"La mort de ma sœur de cœur a changé ma façon d'appréhender la vie et le travail"
Après le musée van Buuren, Isabelle Anspach préside les Midis du Cinéma.
- Publié le 17-01-2026 à 21h08
- Mis à jour le 23-01-2026 à 21h15

Quand nous lui avons proposé d'être actrice de notre dossier hebdomadaire, Isabelle Anspach a dû un peu se creuser la tête. Quel événement ou moment avait bien pu changer la vie de l'ancienne conservatrice du Musée van Buuren, à Uccle ? "Ma découverte de l'art, je l'ai due à ma grand-mère, elle-même sculptrice, qui m'emmenait voir toutes les expositions à Paris. On prenait le TEE ; c'était toute une expédition. J'étais adolescente. Ma vie allait s'en voir changée, en ce sens que l'art, c'est une porte ouverte qui ne se referme plus jusqu'à votre ultime souffle, qui vous procure beaucoup d'émotions. Je peux rester devant un tableau un long moment et sentir les larmes me monter aux yeux."
"Roberts-Jones m'a donné confiance"
La jeune Isabelle suivra naturellement des études d'histoire de l'art à l'ULB, où plusieurs de ses professeurs vont la marquer durablement. C'était le cas de Philippe Roberts-Jones, "un homme qui m'impressionnait beaucoup, du fait notamment qu'il était à l'Académie des arts et des lettres. Plus tard, il deviendra administrateur du musée van Buuren et j'ai pu me rendre compte à quel point c'était un homme charmant et précieux. Il m'a apporté la confiance quand j'ai décidé de réaliser un livre sur ce musée. Au départ, je ne me sentais pas légitime pour l'écrire, ayant un tel personnage dans mon conseil d'administration. Philippe m'a encouragée, estimant qu'en ma qualité de conservatrice, j'étais légitime pour écrire ce livre toute seule".
Cette licence d'histoire de l'art, Isabelle l'a suivie avant tout pour pouvoir transmettre sa passion aux enfants au sein d'un atelier qu'elle aura organisé chez elle pendant quinze ans. "Je voulais transmettre ma passion et rien n'est plus beau, désormais, de croiser des quadras qui me lancent un : 'Ah ! tes ateliers, Bébelle, c'était tellement gai ; grâce à toi, je vais au musée, j'ai un boulot dans l'art…'"
Elle deviendra conservatrice du musée van Buuren en 2004 et restera à ce poste une vingtaine d'années.
"Un électrochoc"
Dans ce parcours professionnel très linéaire, un événement touche profondément Isabelle Anspach. "Catherine, ma meilleure amie, ma sœur de cœur, est partie en 2010, emportée par une leucémie agressive. Tous les jours, je l'ai accompagnée jusqu'à la mort. Elle n'avait que 47 ans. Cela a provoqué en moi un électrochoc. Dès ce jour, j'ai appréhendé la vie d'une tout autre manière. Je profite de chaque instant, et ne m'encombre plus des situations douloureuses ou des personnes toxiques. J'ai aussi du mal à entendre des gens qui se plaignent pour un oui ou pour un non. J'ai la chance d'avoir vu mes enfants grandir, de profiter de mon petit-fils, Gaston, de continuer de voir les enfants de Catherine. J'ai ce luxe de voir le temps qui passe, cette chance aussi de me regarder dans la glace, d'avoir vu apparaître mes cheveux gris, mes rides. Je les assume pleinement en me disant que mon amie n'a pas eu cette chance. Son décès, je pense, m'a plus marquée que celui de mes parents, avec lesquels pourtant j'avais des rapports très fusionnels. Mourir à 47 ans, ce n'est pas dans l'ordre des choses."
"Mourir à 47 ans,ce n'est pas dans l'ordre des choses."
Cette façon de voir les choses a aidé Isabelle Anspach à tourner la page du musée van Buuren. "La mort de Catherine m'a permis de devenir très résiliente et de dire, OK, cela se passe comme ça, mais j'avance, je ne vais pas me lamenter pendant dix ans."
Et avancer, c'était rester connectée à l'art. "J'ai eu l'opportunité de rentrer dans une petite structure bénévole, Les Midis du Cinéma, lancée il y a une quarantaine d'années par Christine Boël. Un jeudi sur deux, je présente à l'auditorium des Musées royaux des Beaux-Arts un film sur l'art. Christine, que j'appréciais énormément, est décédée subitement le 14 juillet dernier, et j'ai repris la présidence de cette ASBL ; on continue l'aventure. J'ai un besoin vital de culture. C'est mon moteur."
Une présentation sur scène précède la projection du film. "Jeudi dernier, Goya était à l'honneur, et dans quinze jours, ce sera un film sur l'art roman. Je suis dans un rôle que j'adore, celui de passeur d'émotion."

