La nécessité et la joie de peindre de Carole Vanderlinden
Le Smak fête les 40 ans du mythique "Chambres d'amis" et présente l'œuvre de Carole Vanderlinden.

- Publié le 30-05-2026 à 09h10
- Mis à jour le 02-06-2026 à 09h42

Très belle exposition au Smak à Gand, la première en solo dans un musée, de l'artiste belge Carole Vanderlinden. Née à Bruxelles en 1973, l'artiste francophone échappe à toute catégorisation, sauf à dire et répéter qu'elle est peintre depuis toujours. Sans cesse dans son atelier, elle peint, dessine, fait de petits collages. Elle remplit aussi des cahiers de notes prises lors de ses lectures et visites. Longtemps, elle a arpenté le musée du Cinquantenaire, admirant l'art égyptien ou alors elle retournait voir l'Italie du Quattrocento.
Vanderlinden explique qu'arrêter de peindre serait pour elle comme un vide existentiel. Peindre est son occupation, sa joie. La peinture à l'huile, les gouaches, les couleurs sont sa vie. Elle a toujours peint, même quand la mode était à l'art conceptuel. Elle travaille sans plan, mêlant au gré du moment de l'abstrait ou du plus figuratif. Elle se laisse alors entraîner par les couleurs et les rythmes mêlés et nous entraîne pour notre bonheur. Elle donne a posteriori des noms à ses tableaux, regardant ce que celui-ci est devenu. Elle a intitulé son exposition Keep the Promise. Elle indique que "ma peinture n'a que faire de mes états d'âme. Elle se fait et s'assume uniquement dans l'action."

Pouvant passer d'une forme d'expressionnisme à des ressemblances avec Dada, elle échappe à toute filiation : "C'est souvent le plaisir d'expérimenter un nouveau support en utilisant des restes de peinture, des chutes, des fragments de travaux entamés mais non aboutis qui m'entraîne là où je ne pensais pas aller", dit-elle.
Un aplat rose qu'elle trouve réussi devient un toit avec en dessous un petit mur et une porte. Un bout de carton devient un profil. On peut retrouver des motifs : des yeux, des zigzags, des maisons, des formes de personnages très colorés… Une réunion de têtes autour de deux vases asiatiques devient Jame's Ghost, en souvenir d'Ensor. D'autres peintures sont nommées Délicat, Mensonges ou Côte d'or. Des formes prêtant à des connexions inattendues, qui laissent le visiteur libre du sens qu'il trouverait à sa peinture. Elle le dit : "La peinture est une activité solitaire. Elle me protège du monde environnant."

Pour cette exposition, le Smak publie une large monographie sous le titre de Bad Manners avec des textes, entre autres, de l'écrivain Jean-Philippe Toussaint et une conversation avec la contrebassiste Joëlle Léandre.
Carole Vanderlinden expose aussi jusqu'au 11 juillet, avenue Minerve à Bruxelles, un petit ensemble centré très librement sur la peinture ancienne égyptienne dans l'espace @minerve_brussels, l'appartement de Maud Salembier à La Magnanerie. Pour visiter, contacter @maud_salembier sur Instagram.
Les Chambres de Jan Hoet

Jusqu'au 10 janvier, le Smak a ouvert, en parallèle, une exposition sur Chambres d'amis qui, il y a juste 40 ans, révolutionnait l'art d'exposer des œuvres. Jan Hoet s'était alors fait connaître en créant, en 1986, un parcours dans Gand. Les visiteurs sillonnaient la ville et découvraient, dans les maisons et appartements privés, des œuvres de 51 artistes (Bruce Nauman, Mario Merz, Kounellis, etc.).
L'idée de sortir l'art contemporain des musées et de le disséminer dans la ville, près des lieux de vie des habitants, était alors révolutionnaire et fut un triomphe. Une idée cent fois copiée depuis lors. Le Smak a ensuite organisé deux autres expositions dans l'espace urbain, sur le même principe : Over The Edges en 2000 et Track en 2012.
Pour cet anniversaire, le Smak a réédité le catalogue historique de Chambres d'amis, devenu introuvable. L'exposition comprend un important volet documentaire, qui met en lumière l'importance historique de Chambres d'Amis. On y rappelle l'effervescence d'alors.
On retrouve à l'expo, comme pièce maîtresse, Le Décor et son Double de Daniel Buren. L'œuvre fut conçue en deux parties, l'une située dans l'habitation des grands collectionneurs Annick et Anton Herbert, l'autre se trouvant au Smak. Buren appliqua son célèbre "outil visuel" – des bandes blanches et fuchsia – dans leur chambre d'amis. Mais Buren refusa cependant de quitter totalement l'espace public muséal, comme l'aurait voulu Jan Hoet, et disposa à l'intérieur du Smak une reconstruction à l'identique de la chambre d'amis des Herbert.
Pour cet anniversaire, le Smak a invité trois artistes à créer une nouvelle œuvre, en prenant comme point de départ les œuvres de Chambres d'Amis : Heike Pallanca, Haim Steinbach (qu'on a vu récemment dans une grande expo au Macs) et Susanne Kriemann, qui conçoivent chacun une salle de musée, ou "chambre", à partir de leur propre pratique artistique.
"Bad Manners" de Carole Vanderlinden/40 ans de Chambres d'amis
Expositions Où ? Au Smak, à Gand. Rens. : Smak.be. Quand ? jusqu'au 11/10 et jusqu'au 10/1/2027.