Cannes: Dardenne ou Dolan pour la Palme d'Or ?
Le Festival de Cannes se clôture ce samedi soir. A quelques heures du verdict, deux noms se distinguent pour une Palme d'Or très disputée. Analyse des forces en présence.
- Publié le 24-05-2014 à 07h41
- Mis à jour le 24-05-2014 à 12h17

Cannes retient son souffle en attendant le palmarès du jury de Jane Campion, ce soir.
Le passé", "La vie d'Adèle, "A Touch of Sin", "Inside Llewyn Davis", "Behind the Candelabra", "La Grande Bellezza", "Nebraska", "La Vénus à la fourrure"… Cannes 2013 fut tellement exceptionnel que 2014 ne pouvait avoir qu'un petit goût amer. Du moins du côté de la Compétition, car les sections parallèles ont plus que d'ordinaire emballé la Croisette avec "Les Combattants", "Party Girl", "Bird People" ou encore "Bande de filles".
Ce qui a déçu, c'est moins la qualité des films, aucun n'était médiocre - sauf "Adieu au langage" qui a permis à Godard de cracher tout son "mépris" - que leur niveau moyen. Sachant que la barre de Cannes est placée nettement plus haut que celle du mercredi.
Disons, qu'on est trop rarement sorti de la salle dans un état différent de celui dans lequel on était quand on y est entré, trop rarement émerveillé par la forme, tourneboulé par la sensation d'avoir découvert un sujet, approfondi un thème, touché un sentiment. Ce besoin impérieux de partager son enthousiasme, on l'a ressenti à l'issue de "Deux jours, une nuit", le meilleur film des Dardenne, "Mommy" le typhon émotionnel de Xavier Dolan, les "Wild Tales" à l'humour féroce de Damian Szifron, la plongée dans "Timbuktu" de Sissako et "Sils Maria" qui a vu Olivier Assayas capter l'air du temps dans son art.
Des prix d'interprétation très disputés
L'an dernier, il y avait trop de films pour les sept cases du palmarès. Le travail du jury sera moins injuste et cruel cette année. Les Dardenne remporteront-ils une troisième palme ? Le film a suscité l'enthousiasme quasi général. Aux jurés réunis dans une villa secrète, Gilles Jacob et Thierry Frémaux ne manqueront pas de rappeler que la Palme d'or doit cumuler toutes les qualités (scénario, mise en scène, interprétation) mais aussi disposer d'un potentiel public. "Deux jours, une nuit" correspond idéalement à cette définition tant ce 9e film est le plus abouti et universel des Dardenne. Ce qui pourrait leur barrer la route, c'est l'idée même d'une troisième palme alors qu'Almodóvar, Wong Kar-wai, Sorrentino ou Burton attendent toujours la première.
Paradoxalement, cette réserve bénéficierait à Marion Cotillard qui pourrait alors décrocher la Palme de la meilleure actrice. Même si la concurrence est rude. Juliette Binoche est virtuose dans "Sils Maria" où le talent Kristen Stewart explose sous nos yeux. Et la performance d'Anne Dorval dans "Mommy" est au-delà des mots.
Toutefois, par cette étrange mécanique des prix communicants, la Québécoise ne deviendrait pas la meilleure actrice si "Mommy" était palmé. Si on croit la filmographie de la présidente, Jane Campion ne peut qu'avoir été touchée, à la fois par le parcours de cette femme en butte avec la norme et par l'ambition formelle de Xavier Dolan dont une trouvaille rend le film inoubliable. Plutôt qu'une palme de confirmation attribuée aux Belges, ce serait la palme du lancement d'un réalisateur canadien de 25 ans. Dardenne ou Dolan ? On retient son souffle.
Le grand prix du jury, lui, ne devrait pas échapper à "Timbuktu" d'Abderhamane Sissako, du pur cinéma. Plusieurs candidats sont en lice pour la Palme du meilleur acteur. Timothy Spall révèle les paradoxes du peintre Turner dans le film de Mike Leigh qui a tout de même reçu la meilleure cote 3,6 sur 4 au tableau des étoiles de la critique. Haluk Bilgner est à Nuri Bilge Ceylan dans "Winter Sleep" ce que Erland Josephson est à Ingmar Bergman. Mais s'il fallait retenir une performance d'acteur, ce serait la métamorphose de Steve Carell en milliardaire fin de race dans "Foxcatcher". Dans ce cas - prix communicants toujours -, le cinéaste turc de "Winter Sleep" repartirait avec le prix du jury. "Sils Maria" mérite le prix du scénario et "Wild Tales" celui de la mise en scène. Et même si c'est vice versa, Damian Szifron est un nom qu'on retiendra de ce Cannes 2014.
Suivez la cérémonie de clôture en direct vidéo dès 18h15
