arrêt !

Le Conseil d'Etat vient de rejeter par un Arrêt du 2 février 2011, le recours en annulation que les héritières ont introduit contre l'arrêté du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale qui avait décrété le classement des meubles et objets garnissant l'intérieur du palais Stoclet à Bruxelles.

Guy Duplat
Saga du palais Stoclet : l'Arrêt !

Le Conseil d'Etat vient de rejeter par un Arrêt du 2 février 2011, le recours en annulation que les héritières, Catherine, Dominique et Nele Stoclet, ont introduit contre l'arrêté du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale en 2005 qui avait décrété le classement des meubles et objets Wiener Werkstätte garnissant l'intérieur du palais Stoclet à Bruxelles.

Rappelons qu'il s'agissait pour la Région, d'empêcher après la mort de la baronne Stoclet, que le mobilier et le petit mobilier (argenterie) ne soient vendus alors que le palais est une œuvre totale, où les éléments immobiliers et mobiliers ont été conçus ensemble. Il existait un flou juridique sur la capacité juridique de la Région bruxelloise à classer du mobilier. C'est pourquoi l'argumentation de la Région a été qu'il s'agit "de biens immobiliers par destination".

L'enjeu était d'abord culturel, le palais ayant été depuis lors et dans son ensemble classé parmi le patrimoine mondial de l'Unesco. Mais l'enjeu était aussi financier, car une revente par "morceaux" aurait été bien plus rentable pour les héritières qu'une revente du palais dans son ensemble avec son mobilier.

Cet Arrêt est une première juridique et indique que la Région compétente pour les Monuments et Sites, pouvait classer du mobilier dont la valeur est intimement liée au bâtiment qui l'abrite. Tout n'est cependant pas réglé. Il y a d'abord, la possibilité entrouverte par cet Arrêt de demander à un juge une éventuelle compensation financière pour ce classement. Mais surtout, il y a l'avenir. Que va-t-on faire maintenant de ce palais toujours fermé aux visiteurs et chercheurs, même s'il ne sera jamais question de l'ouvrir un jour au grand public, car il est bien trop fragile pour supporter des visites de masse.

A court terme, cela pourrait débloquer la question de la participation du palais Stoclet à l'exposition projetée par le musée du Belvédère à Vienne et le musée des Beaux-Arts de Bruxelles pour le centenaire du palais. En 1911, en effet, Josef Hoffmann et son armada d'artistes et d'artisans ont achevé, le palais Stoclet, qualifié depuis de "plus belle maison du monde". Ils travaillaient à ce chef-d'œuvre depuis 1905. Michel Draguet et le musée des Beaux-Arts ont programmé, sous le commissariat du professeur viennois Alfred Weidinger, auteur du catalogue raisonné de Klimt et avec le musée du Belvédère à Vienne, une expo sur "Hoffmann, Klimt et le palais Stoclet" (l'architecte du palais Stoclet et l'auteur des frises de la salle à manger). Elle se tiendra cet automne à Vienne, et, ensuite, de mars à juillet 2012 à Bruxelles. Mais la famille qui avait, après moult hésitations, accepté de prêter des objets, ce qui aurait donné bien plus de valeur à l'expo, ne semblait plus aussi décidée à le faire. Cet Arrêt pourrait débloquer les choses.

Nous avons demandé à Aude Stoclet, sœur des trois requérantes, quelles étaient ses premières réactions.

Comment avez-vous réagi ?

Ayant été avec mon fils, Laurent Flagey, à l'origine de la mesure de classement attaquée, j'éprouve une grande joie et un réel soulagement à l'idée que le chef-d'œuvre de Josef Hoffmann et des artistes de la Wiener Werkstätte, érigé par mon grand-père Adolphe Stoclet, soit enfin reconnu comme un tout indissociable, non seulement d'un point de vue artistique, comme une œuvre d'art totale, mais également, aujourd'hui, sur le plan légal et juridique. La protection du palais et de son ameublement se trouvent ainsi définitivement assurés. Ce qui pour moi est une excellente chose. La question d'une éventuelle compensation pécuniaire reste cependant ouverte si je comprends bien l'Arrêt du Conseil d'Etat, mais ceci est une autre histoire.

Cela signifie-t-il que les meubles et objets conçus pour le palais ne pourront plus en sortir ?

Je ne le pense pas. Le musée du Belvédère à Vienne, projette, par exemple, d'organiser en collaboration avec les musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, une exposition consacrée au centenaire de la construction du palais Stoclet (NdlR : lire notre dossier dans "La Libre" du 7 janvier dernier). Le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, par la voix de son président Charles Picqué, a déjà autorisé, moyennant les précautions d'usage, la sortie temporaire des pièces demandées. J'espère que si différentes questions techniques peuvent être résolues, notre famille pourra collaborer à ce beau projet.

On dit qu'il y a des divergences de vues au sein de votre famille ?

Chacune de mes sœurs est, à sa manière, attachée au palais Stoclet, mais nous ne partageons pas toujours, et je le respecte, les mêmes idées sur la manière de garantir son avenir et d'assurer sa protection et le rayonnement du patrimoine dont nous sommes dépositaires. J'ai cependant espoir que nous parviendrons à nous entendre sur une politique commune.

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