Graine de violence

Que se passe-t-il quand un ado décide de devenir un super-héros pour de vrai ? Il se prend de vraies beignes dans la figure. Dans "Kick-Ass", l'équipée des justiciers de la nuit est donc bien saignante. Une parodie des comics dont le vernis décapant ne doit pas masquer la représentation morbide d'une gamine de onze ans lancée dans une vendetta violente. 1h46

A.Lo.
Graine de violence
©D.R.

Il n'aura fallu qu'une décennie au cinéma pour couvrir l'évolution que les comics auront mis près de soixante ans à suivre, de l'âge d'or innocent des "Spider-Man" et des "X-Men" au postmodernisme existentialiste des "Watchmen", en passant par le côté obscur de la force, penchant alcoolique chez "Iron-Man" ou hyperviolent dans "Sin City".

Phagocytée, cette sous-culture peut maintenant être régurgitée sous ses avatars parodiques ou autocritiques, tels "Incassable" ou "Hancock", intéressantes révisions créées exclusivement pour le cinéma. Le cas de "Kick-Ass" est plus intrigant. Comic de la quatrième vague créée en 2008 par Mark Millar et John Romita Jr (auteur vedette de la Marvel, lui-même fils d'un célèbre dessinateur des années 60-70), il a pour anti-(héros) Dave Lizewski, ado mordu de comics dont le seul pouvoir est "d' être invisible aux yeux des filles" , et qui décide de devenir un super-héros "pour de vrai". De cet argument, le récit débouche sur une approche duale : un second, voire un troisième degré par rapport au genre, et une violence primale puisque le héros, subtilement baptisé Kick-Ass (Botte-cul), évolue dans le monde "réel".

A l'écran, cela donne d'entrée de jeu un doux dingue qui se jette en costume du haut d'un building - pour s'éclater pour de bon quelque quarante étages plus bas. Ou "Kick-Ass" qui, lors de sa première sortie, s'en prend autant dans la figure que le médecin de "Tête de Turc". D'une redoutable efficacité, servi par des acteurs excellents (la figure montante Aaron Johnson, la révélation Chloe Grace Moretz, un Nicolas Cage primaire comme il se doit), le réalisateur Matthew Vaughn ("Layer Cake") maintient, gros malin, l'ambiguïté sur sa représentation de la culture de la violence : critique ou complaisance ? Sous ses meilleurs atours, "Kick-Ass" est une parodie décapante, hybridation de "Spider-Man" et de "Pulp Fiction", avec scène culte piquée à "Wayne's World", le tout sous le regard allumé de Jackass.

Là où la tambouille dégage un fumet malsain, c'est quand Kick-Ass bute sur deux autres justiciers maison, Big Daddy et Hit Girl. Soit un père qui forme sa gamine de 11 ans à devenir parfaite porte-drapeau de la National Rifle Association, dans une parodie malsaine de Batman et Robin. Assumant (laissons-lui ça) la logique jusqu'au bout, Vaughn filme la justicière prépubère dézinguer à l'arme blanche ou au gros calibre dealers et mafieux, dans des éclats sanglants qui n'ont rien à envier à n'importe quel actioner. A côté de la voltigeante Hit Girl, Bruce, Sly et JCVD sont définitivement bons pour la maison de retraite.

Dans une séquence confondante, filmée en un plan subjectif hérité des shoot'em up vidéo ludiques, Hit Girl dégomme ses adversaires, pendant que son géniteur est immolé en direct sur Internet. La parodie succombe alors au déchaînement des bas instincts. Tuer devient jouer. Si, en la matière, le film ne précède pas la réalité, il fait finalement rire jaune, masquant les travers de celle-ci derrière l'iconographie branchée d'une geste sordide.


Réalisation : Matthew Vaughn. Avec : Aaron Johnson, Christopher Mintz-Plasse, Chloe Grace Moretz, Nicolas Cage , 1h46.

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