Révolution iranienne, conflit d'Irlande, Tiananmen... Alain Keler, 50 ans de photojournalisme sur le terrain des grands événements de notre époque
- Publié le 10-09-2019 à 13h46
- Mis à jour le 10-09-2019 à 15h40

Après un demi-siècle à parcourir la planète, Alain Keler est mis à l'honneur au Festival Visa pour l'image.Après un demi-siècle à parcourir la planète, Alain Keler se demande aujourd'hui pourquoi il est devenu photojournaliste. Alors qu'il a couvert des événements majeurs comme le combat de Solidarnosc en Pologne, la révolution iranienne, le conflit d'Irlande du Nord, la révolte des étudiants de Tiananmen à Pékin, la famine en Éthiopie, les guerres au Liban, au Salvador ou en Tchétchénie, on se dit qu'il est grand temps qu'il le sache. Ce doute permanent du provincial né à Clermont-Ferrand en 1945 et monté à Paris où il a passé une bonne part de sa vie, détonne dans le métier. En discutant avec lui à Perpignan où Visa pour l'Image lui consacre une belle rétrospective sous l'intitulé Journal d'un photographe, il paraît évident que ce qui l'a motivé tout au long de ces années, c'est d'une part les voyages et d'autre part la photographie. Bien moins le photojournalisme - factuel - qui lui a permis de bien gagner sa vie, que la photographie telle qu'il l'a découverte tout jeune homme dans une monographie d'Henri Cartier-Bresson.
Jeune photoreporter à l'agence Sygma, il a eu très vite des états d'âme : "Je faisais sourire les collègues quand je leur disais que je voulais seulement gagner un peu d'argent pour repartir voyager. 'Pourquoi repartir alors qu'ici tu peux en même temps voyager et gagner de l'argent ?' me répondirent-ils. Alors je suis resté, j'ai voyagé et j'ai gagné de l'argent."
C'était confortable, mais trop loin de ses rêves : "Trop loin de mes envies de voyageur à la recherche de petits riens qui rendent heureux, ne serait-ce qu'une heure d'émerveillement devant une scène où peu se passe, où tout se passe. dit-il avant de préciser : Alors je suis parti."
Après avoir essayé plusieurs agences, il rejoint le collectif Myop en 2008, ce qui lui permet d'abandonner la course de l'actualité et de passer enfin du temps à peaufiner ses reportages. Notamment dans les pays de l'Est où il retrouve ses racines juives polonaises. "J'avais commencé ce voyage vers les pays de l'Est comme une recherche journalistique. Je l'ai terminé en recherche identitaire." La boucle était bouclée. C'est tout ce voyage que l'on retrouve dans la monographie qui vient de paraître aux éditions de Juillet sous le même intitulé que sa rétrospective. C'est peu dire qu'elle fait grand bruit dans la profession.