L'Art minimal retrouve aujourd'hui, sa nécessité
17 artistes femmes d'Art minimal exposées à la Fondation CAB. Le presque rien donne le presque tout.

- Publié le 11-06-2020 à 07h48
- Mis à jour le 11-06-2020 à 07h50

17 artistes femmes d'Art minimal exposées à la Fondation CAB. Le presque rien donne le presque tout.
Dans ces temps d'incertitude, l'Art minimal retrouve une place indispensable. Car il revient à l'essentiel, à l'économie des formes et des couleurs, à la méditation.
On le vérifie en visitant la belle exposition d'Art minimal, Figures on a Ground, que propose la Fondation CAB à Ixelles. Elle expose 17 artistes femmes de plusieurs générations, toutes marquées par le Less is more de Mies Van der Rohe.
C'est un des mystères de l'art : comment la réduction au minimal, au presque rien, au « littéral », peut néanmoins dans certains cas nous toucher profondément et nous donner une grande joie, un sentiment de plénitude. On le voit aussi en musique ou en danse avec certains spectacles d'Anne Teresa De Keersmaeker, épurés jusqu'à l'essentiel, ce qui les rend paradoxalement plus riches d'émotion.
Si l'Art minimal est né aux Etats-Unis dans les années 60 comme une réaction au subjectivisme de la peinture gestuelle, avec Donald Judd, Dan Flavin, Robert Morris, Sol LeWitt ou Carl André, il a continué à fasciner jusqu'aujourd'hui.
Agnès Martin
Dans cette exposition à découvrir lentement, où le presque rien peut parfois ouvrir au presque tout, on retrouve une oeuvre magnifique d'Agnès Martin (1932-2004). D'apparence toute simple, une peinture carrée de bandes de nuances de bleu et de vert, très pâles, et de fines lignes horizontales tracées au crayon. "Mes peintures, disait-elle, n'ont ni objet, ni espace, ni temps, ni forme, ni interruption. Elles sont lumière et émergence."
Agnès Martin refusa toujours l'étiquette de « minimaliste », préférant parler d'elle comme d'une "expressionniste abstraite" car derrière sa démarche si retenue, on sent toujours comme le calme fragile avant la tempête qui menaçait sa sérénité.
En vis-à-vis, on trouve un tableau de Mary Corse (née en 1945), d'une même subtilité, presqu'un monochrome qui joue avec la lumière grâce aux microparticules de verre qu'elle a placées dans sa peinture. « Je pense que plus le temps passe, plus la physique découvre ce que les artistes ont déjà peint ou créé», disait-elle.
Gloria Graham (née en 1940), relie aussi son art à la physique du monde. Son grand tableau monochrome exposé au CAB, est comme une terre craquelée, où la peinture est mêlée à de la colle de peau de lapin.
Un tableau (monochrome blanc) d'Anne Truitt (1921-2004), témoigne de cette figure historique du minimalisme. Deux monochromes de Marthe Wéry (1930-2005) sont déposés contre le mur comme l'artiste le faisait dans les années 90. Sur tout le mur, court un grand dessin réalisé in situ par Claudia Comte (née en 1983), un « zigzag » noir s'estompant peu à peu, du noir vers le gris et le blanc.
Ariane Loze
Une belle stèle de cuivre mordoré, aux dimensions d'une femme, de Meg Webster (née en 1944), devient quasi religieuse en face des petits tableaux de Mary Obering (née en 1937) qui décline des formes géométriques aux couleurs or et rose des tableaux primitifs italiens.
La Fondation CAB a demandé à la vidéaste et performeuse Ariane Loze (née en 1988) un film tourné dans l'architecture du CAB, sur l'Art minimal. Ariane Loze y interprète tous les personnages et déambule dans les salles vides en reprenant les phrases des pionniers du minimalisme. Une vidéo qui est une réflexion sur la lumière, la forme, l'essence des choses. Sur ce que disait Dan Flavin, « L'oeuvre est ce qu'elle est, et rien d'autre. » Et en n'étant que ce qu'elle est, elle est ouverte à tout.
Fondation CAB, jusqu'au 12 décembre, 32-34 rue Borrens, 1050 Bruxelles, ouvert du mercredi au samedi de 14 à 18h.