"Blue Ruin": Vengeance et conséquences
Un film noir âpre et sans complaisance. Et un réal à suivre : Jeremy Saulnier.
- Publié le 07-05-2014 à 10h20
- Mis à jour le 07-05-2014 à 10h21

Un film noir âpre et sans complaisance. Et un réal à suivre : Jeremy Saulnier.Déjà auteur d'une comédie d'horreur remarquée ("Murder Party"), le New-Yorkais Jeremy Saulnier présentait en 2013 à la Quinzaine des Réalisateurs son second long métrage, "Blue Ruin", film de vengeance qui devrait réjouir autant les amateurs du genre que les cinéphiles lassés du tout-venant hollywoodien. Cette œuvre qui vient rappeler combien les films de genre servent bien souvent de vecteur aux ambitions artistiques de réalisateurs faisant leurs premières armes sur des longs métrages; Ce qui est autant une manière de rendre hommage à leurs souvenirs cinéphiles que de faire leurs gammes autour de partitions connues.
L'"épave bleue" du titre, c'est la vieille Pontiac où dort nuit après nuit Dwight (remarquable Macon Blair, au physique passe-partout), SDF hirsute et barbu qu'une policière compréhensive vient chercher un matin. Elle lui annonce une nouvelle bouleversante : l'homme qui assassiné les parents de Dwight va bientôt de sortir de prison. L'ermite mutique reprend alors la route avec pour seul objectif de venger les siens…
Là où d'autres tiendraient tout un film sur cette intrigue, Saulnier l'expédie en deux temps, trois scènes, en même temps que l'assassin. Mais commence alors pour Dwight un enchaînement d'événements qui débouche sur un cycle de violence dont personne ne sortira indemne - jusqu'à final digne des "Chiens de paille" de Sam Peckinpah.
"Blue Ruin" a l'âpreté directe et efficace des films noirs qu'Hollywood affectionnait dans les années 50 : un personnage ordinaire se dirige inéluctablement vers son destin, fatal. Dwight n'est pas Charles Bronson ou Jason Statham : avec son physique empâté et ses vêtements de Prisunic, il ressemble à un comptable un peu gauche. Sa vengeance s'improvise pas à pas, kilomètre après kilomètre, s'appuyant sur le même mais simple instinct qui l'a aidé à survivre comme SDF. Assumant son registre, le réalisateur n'hésite pas à instiller un peu de gore. La mort, quand elle survient, est tantôt sale, tantôt brutale - mais ne vire jamais au "spectacle".
Sans vouloir délivrer un message, il est indéniable que Jeremy Saulnier médite à la marge sur la loi du Talion. Il observe aussi avec recul - et un certain humour détaché - la passion de la majorité de ses compatriotes pour les armes. S'il ne tranche pas - l'ami d'enfance de Dwight (excellent Devin Ratray), lui-même expert avisé, sera d'un grand secours -, Saulnier suggère néanmoins que sans arsenal domestique à portée de main, les comptes entre les familles de Wade et de Dwight se seraient peut-être soldés autrement… Jusqu'au-boutiste, sa fin est sans hypocrisie. Et recèle même une morale.
Réalisation et scénario : Jeremy Saulnier. Avec : Macon Blair, Devin Ratray, Amy Hargreaves,… 1h32
