Zviaguintsev impressionne en Compétition à Cannes avec "Minotaure"
Mardi après-midi, le cinéaste russe a dévoilé un drame magistral inspiré de Chabrol, qui entremêle intime et politique, sur fond de guerre en Ukraine. Un candidat sérieux à la Palme d'or.

- Publié le 19-05-2026 à 20h18

Mardi, la Compétition du 79e Festival de Cannes accueillait un habitué, Andreï Zviaguintsev. Lion d'or à Venise dès son premier film Le Retour en 2003, le cinéaste russe a ensuite présenté chacun de ses films suivants sur la Croisette, décrochant notamment le prix du scénario pour Léviathan en 2014 et celui du jury pour son dernier film Faute d'amour en 2017. Neuf ans plus tard, il est de retour avec Minotaure, un drame solide qui a fait forte impression.
À 62 ans, Zviaguintsev s'inspire ici de La Femme infidèle de Claude Chabrol, avec Michel Bouquet et Stéphane Audran en 1969 pour mettre en scène un couple russe aisé dans une petite ville de province.
Entrepreneur ayant brillamment réussi, Gleb (Dmitriy Mazurov) vit avec sa femme Galina (Iris Lebedeva) et leur fils adolescent dans une superbe datcha dans les bois. La famille a tout pour être heureuse. Mais l'homme d'affaires doit gérer les conséquences de la mobilisation partielle, au lendemain de l'invasion en Ukraine de 2022. Et comme si ça ne suffisait pas, il comprend que sa jeune et jolie épouse a trouvé une façon de tromper son ennui abyssal dans les bras d'un autre homme. Gleb demande au responsable de la sécurité de sa boîte de suivre Galina…

Intime et politique
Exilé en France au lendemain d'un long combat contre le Covid-19, Andreï Zviaguintsev n'a pas pu faire son film dans son pays — il a tourné en Lettonie cette coproduction franco-allemande. Et pour cause. S'il reprend le triangle classique du mari, de la femme et de l'amant à Chabrol (à qui il reste assez fidèle), le cinéaste ne s'intéresse pas seulement à l'intimité d'un couple battant de l'aile. Il signe un grand film politique sur la Russie contemporaine.
En toile de fond du drame domestique, Zviaguintsev rend palpable l'atmosphère d'un pays en guerre ou plutôt en pleine "opération militaire spéciale", selon le récit officiel du Kremlin. Le film est truffé de références à ce contexte géopolitique, qui ne touche pas tout le monde de la même façon.
Les personnages de Minotaure appartiennent en effet à la haute bourgeoisie. Gleb est un homme de pouvoir. Cette guerre ne représente pour lui qu'un problème de productivité de son entreprise, alors que nombre de ses employés choisissent l'exil et que d'autres vont devoir partir au front. Pour son épouse, ce contexte social très confortable représente au contraire une gangue d'ennui et de médiocrité… Mais pour lui comme pour elle, dans une Russie rongée par la corruption, leurs actes restent sans conséquences. Comme vient le souligner le sublime plan final de Minotaure, qui conclut le film dans un sentiment d'ironie profonde.

Minotaure
Drame De Andreï Zviaguintsev Scénario Andreï Zviaguintsev et Simon Liachenko Photographie Mikhaïl Kritchman Musique Evgueni et Sacha Galperine Avec Iris Lebedeva, Dmitri Mazourov, Anatoli Bely… Durée 2h20