Claudia et le guépard
La Cardinale est de retour, lundi, à Bruxelles, en l'honneur de Visconti.
- Publié le 30-09-2014 à 16h46
- Mis à jour le 01-10-2014 à 08h14
Après la présentation de la restauration argentique de "Il Gattopardo" voici une dizaine d'années, c'est la restauration numérique du chef-d'œuvre de Visconti qui nous vaut le retour de Claudia Cardinale sur la grande scène de Bozar pour évoquer, avant la projection, les grands moments de sa carrière.
Sa collaboration avec Luchino Visconti - quatre films ensemble - en fait partie, bien entendu. La comédienne doit énormément au réalisateur de "Senso" et notamment cette voix rauque, à la vibration ensorceleuse identifiable entre dix mille. "C'est Luchino Visconti qui m'a appris à fumer, nous racontait-elle lors de son dernier passage. Avant 'Sandra' (1965), je ne fumais pas."
Pas de pause cigarette pour Claudia lors du "Guépard", tourné en 1962 par Visconti. Le réalisateur italien est là au sommet de son 7e art, mettant sublimement en scène le passage d'un monde à l'autre, le temps de l'aristocratie se termine, les classes vont se mélanger, comme le noble Tandredi (Delon) et la belle Angelica (Cardinale), une fille du peuple. Ce moment charnière prend la forme d'un bal fastueux, apothéose d'un âge qui ne reviendra plus.
Au cours de sa carrière, Claudia Cardinale a-t-elle eu le sentiment de vivre pareil moment de basculement dans son métier ? "Oui, le développement de la télé a rendu le cinéma banal. Avant c'était une aventure, il n'y avait pas d'horaire, on menait des vies de dingues, mais il y avait la passion. Petit à petit, le cinéma est devenu de plus en plus business et de moins en moins art. Visconti pressentait que tout allait changer, le cinéma aussi, 'Le Guépard' est l'adieu à un monde."
Visconti et Fellini, simultanément
Du "Guépard", Claudia Cardinale s'en souvient d'autant mieux qu'elle tournait simultanément un autre chef-d'œuvre, réalisé par un autre génie du cinéma : "Huit et demi" de Federico Fellini. Qu'est-ce qui distingue un génie d'un autre génie ? "Visconti, c'était le théâtre, le silence absolu, on ne pouvait pas parler. Fellini, c'était le bordel, tout le monde hurlait, criait… On avait même construit une cabine téléphonique sur le plateau pour Marcello (Mastroianni) qui aimait beaucoup téléphoner. Fellini n'avait pas de scénario alors que celui de Visconti était d'une précision inouïe, jusqu'au moindre battement de cils. Je suis davantage restée en relation avec Luchino. Nous étions très proches, il m'aimait beaucoup. Il disait que je ressemblais à un chat : 'On pense pouvoir la caresser mais ce chat peut devenir une panthère et tuer le dompteur.' Je me sentais aussi bien sur un plateau que sur l'autre car j'aime le changement."
Depuis le 1er septembre et jusqu'à la mi-novembre, Cinematek rend d'ailleurs hommage avec une rétrospective à l'interprète de plus de cent films sur tous les continents. Elle a tout joué : princesse, prostituée, ouvrière et même maîtresse de Mussolini. Mais que doit avoir un personnage pour que Claudia l'adopte ? "J'aime me transformer devant la caméra, être une autre, pas moi. Je deviens le personnage quand j'ai le costume, le maquillage, je ne suis pas du tout 'Actor's studio'. Ce qui plaisait aux metteurs en scène, c'est que je devenais ce qu'ils voulaient. J'ai vécu 100 vies mais je n'oublie jamais qui je suis. C'est pour cela que je ne suis pas malade de me voir à l'écran, car ce n'est pas moi, c'est le personnage que j'interprète."
Signalons que Visconti est également à l'honneur tout au long de l'automne à la Cinematek.
F.Ds
Le 6 octobre, à 20h, Claudia Cardinale présentera à Bozar la restauration numérique du "Gattopardo" de Visconti. Cinematek consacre une rétrospective à l'une comme à l'autre. www.bozar.be - www.cinematek.be
